Transmission
Quand la ville pousse (BWV 1007)

L'appel du croûton (1)

Clichy la Garenne, aujourd'hui, vers les midi.
       
 
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En ces temps pesants où je dois mesurer chaque effort, trouver les trois commerces principaux de ma vie ralentie entièrement clos un mercredi en pleine journée tenait de la mauvaise guigne : ni pain, ni journaux, ni plats chinois à moins de faire l'effort de marcher plus loin.
 
Ce qui un jour ordinaire ne m'aurait guère coûté qu'un peu de temps et le désagrément que les denrées soient moins bonnes, que chez nos habituels fournisseurs, surtout les journaux, me sembla augurer d'un épuisement insurmontable.
Mais enfin il fallait bien qu'on mange et aussi que j'alimente ce qui me restait de cerveau, donc après m'être désolée de la cause manifeste de ce contretemps, tout le quart de quartier, y compris les feux de signalisations était éteint, je me lançais à la poursuite du pain possible.
   
Ce n'était pas bien difficile, notre ville est bien pourvue en toute sorte d'équipements et commerces de proximités, loués soient les cyber-non-cafés qui m'ont permis de survivre pendant cette sombre quinzaine de déconnection.
Malheureusement, ma deuxième boulangerie d'élection, qui occupe également cette place en terme de distance était fermée car c'était là son jour prévu.
   
Je dus pousser plus loin, au delà, vers la mairie, vers une boulangerie qui n'est nôtres qu'à certains dimanche et au mois d'août ou à l'occasion d'une fringale de passage. J'y découvris qu'elle aussi avait changé de propriétaire comme nos deux principales qui l'on fait récemment. Et que je n'étais pas la seule à m'être rabattue sur cette adresse de secours dont les rayonnages de pain étaient plus vides encore que mon compte en banque.
 
Le boulanger apportait à l'instant une boissée de baguettes à peine sorties du four. Elles me semblaient fort pâles à moi qui aime quand le pain brûle aux entournures comme les coins d'un ancien Beurre Lu, seulement je n'allais pas faire la difficile toute contente que j'étais.
   
Sous le prétexte intérieur de tenir le carburant nécessaire au détour jusqu'à un vendeur de presse ouvert, je me laissai circonvenir par l'appel du croûton, sa bonne odeur de pain chaud et qui me fit du bien. Je savourais ce privilège en songeant à une amie qui l'an passé en avait sans doute rêvé comme d'un bonheur quotidien à jamais perdu et qu'aujourd'hui avec elle j'aurais tant aimé partager.    
 
(1) je dois le titre et l'idée du billet à Dominique Sylvain pour ces lignes lues dans son "Mon brooklyn de quatre sous" paru aux éditions Après la lune
"Aux abords de la rue commerçante, je rencontrais l'inspecteur Scharff. Il portait un filet à provisions d'où dépassait une baguette. Et il était occupé à en grignoter le croûton. Je n'aurais jamais imaginé un inspecteur de police incapable de résister à l'appel du croûton."
[photo : même endroit en fin d'après-midi]

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