Ca se passe près de chez vous et c'est en 2006
Peu sensible

Une Ferrari, deux fusils et la (petite) foule du samedi

    

samedi 9 septembre 2006, en fin d'après-midi, bord de soirée, rue Auber

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Elle est d'un rouge étincelant, belle décapotable décapotée, avec un numéro sur le capot et des gens dedans.
C'est une Ferrari, un de ces aspirateurs à gonzesses paraît-il.
      
Personnellement j'y suis et fus toujours insensible, d'ailleurs comme dans la même semaine j'ai appris que mon Laphroaig préféré était un "whisky d'hommes" (sic), fussé-je sans enfants portés personnellement et chacun leur tour durant les neufs mois prescrits, je pourrais à force concevoir un doute inconfortable quant à mon identité sexuelle. Merci à Stéphanot d'en être l'une des preuves solides.
      
Si j'ai remarqué l'engin flamboyant, c'est qu'il attend à un feu rouge devant deux jeeps ou assimilées, pour leur part toutes de demi-teintes camouflées, plutôt mal garées, précédées d'un véhicule de police lui-même à l'arrêt, et dûment pourvues chacune d'un chauffeur et pour l'instant gardien.
   
Ils sont l'un et l'autre bien campés devant leur machine respective, le fusil en bandoulière devant l'estomac, canon vers le bas mais canon quand même et les mains dessus prêtes à l'emploi.
    
J'ai un problème de sauvage (1) avec les armes à feu, elles me font froid dans le dos, jusqu'au sens littéral. Un malaise pas toujours diffus dés que j'en vois une de trop près. J'ai dû être lapin chassé dans une vie antérieure, à moins que ce ne soit la vision récurrente à 8 jours d'âge de Kennedy qu'on assassinait qui ait laissé des traces, ou quelque horreur à venir. 
    
Alors quand je vois les deux gaillards au vu de la belle voiture, relâcher leur attention mais pas leur fusil, se rapprocher et échanger visiblement des commentaires au sujet du bel engin, sourire et se marrer, je me dis que dans le film c'est là que ça va se passer ; la bombe exploser (guerre du Vietnam), pulvérisant au passage ce lot de touristes scandinaves, blonds et hauts qui traversent au même moment, le missile tomber du ciel (guerre du Liban, c'est tout récent) ravageant tout un groupe d'immeubles dont celui de la Banque Misère (2), les francs-tireurs tirer (toute guerre civile) tuant accessoirement ce groupe de militants qui revenaient encore tout étiquetés de la manif pour les "1000 de Cachan".
 
Finalement, rien ne survient. Le bébé dans sa poussette qui se cure le nez sur le trottoir tournant le dos à ses parents et faisant face, selon la logique moderne, aux meilleur des gaz d'échappement, poursuit paisiblement son intense activité, le père et la mère leur fatigue, et le bus qui me transporte son chemin.
   
Le feu passe vert, la Ferrari vrombit, les soldats reprennent posture martiale, carressant leur crosse d'arme comme une femme ils ne sauraient pas, la poussette traverse et le 20 m'entraîne vers Satin Lazare.
Que faisaient-ils là parmi la foule d'un samedi de septembre, je n'en saurais pas plus. La Ferrari surtout.
   
(1) "Je conjecturai qu'il [Vendredi] était épouvanté ainsi parce qu'il ne m'avait rien vu mettre dans mon fusil, et qu'il pensait que c'était une source merveilleuse de mort et de destruction propre à tuer hommes, bêtes, oiseaux, ou quoi que ce fût, de près ou de loin."
Daniel Defoe, "Robinson Crusoé" traduction Petrus Borel
   
(2) l'orthographe du vrai nom est un peu différente :-)
   
[photo prise dans un autre quartier, un tout autre jour (12 juillet 2006), mais donnant une vague idée de l'ambiance induite]

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