Une Ferrari, deux fusils et la (petite) foule du samedi
Stéphanot le motivant

Peu sensible

    

un midi tout récent, dans un lieu de restauration collective

      

C'est le mot "Iraq" qui me fait dresser l'oreille. Avec le mot "otages" c'est comme une séquelle irrémédiable d'un mien militantisme encore récent, il met tout mon système auditif en alerte et la part de cerveau qui décrypte le langage. C'est mon côté chien d'arrêt, comme une aptitude ancestrale détournée.

A force, c'est gênant.
Il est au bout de la même alignée de tables que la mienne. Nous ne sommes l'un et l'autre pas en compagnie du même groupe de gens. Ses mots m'ont fait brutalement décrocher de la conversation générale du mien. D'autant qu'en ces lieux les discussions politiques sont rares, alors j'étais sans méfiance, sans bouclier à portée d'ouïe.
   
"Iraq", "guerre à l'Iraq", "Bush", "Etats-Unis".
   
Je ne capte pas la réponse qui lui est faite. Par quelqu'un de son tout bout de table. Le bout du bout ça commence à faire loin, le fond sonore est fort et je n'ai pas l'ouïe fine.
Mais sa réplique à lui, en retour si ; péremptoire :
- Oui mais 5 ans après ils vont quand même pas continuer à venir pleurer sur place.
Une de ses commensales, ne se laisse pas impressionner par son ton catégorique :
-  Attends, et pour ceux qui ont perdu un proche ? Cinq ans c'est pas beaucoup.
Il reste droit dans ses bottes :
- Arrête, y a pas 15 000 américains qui ont perdu un proche.
    
N'ayant pas entendu le début, je ne saurais préjuger de l'ensemble d'une conversation, et il est probable que je ne lui donnerais pas entièrement tort sur quelque chose d'une volonté délibérée et USgouvernementale d'en rajouter dans le commémoratif afin de conforter leur optique d'axe du bien, du mal, de sauver le monde malgré lui.
   
Je me dis cependant que certains hommes ont dû être bien préservés dans leur vie personnelle et peu connaître le deuil, ou sont fort peu pourvus de la moindre imagination ou capacité d'empathie, pour avoir si vite oublié les petits points noirs à attaché-case, qui tombaient tombaient tombaient vers leur mort écrasante, et qu'est-ce qu'on pense encore à cet instant-là, tout ça parce qu'ils étaient un mauvais matin arrivé à l'heure au boulot ; ce que je suis précisément en train d'éviter de faire.
Cinq ans après.

            

Ce billet est comme une suite de la conversation précédente en commentaires avec Sammy.

Merci à lui.

Les propos entendus, aux mots de liaison près, dont je n'ai qu'un souvenir approximatif ne sont pas inventés.

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