A la Cigale ayant chanté
Le buffet de la gare

Saint Etienne

 

12 et 13 mai 1976, assez loin en banlieue

 

Gilda_gardien_1977_probable_rec

Des jours que nous y pensions. Au match.

Bon, il ne fallait pas trop, le trimestre n'était pas fini, on avait plein d'interros sur la période. 

Mais n'empêche on voulait gagner. A l'époque, nous les gosses de la banlieue très parisienne, et qui voyagions si peu qu'un enterrement était perçu comme une occase, on était tous Stéphanois.

Les gars de là-bas étaient nos frères. Saint-Etienne était notre équipe. D'ailleurs le PSG n'a commencé à vaguement exister, si je me souviens bien, qu'avec le transfert de Rocheteau ou Bathenay.

Je rêvais de la ville, d'y être, d'en être, de rencontres improbables, de séances photos (moi en photographe), déjà.

Mon petit panthéon personnel comportait Saint-Etienne, un tout jeune Bjorn Borg, et Michel Platini, alors encore nancéen. Il n'y a pas d'intrus, ce qui me fascinait c'était pour les hommes leur grâce possible du geste parfait, les coups droits de l'un et francs de l'autre, et pour l'équipe l'espoir qu'elle incarnait.

Cette vieille histoire des petits face aux grands. Mais que des fois c'est les petits, les prolos quand même qui gagnent. L'image qu'on avait d'eux.

Je me souviens d'une tendresse particulière pour le discret, solide et sérieux Ivan Curkovic quand les copains étaient plutôt fascinés par le buteur Rocheteau et les copines par le poète Piazza.

J'essayais de me raisonner : le Bayern, ils ont une toute autre vie, c'est des budgets et la cour des grands, Beckenbauer, et Sepp Maier, et Gerd Müller, que faire face à ces "pointures" ?

Mais le jour du match, je me suis levée d'un bon, j'ai rigolé toute la journée, l'excitation que dans la vie, dans ma vie, dans notre vie en marge de tout, il se passait enfin quelque chose. We were part of it. On va ga-gner !

C'était un jour de visite scolaire, ça tombait bien, à part les maths, j'avais été incapable de me concentrer bien en cours, je ne me souviens même pas du texte de français.

Notre-Dame.

J'ai regretté d'être déjà solidement mécréante, pour les copains, car l'ASSE, c'était nos copains, j'aurais volontiers consenti une petite prière supplicante,

Allez le bon dieu, pour une fois, faites que ce soient les minots qui s'en sortent et pas toujours les mêmes qui ont déjà tout. Refaites-nous le coup du petit David contre l'autre, le Cyclope, enfin non Goliath, enfin bref, allez juste un petit coup de pouce, un coup de la chance pour Oswaldo.

Mais j'y croyais trop pas pour que ça ait l'ombre d'une chance de marcher.

Le plus dûr ça a été de perdre de si peu. Les larmes durement ravalées, une sorte de rage face à l'injustice, ils s'étaient si bien battus.

Je rêvais de la ville, leur ville, d'y aller pour faire partie de la foule qui les accueillerait de toutes façons en héros, puisqu'ils n'avaient pas failli.

Aujourd'hui encore, je me dis qu'un jour, j'irai moi aussi là-bas. Même s'il est bien trop tard.

Une sorte d'hommage, ou de remerciement. Pour ce vert que deux ans de suite ils avaient mis à notre grisaille des jours de peu.

 

 

[photo : ancienne Gilda en gardien de but - printemps 1977 - ]

         

Texte écrit aujourd'hui à partir de ceux d'avant-hier (30 ans) avec un peu des sentiments qui n'y figuraient pas.

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