Le slam avant le slam
La poste pleine

Avant le match

      
La Courneuve, samedi 27 novembre, euh non ... mai 2006
 
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   Nous n'avions pas beaucoup de temps. Je n'avais pu me libérer avant 18 h 30 parce que je regardais Grand Corps Malade à la télé , et leur match était à 20 h 30.
      

Quand j’écris leur match je veux dire celui de leur équipe, ou plutôt de la nôtre, enfin de la France. Les abords du stade risquant d'être trop fréquentés et peut-être inaccessibles à qui n'avait pas de ticket d'entrée, ce qui était mon cas, je jugeais plus sage de fixer rendez-vous vers leur hôtel à La Courneuve.

    

Facile : un coup de métro et un bond en tram.

Pourtant quand j'ai proposé cette solution, les amis qui venaient de fort loin pour assister à la rencontre France / Mexique m'avaient paru surpris.

Comme si Satin Denis, là où a poussé le stade, était abordable mais sa voisine pas trop.

    

Le père de Stéphanot et de sa grande soeur, plutôt peu soucieux globalement de mon sort m'avait regardée d'un air elle-est-folle-ma-femme qu'il s'était borné à exprimer en un "Sois prudente" des plus rassurants.

Je dois préciser que nous logeons à Clichy qui n'a rien d'un Versailles et se situe lui-même un peu extra-muros de notre capitale.

      

Que les banlieusards craignent la banlieue, n'est pas le moindre symptôme que quelque chose ne va pas dans ce monde où l'on vit ; sur la façon dont on nous amène à considérer les choses et l'existence de nos voisins que nous finissons par craindre à force de ne pas connaître.

      

N’écoutant que mon courage Dépourvue d’arrière-pensées j’y suis allée sans la moindre hésitation, toute au bonheur de retrouver des personnes que j’ai en amitié depuis l’âge où du football je pratiquais moi-même.

      

Nous avons trouvé un petit troquet comme on n'en fait plus et qui vivote là au mépris des règlements et du sens capitalistique, servant peu de choses à très peu de gens. Entre le foot et le zinc la partie était inégale.

Un moment en dehors du temps, un de ces instants rares où la pendule stoppe un peu sa course pour nous laisser causer, échanger, nous reconnaître et savourer une proximité encore existante malgré les longs silences et les cumuls d'années.

   

Nous devions sembler si détendus et comme heureux, malgré certains propos immanquablement tristes (1), qu'un inconnu dont notre conversation avait meublé la solitude nous fit dire par le patron qu'il nous payait le coup. Bien sûr nous déclinâmes, mais l'attention était touchante et si hospitalière.

      

Il nous fallu partir à contre-coeur et comme à regret. Je pris le RER en compagnie de mes amis qu'ils quittèrent au Stade de France quand en moins d'un quart d'heure je regagnais Paris et de là ma propre banlieue.

      

(1) passé un certain âge les souvenirs servent souvent à dénombrer malades et morts.

      

[photo prise sur place, vue du tram, comme une preuve d'un exploit (!)]

Parce que la banlieue est belle ET au plus mal et au plus moche, et rude mais solidaire, qu'elle est vivante mais que les préjugés la tuent :      

Simplement se comprendre
LE MONDE DES LIVRES | 01.06.06
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