Le vélo volant n'était pas hollandais
Le conducteur amoureux

Moi je suis les vers, au fondu cas fée

Ce soir un peu tard, vers Ménilmuche

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La première pensée du matin n'en fut pas une, mais une chanson. Une douce chanson russe, qui dans ma tête curieusement sonnait juste, les paroles détaillées dans cette langue que pourtant je ne comprends pas, et un accent local parfait.

    

Comment puis-je savoir ça ?

    

Cet air m'a accompagné le temps de déjeuner, puis dés que Stéphanot et moi nous sommes séparés, lui vers le collège, moi vers la ligne 13, est revenu pour une bonne part du trajet.

      

La journée d'usine qui fut non-stop, elle incluait un déjeuner protocolaire, l'a effacée. Mais je l'ai regrettée, elle m'enchantait et semblait me protéger du désespoir de solitude, qu'un Chopin par exemple sait si fort amplifier.

   

J'avais prévu double dose de bonheurs culturels afin de me remettre et de cette disparition et de l'absence d'instants permettant de souffler.

    

"Just a kiss", un bon vieux Ken (Loach) remplit bien son office, me faire pleurer comme il fallait pour baisser la pression. Je réclame en passant pour ma petite vie un happy ending d'étape du même accabit. Comment est-il possible que les fictions finissent si bien, quand ce qui les inspire presque toujours tourne mal ?

   

Ce n'est qu'à la seconde étape, une soirée slam au Lou Pascalou, que je parvins enfin à semer mon ombre éplorée, non sans une sorte de "faux départ, rejouez" au moment où sortant des toilettes je butte dans un casque de moto, comme en avait Wytejczk. Element suffisant pour que mon coeur s'octroie un décroché, qui m'a laissé l'émotion à fleur de peau.

   

Des amis  présidaient à la session slam dans ce café aux excellents whiskies, et pouvoir les retrouver même brièvement m'a fait du bien. Au printemps dernier, le travail qu'ils m'ont fait faire, en m'obligeant à exprimer une part de chagrin restée coincée m'a secouru comme peu de choses l'ont fait. Je leur en suis profondément reconnaissante.

Une chanson de Piaf aux lèvres, je quitte les lieux à contre-coeur : je n'habite pas près et ne peux m'attarder.

Dans le métro alors que je lis un polar gaullien deux gars en face de moi entonnent un fredonnage frénétique de Bella Ciao. Je me retiens de chanter pour de bon.  Cet air et ses mots pour moi ne sont pas anodins.

   

Un changement plus tard, il se trouve recouvert par "Hôtel California" qu'un musicien de couloir reprend non sans talent.   

L'hôtel fera long feu. Mais à présent qu'il est temps qu'on se couche, me voilà avec une interprétation de Johnny dans la tête. Ce n'est pas une question de goût personnel, mais j'aurais préféré celle-là y échapper.  J'écoute un disque de longue beauté afin de dissiper la sourde impression des tristesses triomphantes.

 

[photo copieusement floue pour n'embêter personne ; Lou Pascalou, mardi 12 décembre 2006]

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