Deux fois deux fois
You know what, we've been happy

Celles qui ont des jupes et celles qui n'en ont pas

une cafétéria un peu avant midi, jour ouvré de semaine

 

J'ai une non-course urgente à faire. Entendez par là qu'il faut que je me rende dans un magasin précis, m'y renseigne sur certains produits qui me sont tentants et surtout n'achète rien car je n'en ai pas les moyens, mais que j'ai promis les infos à quelqu'un.

Je passe donc à la cafétéria me munir d'un sandwich ou bien d'une salade, à ce moment-là je ne sais pas encore, dans l'idée de filer ensuite remplir ma dangereuse mission.

Connaissant le rythme et le taux de fréquentation des lieux, j'y passe un peu avant midi et l'affluence qui me mangerait toute la surface de mon heure de déjeuner. Les dames qui travaillent là s'accordent visiblement une pause officieuse avant que les hordes affamées ne les assaillent. L'une d'elle se charge de ma commande, les autres papotent tranquillement.

- Ben y a qu'à demander une jupe, dit l'une à une de ses collègues.

Je prête alors attention à leur uniforme, tellement discret qu'à part son uniformité je n'en avais jamais remarqué les détails. Elles sont toutes en blouse, d'une couleur discrète et s'arrêtant à mi-cuisse, leur tête couverte d'un petit calot blanc de marmiton(ne)s, mais je remarque que le relais de la blouse est effectivement pour les unes assuré par une jupe grège et pour les autres par un pantalon blanc.

- On m'a pas laissé le choix, y avait que des pantalons, répond la collègue d'une façon équivoque quant au fait que personnellement ça l'arrangeait ou pas. Et puis de toutes façons on nous a pris les mesures de là à là (elle montre de l'entrejambe aux chevilles) ça pouvait être que pour des pantalons.

- Quand même ! conclut la première d'un ton trahissant sa contrariété personnelle face à ce qu'elle considèrait visiblement comme une offense faite à la féminité de ses camarades.

Je devine derrière cette discrimination vestimentaire secondaire (1) un écart de contrat, les unes plus anciennes, les autres fraîchement arrivées, les unes en stabilités, les autres plus précaires, je comprends que le début de la discussion auquel je n'avais porté qu'une attention très distraite portait sur des soucis de blanchissage et que les nouvelles arrivantes étaient en rechanges moins dotées que celles qui les avaient précédées.

J'opte pour un panini, parce que j'ai soudain froid. Jusqu'où irons-nous à force de faire des restrictions ici et là sur le dos des gens ?

(1) encore que ça me gaverait d'être obligée de me mettre en jupe ou robe les jours où je n'en ai pas la moindre envie et où je me sais un "after hours" où une telle tenue serait déconseillée.

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