Doublage dissuasif
Mes voisins [des temps] anciens - partie 3 - Louis F Céline

Bons bisous de Moscou

jeudi 28 décembre 2006, dans ma boîte aux lettres puis sous mes yeux ébahis

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J'attends quelques paquets, du matériel informatique léger et complémentaire, un CD commandé, le cadeau [de Noël] de la grande, mais dans le fond pas de courrier [postal].

Les voeux s'échangent désormais sur l'internet en grande majorité, et comme dans la famille nous survivons assez peu je n'ai guère de proches d'un très grand âge que les ordinateurs auraient effrayés, à qui en envoyer respectueusement au moyen de timbres et papier.

Je me trouve donc surprise de trouver dans le lot de courrier du matin une carte postale, très belle, très moscovite, la place rouge sous la neige juste ce qu'il faut mais pas trop afin qu'on la reconnaisse.

Je la retourne aussitôt, je ne savais pas que quelqu'un de ma connaissance y séjournait, la signature est très lisible :

Wytejczk

Mon coeur saute de joie, pour ma part j'attends un instant : que fait-il là-bas et quand et que dit-il ?

Il dit peu mais c'est doux :

" Je n'ai pas donné de nouvelles depuis longtemps. Ma vie a changé, tu sais. Je pense bien à toi"

et puis agrémenté d'un :-) "Bons Bisous de Moscou".

Le cachet de la poste fait peut-être foi mais je ne sais pas le lire, seulement les chiffres. Un 10 et puis l'année, 2006, celle où nous sommes pour quelques jours encore. Quel mois ? Décembre ? Novembre ? Je renonce à déchiffrer.

C'est bien son écriture.

Bon alors le 10 de quelque chose de cette année-là, il était loin, il devait aller bien (suffisamment pour écrire, le faire et y songer) et il pensait à moi.

Ainsi confirmée dans mon existence, je dédaigne l'ascenseur et monte quatre à quatre nos trois étages pour prouver aux tartares qu'ils peuvent bien arriver, ouvre la porte sans coup férir, j'avais déjà la clef à la main, tiens, et toute joyeuse brandis la carte sous les yeux d'un Stéphanot que le bruit d'une cavalcade qui lui fut familière mais ne l'était plus depuis de longs mois a attiré dans le couloir d'entrée. Il a compris au son que quelque chose s'était passé et amariné au pire est immédiatement soulagé de comprendre que pour une fois du bon, enfin, est arrivé.

Il connaît mon ami qu'il a déjà croisé plusieurs fois et sais, même si je n'en parle guère, que son absence prolongée et inexplicable me pèse et me tourmente.

L'enfant lit, sourit, ses yeux me disent "au revoir tristesse", mais quand même il s'interroge :

- Qu'est-ce qu'il est allé faire là-bas ?

- Je sais pas moi, l'espion. Et je rigole bêtement.

Enfant de fin du siècle, d'une période de guerres tièdes, meurtrières et éparpillés et dépourvue de mur allemand, il ne comprend pas l'allusion. Alors j'essaie d'expliquer l'ancien monde, celui du temps de ma jeunesse, celui qui est déjà plus dans les livres d'histoire que dans la mémoire vive des gens, quand dans les films USaméricains ce n'étaient pas les mêmes méchants que maintenant.

Le micro cours d'histoire improvisé et incomplet achevé, je scrute une dernière fois la carte, comme si elle pouvait m'apporter d'autres nouvelles, entre les lignes déjà trop brêves. Puis je la glisse dans mon sac à main au creux solide de l'agenda 2007 que l'usage n'a pas encore déformé. Je la perdrais moins vite ainsi ou bien lui aussi.

Pour la première fois depuis de longs mois, aujourd'hui j'ai rangé ; sérieusement ; de nombreux papiers.

[photo : pas celle que j'aurais souhaité afficher mais un quelconque pêle-mêle]

 

 

Cette note est un mélange furieux entre une méditation nostalgique partie de ce billet-ci

La locomotion conjointe (imaginaire)

chez Cequejefaisdemesjours saison II

et un rêve fait au bord du matin, la perte (provisoire, je sais qu'il est quelque part en cette maison mais où) de mon album de cartes postales reçues du monde entier dont les amis voyageurs et qui savent mes regrets de ne pouvoir les imiter sont de généreux pourvoyeurs, et un autre rêve étrangement prégnant fait quelque temps plus tôt ou du moins une toute première pensée du matin. différente de celles qui depuis trop longtemps jours après jours me minent.

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