Les clos de hurlements (1) (Howling heights ?)
Post mortem (une consultation)

Like a moon over Wytejczk's street

       
au milieu de Paris, (par) une nuit (pluvieuse)
   
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Je suis passée ce soir dans la rue de Wytejczk. Depuis juin sans doute, je n'en avais rien fait ; non que j'évitais les parages, non. Mais ne le voyant plus ou si peu je n'avais pas de raison d'y être, pas de trajets précis qui m'y conduisait par ailleurs et peut-être aussi une sorte d'appréhension diffuse de le croiser s'il ne le souhaitait pas.
          
Mais ce soir, je suis passée. Ce n'était pas délibéré, c'était le métro, le dernier à ne pas rater et un concert qui s'est achevé tard ; avec les musiciens, nous avons discuté.
   
La soirée m'a un peu allégé la chape de plomb, de plume et de solitude qui pèse ordinairement de tout son poids sur mes épaules. Ceux que j'ai entendus ont le bonheur de jouer, un plaisir malgré les dates qui se succèdent d'être sur scène ensemble et d'offrir leur meilleur. Je sors tout juste d'un concert merveilleux, avec en tête la ritournelle de l'espoir, the best is yet to come.
         
A présent il ne faut pas traîner, par réticence et par (absence de) finance, je ne veux pas prendre un taxi donc c'est le métro ou bien mes pieds.
La première option est plus raisonnable.
          
Mais oui, j'avoue, j'ai eu une réticence, juste au moment de tourner, et de glisser dans sa rue. A peine le temps d'une pointe d'exaspération contre moi-même, et je m'engage sur nos chemins anciens, d'un pas rapide, regard au sol ou sur ma montre, très inutilement. Il est around midnight mais à quoi bon le savoir si de la dernière rame l'horaire m'est inconnu.
       
Je croise un cyber non-café comme en fleurissent à Paris, ces derniers temps, ces derniers mois. Une grappe d'habitués sur le seuil discute avec l'évident patron des lieux, le temps d'en griller une. Confusément je pense à un message, que d'ici l'ami aurait envoyé. Qu'est-ce que j'en sais ?
          
L'endroit n'existait pas à nos dernières rencontres. Ceux qui le fréquentent semblent l'avoir toujours fait. Ils repoussent ainsi nos moments amicaux dans un passé lointain et j'en ai mal.
   
Au point que ça m'arrête, comme le souffle qui d'un coup manque. Je lève alors les yeux, j'aurais aimé entrevoir un croissant de lune, quelques lumières d'étoiles, un repère temporaire de la permanence des planètes à nos mesures d'humains.
    
Mais ce sont ses fenêtres sombres et noires que je vois. Serait-il donc parti ? A-t-il quitté Paris ? N'y-a-t-il pas comme un rai de lumière qui percerait sous l'épais, somptueux et lourd rideau cramoisi du salon ?
      
Son absence indéfinie m'ayant laissé désemparée au point de ne plus savoir apprécier les choses, je ne sais pas quoi faire.
    Dans l'immédiat, rentrer, c'est évident. Mais demain ? Est-ce que son silence ne cache pas une détresse qu'en respectant le premier je contribuerais à consolider ?
       
Je reprends mon chemin. La hâte n'est plus que dans ma tête, ce qu'il en reste de rationnel. Les jambes ne suivent pas.
      
Je m'ordonne d'avancer, je n'ai rien à faire ici.
N'ai-je donc rien à faire ici ?
   
La mélodie n'est plus la même, qui se fredonne en moi. Que reste-t-il de nos amours ?
Et de nos amitiés ?
      
[photo : New Morning, last night, concert de Stacey Kent]

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