La libreria
Pour Kozlika de la part d'une âme errante

Paparazza

(bien malgré moi)
    
rue Lamarck, je crois (pas bien loin en tout cas), samedi 11 novembre 2006, 16 heures 41
   
   
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Je rentre alors que la nuit tombe. Il n'est pas déjà tard, à peine passée l'ora della merenda, mais c'est l'automne à Paris, voilà tout.
L'orée du soir n'est pas pour les photos une heure favorable, en connaissance de cause, j'évite d'en prendre trop.
      
Il fait un peu froid et je presse le pas. Je me trouve dans les quartiers arrières de Montmartre, le XVIIIème, le XVIIème vivant, là où Paris se ressemble encore et n'a pas cédé ou seulement par endroit à son image de carte postale et de musée marchandisé en plein air que certains arrondissements ont attrapés (1).
       
Au détour d'une rue qu'habituellement je n'emprunte guère, il se dresse soudain. Un mur peint. Magnifique. Une publicité comme on n'en fait plus, en immenses lettres sur fond bleu "Allez voir les films au Pathé Consortium Cinéma".
      
Séduite par le consortium, je pose les sacs de provisions diverses qui m'encombraient les bras, dégaine un appareil photo, recule un peu pour mieux cadrer, ou au moins tenter, effectue quelques réglages en toute concentration : l'outil de travail que ce soir j'essaie, n'est entré que récemment en ma possession. Autant avec mon bon vieil (2) Olympus tous les automatismes y sont, nous nous causons tout droit d'âme électronique à circuit neuronal humain, autant pour ce nouveau venu toutes précautions sont encore requises.
      
Concentrée sur mon apprentissage, et quand même un peu gênée par mes différents paquets même posés à mes pieds, je ne vois pas s'approcher un groupe de personnes aux démarches énergiques. Il viennent de traverser le carrefour et s'avancent vers moi, exactement dans l'axe de l'objet de mes désirs [photographiques].
      
Cadrage satisfaisant, netteté requise, stabilité, je cliche. Par sécurité, j'en prends deux avant de me déplacer pour trois autres sous un angle légèrement différent.  Au même instant les passants ignorés, d'autant qu'ils sont en dessous de ma visée, arrivent à ma hauteur. Un homme dont je ne perçois que l'élégance de la silhouette et un fort contentement de soi, perceptible même sans le voir me lâche au passage du ton amène qu'on imagine : "J'en ai marre qu'on me prenne en photo".
       
Je ne proteste pas mais continue mon travail, mes essais, ma petite cuisine. Il eût sans doute été déçu d'apprendre qu'il était de mes soucis le transparent cadet et je suis quelqu'un d'extrêmement difficile à déconcentrer.
      
Enfin presque satisfaite du résultat obtenu, les vues ne sont pas merveilleuses mais du mur je conserve une trace, je range mon appareil et reprends mon barda, un peu amusée.
      
Qui pouvait être ce type apparemment fatigué de harcèlement photographique au point d'en imaginer un quand il n'en avait pas ?
Prestance, voix agréable peu importe les mots, je pencherai volontiers pour télévision ou bien cinéma à succès. A moins qu'un ministre en escorte réduite (3) ?
      
(1) je suis brièvement passée dans le VIème jeudi soir, j'y vais rarement. Certaines rues ne sont plus que décors de film désambulants. Ce soir-là c'était frappant.
(2) le grand amour me rend exagérante : je vis avec lui que depuis août 2004.
(3) il y a dans mes archives un précédent fâcheux. Prévoir un jour une série de billets sur le thème : ce que j'ai fait de pire en faisant pas exprès ou sans chercher à le faire.
   
[photo : le mur ]

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