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Devoirs d'aînesse

Rue de Rome, lundi 3 avril, au bord du soir même en tenant compte de l'heure d'été.

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La petite a quatre-cinq ans et des yeux bleus, si bleus. Elle s'appelle Charlotte.

Sa grande soeur en a six ou sept et un grand cartable sur le dos. La dame qui les accompagne, jeune grand-mère, tante ou nourrice, s'adresse à la plus jeune d'un ton qu'elle prétend ferme :

- Mardi, Charlotte. Mardi je te donnerai une sucette. [non-dit, mais implicite : et pas avant !]

Et la grande soeur de renchérir sans discussion possible :

- si tu manges bien tes légumes.

Ce n'est qu'à cet instant que je vois combien les yeux bleus sont embués de la petite qui ravale ses larmes avec le courage désespéré de qui comprend être seul(e) contre tous.

J'ai souffert d'être l'aînée, ce poids sur les épaules, la vie qu'il faut gagner au plus vite afin que les suivants s'en sortent, la voie adulte à défricher face à des parents désolés que leurs enfants ne soient plus des petits tout contents qu'on leur beurre les tartines d'un goûter plantureux. A regarder Charlotte, je comprends qu'être la petite n'est pas non plus simple. Je me prends à espérer que je ne fus pas jadis du côté de l'autorité, des brocolis et des épinards, mais bien plutôt complice, sinon des caprices, du moins des bêtises et des blagues.

J'en parlerai à Stéphanot.

[photo prise lors du carnaval de l'école, le 29 mars 2006, les enfants n'ont rien à voir avec celles du billet, mais elles vont bien ensemble]

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