Quelques étranges conséquences collatérales très secondaires du 13 novembre 2015


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Je poursuis sans relâche mes tris sauvegardes élimination du disque dur de l'ordi (pour conservation sur disque dur externe) des photos récupérées en masse très involontairement.

Certaines me réjouissent, telles celle-ci prise le 12 décembre 2015 à la librairie Charybde. Philippe Annocque y était libraire d'un soir. 

J'en avais perdu le souvenir. 

Non pas tant le souvenir, une fois la photo retrouvée, je me suis souvenue du bon moment que ça avait été, et même de certains des livres qu'il avait si bien présenté qu'on avait envie de relire ceux-là même qu'on connaissait (1), mais le chemin vers ma propre mémoire d'une période que les événements extérieurs avaient secouée.

Ce n'est pas la première fois que je remarque qu'un état de choc émotionnel me rend amnésique pour partie des semaines, voire du mois qui suit. Mais les fois précédentes, fors le 9/11 qui comme beaucoup d'entre nous m'avait laissée sidérée, j'étais personnellement concernée : une rupture subie (dont se foutait et c'est heureux, le reste du monde entier), un deuil, l'assassinat d'un ami (certes parmi d'autres, mais il y avait quelque chose d'intime dans cette violence subie), la fin brutale d'un job, l'annonce pour un-e très proche d'une grave maladie ... 

C'est donc l'une des première fois où un événement collectif me touche au point de me faire ce même effet d'un état qui me place "à côté" de ma vie au point d'oublier ce que j'ai pu y faire d'heureux malgré tout. Quelque chose du même ordre que ce que décrit Olivier (Hodasava) page 78 de "Janine" :

"Il n'y a plus ni pleurs ni cris, rien qu'un long silence embrumé que le seul fait d'être ensemble rend à peu près supportable. Ils finissent par parler. Ils finissent même par rire. Mais toujours, très vite, survient ce moment où ils se regardent vivre tout en se disant que rien n'est décidément plus comme avant." 

Peut-être que le 13 novembre 2015, même si nos amis et connaissances personnels en ont réchappés, nous [nous qui ? les habitants d'Île de France ? quelque chose de plus large comme pour le 22 mars 2016 à Bruxelles qui nous concerne aussi ? nous qui aurions tout à fait pu nous trouver au mauvais endroit au mauvais moment ?] avons tous été intiment bouleversés. Au point d'en perdre la trace directe, re-pêchable seulement par le biais de traces concrètes, images, sons, mots écrits, ou souvenirs croisés avec autrui.

Je m'aperçois que les photos me sont devenues vitales, tout autant que les mots, l'écriture, pour [tenter de] résister. Au sens au moins de "tenir le choc", au sens premier.

(et merci encore, Philippe, et les camarades de Charybde, pour cette excellente soirée, qui contribuait, au fond, elle aussi à ne pas se laisser défaire, à lutter)

 

(1) Et soudain je m'aperçois que le fait que "Le parfum du jour est fraise" me soit récemment revenu aussitôt en mémoire en lisant un article du Canard Enchaîné, est probablement dû pour partie à l'un des livres (celui de Pascale Petit) dont il avait parlé ce soir-là, même si bien sûr j'avais ma référence personnelle directe par la série


Souvenir d'un soir d'automne

 

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Toujours occupée par les sauvegardes et ménages de photos récupérées en surabondance. 12000 images pour juillet 2015, 6000 pour août, dont la moitié voire les deux tiers sont des variantes techniques générées par les logiciels lors de simples manipulations d'étiquetages et de regroupements, seulement tout a été restauré en bloc.

L'effet fuite impressionnante du temps est largement compensée par les retrouvailles avec les souvenirs de bons moments que sans avoir nécessairement oubliés je n'avais plus à l'esprit. Il est intéressant de constater combien l'année 2015 dont je conserve un souvenir de violences et de chagrins et de difficultés financières et professionnelles, bref, une année dure, comporte un nombre conséquent de temps formidables, de rencontres, d'émotions, de lectures, de bonheurs. L'ultraviolence générale et le poids des éléments pénibles les ont mazoutés. Les photos me les restituent.

Parfois, je me surprends à espérer que pour le reste comme c'est en train professionnellement de se réaliser, tout n'est pour moi pas terminé.

(mais, quand bien même une chance se présenterait, suis-je encore capable d'accorder ma confiance après tout ce que j'ai traversé ?)

 

 

[vendredi 18 septembre 2015, fin de journée]


Bribes en vrac d'une belle soirée

 

    Les survivants se rassemblent et ceux qui ont survécu à ceux qui n'ont pas survécu. 
Nous avions tant d'estime et d'affection pour notre ami commun. 

Beaucoup ont réagi par le travail. 

Il a fallu, je crois, prendre ses distances. 

Il y a : ceux qui dorment trop, ceux qui ne dorment plus.

Le corps physique a ses limites. 
Les esprits, c'est fort, ne sont pas défaits.

Tu comprends que la jeunesse actuelle n'a rien d'un passé militant (conversation).

Les forces de l'ordre, certains, ne se cache même plus pour jouer les casseurs puis mettre un brassard. Ce qui permet de dire, il y avait des casseurs et nous avons chargé. Nous les avons dispersés (conversation)

Tu entrevoies un ami qui envisage le football. Les Émirats Arabes Unis ont disqualifié le Qatar par mercenaires interposés. Mais les supporters font semblant de croire qu'il s'agit encore d'une équipe de leur ville avec des joueurs qui n'iraient pas ailleurs pour davantage d'argent. Ils font aussi semblant de croire que l'issue de leurs paris compte moins que le sport, le score, l'honneur. 
De nos jours un supporter, ça fait beaucoup semblant.
Un grand rugissement. Ils ont marqué, avance un ami, tout en démontant la tente. Pas certaine qu'il ne s'agissait pas de déception, dis-tu.  

Il ne fait pas froid.
Tu ne peux pas dire : je ne souffre plus du froid depuis que votre père est mort. C'est pourtant la stricte, surprenante et dérangeante vérité.

Tu voudrais offrir son livre à ton grand vieil ami, ton presque frère. Mais tu n'as pas d'argent et l'ami pour te voir n'a plus du tout de temps. (double un peu triste constatation)

Nous avons les mêmes valeurs, presque les mêmes opinions mais nos sensibilités diffèrent sur Eddy Bellegueule et Merci Patron ! (conversation)

La police fait des rondes, tant et si bien que tu finis par te dire qu'effectivement il pourrait y avoir un danger. Mais ça t'es égal. Ils méritent qu'on le coure.

Tu as honte de te remettre lentement quand les vrais concernés font face vaillamment. Pleurer d'avoir en sus reperdu un amour perdu te semble d'une faiblesse ridicule. Notamment face aux filles sans [plus de] pères, qui sont là et sourient. Faire face à l'adversité.

Tu sais le score du foot dès la fin du foot, tu sais qu'il vaut mieux éviter de rentrer en vélib, pas de place près de chez toi où les raccrocher, les stations sont saturées (vie moderne).

Nous démontons la tente, sous la direction de M., notre grand spécialiste.

Ta grande amie est venue qui pour sa dédicace ne donne que son prénom. Je ne commets pas l'erreur d'expliquer à la jeune femme qui elle est. Mais, allez, avoue, ça t'a effleurée.

Tu remercies une femme remarquable pour son travail fait à la librairie où tu as appris le métier. C'était il y a quatre ou cinq ans. Elle réfléchit, puis se souvient. Avec un sourire triste. C'était ça ma vie d'avant. Les libraires, les réfugiés.

Elle raconte un cadavre de vélo à cause d'un chauffard colérique. (conversation)

Tu noies tes chagrins, celui du deuil en particulier, dans les verres de gingembre.

Un camarade âgé veut tout bouger. Et à plusieurs reprises. D'où lui vient cette bouffée d'énergie ?

Quelqu'un avait écrit dans la première version de transcription d'une interview que la femme qui le racontait avait eu pendant dix ans une relation avec un homme marié. Non seulement c'était faux mais elle se demande encore ce qu'elle a bien pu dire qui fut noté ainsi. Elle a pu [faire] corriger, du coup c'est resté drôle.

Tu rentres à pied munie d'un (petit) cadeau (alimentaire).

Je prends des billets de train pour le 1er mai. 

Paradoxe de la belle soirée dont on aurait aimé qu'elle n'eût jamais lieu.

[À présent] Il faut dormir.  Demain, mon ordi sera réparé. 
Que deviennent les humains ?

 


Coupla' things


    La conscience qui ne date pas du 22 mars ni même du 13 novembre ni des 7 à 9 janvier, mais que tout ceci réactive de façon nette que chaque activité que l'on fait doit mériter que l'on prenne un risque conscient et concret. C'était déjà le cas d'un point de vue budgétaire : plus jamais n'aller au café seule sauf besoin urgent, ça le (re)devient pour le fait d'être dans la ville, d'aller voir un film, assister à des lectures, retrouver des amis. It has to be worth it.

    Le retour du fotolog : voulant rechercher un lien (j'ai repris mes sauvegardes d'images en 2012), je m'aperçois que le message menaçant "sauvez vos photos nous risquons de ne plus être en ligne après le 20 février" a disparu. Tout semble redevenu comme avant la coupure sauvage du 4 janvier dernier. J'attends d'avoir résolu quelques tracas d'ordis pour aller aux nouvelles.

    Un instant d'absence ... anticipative : combien de fois par le passé ne m'est-il pas arrivé "d'oublier" par exemple une rupture, un décès ou que tel moyen de transport était fermé sur la période (et de me diriger vers une station que je savais pourtant fermée). Il m'a fallu des années pour ne prendre qu'un exemple qui ne fâchera personne avant de ne pas avoir cette pensée de Tiens, Bashung n'a pas sorti de nouvel album depuis longtemps, oubliant (refusant) sa mort. Mais ce matin alors que je dois me rendre Croix de Berny j'ai songé : prendre la 14 porte de Clichy puis le RER B à Châtelet. Ça me semblait naturel. Trois ans à l'avance ?

    Une connivence parfaite avec ce personnage de roman, qui par ailleurs est inspirée par quelqu'un qui exista jadis et loin réellement, je me dis que je trouve que ses réactions face à ce qui lui arrive sont vraiment très bien vues, me sens un peu moins seule et en pleine empathie. Soudain à deux ou trois phrases que je reconnais - j'avais cherché mes termes, voulais exprimer quelque chose d'assez subtil -, je comprends (aux 3/4 du livre quand même ! je comprends vite mais je mets longtemps) : l'amie en écrivant, consciemment ou non, a repris ce que je lui avais confié de ce qui il y a trois ans m'arrivait - effectivement il y a quelques similitudes avec ce qui fut l'histoire de cette autre femme, sur un point en particulier -. J'ai ri de bon cœur et ça m'a mis un peu de baume au cœur. Quelqu'un quelque part m'a très bien comprise. Et pas n'importe qui. C'est une façon agréable, quoi qu'assez insolite, de se retrouver dans un livre. J'imagine que les doublures au cinéma pour des séquences précises, des parties de leur corps, ou des actions qu'elles savent effectuer, ressentent quelque chose d'assez proche en voyant l'œuvre une fois terminée. 

    Le moment de reprendre un emploi salarié approche, ça y est je suis dans la zone de jours où je mesure ce que je n'aurais pas le temps matériellement d'achever avant, y compris dans le cadre du rangement de l'appartement. Il faudra prendre un rythme. Depuis que j'ai fait remettre en état mon vieux biclou, j'ai davantage confiance en moi. Yes you can. J'ai hâte de m'y mettre. 
Je suis cependant triste des amis que je ne serais pas parvenue à revoir avant d'être prise par mon activité.


Après les attentats à Bruxelles : chez les amis, des mots, des liens


    Mardi matin, comme tant d'entre nous, Paris et Bruxelles sont si proches, de géographie et d'affections, je me suis fait un sang d'encre. 

J'ai infiniment apprécié et l'ai déjà marqué, que Xave ait très vite retrouvé son humour mardi (et signalé qu'il allait bien) (si tant est qu'il ne l'ait jamais perdu, car nous avons probablement ce "défaut" là en commun, dès lors que personne que nous aimons n'est directement en danger). Son touite m'a fait un bien fou, même si je conçois que beaucoup ne puissent pas comprendre qu'on se défende du pire comme ça.

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C'est très secondaire, eût égard à l'horreur générale, mais pendant plusieurs jours je me suis sentie vraiment trop naïve ? bête ? sentimentale ? gentille ? de m'être inquiétée pour tous ceux que je connaissais à Bruxelles, y compris pour quelqu'un qui m'a fait un mal fou, et très particulièrement le 8 janvier 2015 par un message insupportable - odieux en temps normal, dégueulasse en sachant que le 7 j'avais un ami qui s'était fait tuer (et normalement il savait que je connaissais Honoré) (je n'ai en regard qu'un fail de password de quelques heures, où il n'était pas nommé, où je ne faisais qu'exprimer ma douleur et qui aurait dû rester discret je m'en étais excusée auprès de l'intéressée) -.
Et puis voilà qu'un touite de Mitternacht posté mardi lu tardivement, m'a remis dans le droit chemin, au lieu de m'en vouloir d'être faible, même si elle n'a pas de griefs équivalents envers qui que ce soit (du moins tout me porte à le croire), bien sûr, elle a raison :

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Du coup si je m'en veux d'une chose, c'est de n'avoir pas moi-même pensé à touiter cela.

Un billet m'a émue et peinée, d'autant plus que j'avais vu passer les avis de recherche, c'est chez Couac, qui connaissait l'une des victimes probables de l'attentat dans le métro : samedi 26 mars 2016

L'intelligence et la culture de Carl Vanwelde font toujours du bien, plus encore en ces jours terrifiants : Étrange époque
J'y retrouve l'effet que fait la survenue d'attentats près de chez soi lorsque l'on n'y est pas, et loin - ce que nous avons connu l'homme de la maison et moi en novembre -. J'y découvre un intéressant effet d'inversion : presque tout ce dont il dit s'être senti relativement à l'abri car éloigné de ses pratiques quotidiennes (être un journaliste satirique, un fan de rock ...), c'est ce qui pouvait me concerner de près alors que ce qu'il répertorie comme proche, dont l'aéroport de Zaventem, où en pas mal d'années de fréquenter Bruxelles (dès 1983 en fait, pour la Foire du Livre dans les années 2000 puis assidûment entre 2008 et 2012) je n'ai jamais mis les pieds. Et oui, depuis les années 70 en Italie, je vis dans l'optique de ses petits-enfants. Mais j'aime la façon dont il l'exprime ; triste et calme.

Pour ceux qui ont FB, Dom Moreau Sainlez, une amie que je vois trop rarement, a posté une suite de liens très très intéressants. Si quelqu'un débarquait en se disant, Que s'est-il donc passé ?, il trouverait là l'essentiel. Et sans les dérives débiles.

Enfin, Xave a remis un lien vers cette belle intervention de Louis T. après le 13 novembre et même si je n'en suis plus aussi persuadée, à force que tant des lieux concernés me soient familiers, et que des personnes connues de mes amis soient parmi les victimes des attentats aveugles ici ou là, j'aime sa façon de remettre les pendules à l'heure et de nous enjoindre de raison garder.

 

 

 




 
 

 


Deux ans de sur-place, un peu (si au moins il n'y avait eu que ça)

 

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En cherchant autre chose je suis tombée sur une appli qui rappelle d'anciens fichiers du même jour mais d'autres années. Je ne sais pas trop comment j'ai fait, mais alors que je ne le souhaitais pas plus que ça, j'ai dû activer une fonction de rappel et voilà qu'on me ressert celle-ci de mes photos horodatée précisément du 15 mars 2014 15:36 et que je viens (j'avais en partie oublié) de prendre sa presque jumelle (4 mars 2016 16:52).  20160304_165147

 

Il y a infiniment pire que de se retrouver deux ans après dans le même lit à baldaquin, à l'occasion d'un week-end de ciné-club. Il n'empêche qu'en ce qui concerne le travail j'ai l'impression d'avoir beaucoup donné pour un résultat décevant. J'ai rencontré quelques personnes, certains anciens collègues (essentiellement ceux qui ne se sont pas non plus attardés) sont devenus des amis, l'expérience de dépaysement fut rude mais formatrice. 
Financièrement, j'ai sauvé les meubles en bossant à gros rythme ces deux années - mais sans être pour autant mieux rétribuée -, puis en choisissant de quitter à ma liberté (1) j'ai replongé.

Je suis à nouveau en position d'espérer prochainement stabiliser à nouveau le déficit (et rembourser ma dette de dèche). À nouveau dans l'optique de retrouver un rythme de vie permettant de concilier l'écriture et bien bosser comme libraire. 

Les chantiers d'écriture ont l'un après l'autre été mis en jachère par des événements extérieurs qui combinés au travail qui passe toujours en premier, ont englouti le temps et l'énergie. Il y a eu un deuil, d'un genre qui m'avait jusqu'alors été épargné, et dont il est long de se remettre vraiment. Je crois que ça ne sera le cas que lorsque j'aurais écrit, pas l'écriture d'urgence et de survie mais quelque chose de plus posé, que les mots précis parviennent à délimiter la peine et qu'enfin elle cicatrise.

Avec un projet supplémentaire (sportif) un peu fou mais auquel je tiens de plus en plus. Et qui sera parfaitement compatible avec mon nouvel emploi ... si je m'y rends en vélo. 

Bref, au monopoly de la vie j'ai fait pour cette récente partie de deux années écoulées une sorte de "retournez à la case départ, ne touchez pas 20000, passez par le lit à baldaquin".
Et tout ira (enfin) bien ?

(Quand même assez fière qu'on ait tous les quatre de ma petite famille survécu à ces deux années dangereuses, il nous restera ça, dirait le Grand Fabien)

 

(1) Et quand même bien aidé par la poste qui oublie pendant quinze jours de présenter un recommandé - et répond tranquillou à un mot de protestation qu'un recommandé ne présente aucune garantie contractuelle de délais - et par les attentats de novembre qui m'ont laissée trop accablée pour surveiller les finances familiales. Qui m'ont aussi indirectement fait manquer une opportunité professionnelle prometteuse - parfois j'ai un tantinet la sensation de faire concurrence à Hélène Bessette ... mais pas dans le domaine qu'il faudrait -.

 

 

 


Dans l'ouragan des événements de novembre

 

    Dans l'ouragan des événements de novembre, des tas d'éléments totalement sans lien apparent se sont trouvés emportés. 

Je me suis peu à peu rendue compte qu'il était arrivé certaines choses importantes à certain-e-s de mes ami-e-s, qui n'avaient rien à voir avec les tueries, mais dont j'ai totalement ignoré la survenue : doublement moins présente sur les blogs, ma messagerie (certains messages je ne les ai pas vus passer), ou les réseaux sociaux, parce qu'à Arras au festival de cinéma lors du vendredi 13 novembre puis obnubilée pour le temps que j'y étais par les infos partagées, je tombe de l'armoire en lisant ici ou là des suites de suites de changements ou coups durs importants. Le pire c'est que dans le monde hyperconnecté qui est le nôtre, personne ne se doute qu'on ignore quelque chose.

Quand fotolog a disparu des radars en janvier, j'ai été persuadée que j'avais manqué un avertissement. 

Le gag triste c'est qu'en fait non.

À présent il m'aura fallu pour le week-end une connexion de fortune et que donc j'ai dû parcourir l'affichage de mon propre blog plus lentement pour m'apercevoir que le blog-it express et sa petite citation n'y étaient plus. Et découvrir ceci dans la foulée. Évidemment disparaître le 5 ou le 6 novembre, aura été une excellente façon de sortir (involontairement) en toute discrétion. 

Je me demande quels autres éléments vont se révéler en ce printemps, qui m'étaient passés totalement inaperçus. Rien de plus grave désormais que la disparition d'un site, du moins je l'espère. 
(et je me dis que ça doit être cent ou mille fois pire pour ceux que les attentats ont directement concernés).


Photos retrouvées (Il nous restera ça)

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Je cherchais à récupérer une information de date sur une prise de notes faite sur mon téléphone malin et suis tombée sur la "galerie" photos qui n'est pas l'interface que j'utilise habituellement pour récupérer mes images. 

Je me suis alors rendue compte que l'appareil avait accès via une appli de messagerie qui y était encore reliée - mais après un changement de nom général - à tout un lot de photos prises pour la plupart en 2008. 

Elles étaient totalement sorties de ma mémoire sauf pour certaines qui concernaient Bruxelles - et qui sont soigneusement archivées par ailleurs -. Il est clair que certaines étaient là en vue d'un partage, d'un envoi.

Je me souviens parfaitement des photos prises à la demande de Camille Renversade lors de sa rencontre au Festival Étonnants Voyageurs le 1er juin 2009 avec Michael Palin (1).  P6010058

 

 

 

 

 

 

 

 

Ou de celles prises pour l'ami Eduardo, par exemple celle-ci alors qu'il recevait Gilles Jacob dans les sous-sol de la Fnac Montparnasse, à présent dévolus au prêt-à-porter. C'était le 21 mars 2009.

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Je me souviens de cette soirée de réveillon, à l'orée de l'année 2009 qui fut pour moi si bouleversante, où nous avions bu du champagne extra-ordinaire. 

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Je me souviens du tram 33 et de ce soir bruxellois où le voyant passer sur le quai où j'en attendais un autre, je n'ai pas pu m'empêcher d'y monter sans même savoir où il allait.

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C'est ce qui s'appelle de l'emprise culturelle

 

 

 

 

 

 

 

Je me souviens bien sûr de la soirée du 28 août 2008 au centre culturel d'Uccle

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Et si je n'avais pas oublié que Claudie Gallay était venue à l'Attrape-Cœurs je ne savais plus que c'était le 11 septembre 2008.  CIMG9706

 Je me souvenais qu'elle avait le même tee-shirt à manche longue que j'avais failli mettre, le même exactement (couleur, taille, marque) (mais I. V. au dernier moment m'en avait dissuadée). 

Nous avions beaucoup ri, il en reste une photo floue, étrangement cadrée.

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Et d'ailleurs c'est l'un des mystères de ces images retrouvées pour la plupart huit ans après, c'est qu'elles ne sont en rien triées, ce qui n'est pas cohérent avec ma première hypothèse qu'elles aient été là pour partage. Figurent parmi elles des silhouettes de type street-view-ghosts, dont je connais la cause (j'évite le plus possible d'utiliser un flash sauf pour certains effets et donc les mouvements pris en lumière basse donnent parfois ces résultats).

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L'autre mystère étant quelques bribes qui sont des copies d'écran, dont celle-ci qui date du 22/09/2013 - quand les photos datent d'entre 2008 et 2011 - et correspond à une demande de mouchardage de la part de FB (à laquelle je n'avais bien sûr pas répondu).

Capture d’écran 2016-02-28 à 21.36.25 Ce qui était drôle était qu'une de mes amies se trouvait alors en déplacement professionnel à Mexico et que la machine me demandait si elle y habitait.

À l'opposé du spectre figurent quelques photos, dont celle qui ouvre ce billet et qui me paraissent trop bien pour avoir été prises par mes soins, sauf que je reconnais l'attribution de titres automatique de mes appareils successifs. Il serait peut-être temps qu'enfin j'apprenne à faire quelque chose de celles qui sont venues bien. En attendant je suis heureuse de les (re)trouver.

P8290067 Bastille again and again_260908_P9260039 Le rêve et le reste_Bastille_260908_P9260046

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La statue venait de poser un bouquet (mais restait chagrinée)_191008PA190030

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr certaines sont drôles, d'où que je crois bien les avoir prises (elles ne font peut-être sourire que moi)

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J'ai également retrouvé une expérimentation du 19 juin 2011 qui me fait chaud au cœur (peu importe le résultat)

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Me revient alors que la photo avec le chien et les personnes attablées en terrasse avait été prise au Palais Royal et que je voulais faire un clin d'œil à Milky (2) qui s'était lancée dans une série New-Yorkaise : les gens avec leurs chiens.

Voilà donc un ricochet étrange de cette époque où nos appareils servent à notre espionnage et peuvent conserver certaines traces à notre insu : le retour de mémoires personnelles imprévues. Comme de regarder les albums photos de quelqu'un qui nous fut cher et qu'on avait un peu perdu de vue. 

L'expérience dans mon cas aura été plutôt plaisante. J'y apprends qu'après les traumatismes personnels (2006) ou collectifs (11/09/2001) une forme d'insouciance peut renaître et à nouveau des sentiments chaleureux. Je me demande ce qu'il en sera pour l'après 2015 (3). Je trouve aux images des années précédentes une légèreté qui me semble désormais inaccessible. Mais elles font du bien à revoir. 

Comme le slamme Grand Corps Malade, il nous restera ça.

 Il est amusant de constater qu'à l'orée d'une nouvelle étape de ma vie, qui se présente plutôt bien et dont la perspective en tout cas me stimule, des éléments extérieurs (la fin annoncée du fotolog, des fichiers en mémoire de mon téléphone retrouvés sans les avoir cherchés) me poussent à faire le point avant de clore le chapitre précédent, ses bonheurs et ses douleurs. Une expression extérieure d'un besoin d'archiver soigneusement pour passer à la suite sans entraves tout en emportant les précieux acquis de celles qui furent mes plus intenses années. Elles m'auront au moins permises d'apprendre un métier que je m'apprête à nouveau à exercer. Je le ressens comme un privilège.

Oui, il nous restera ça.

 

PS : Le bizarre album des retrouvailles est .

PS' : Accessoirement, en tentant de rechercher si j'avais déjà posté cette photo en la documentant un tantinet et alors que j'avais oublié d'ajouter le filtre "your own photostream" (qui en fait n'existe plus), je me suis aperçue que sur flickr on pouvait voir toutes les photos laissées publiques prises par des personnes ayant le même appareil (ou un appareil qui inscrit les photos en mémoire de la même façon) le même jour (mais pas forcément la même année) dont c'était le même numéro d'ordre dans les photos de la journée et qui n'ont pas modifié le titre. Ça me donne des idées (d'écriture). 

 

(1) Rien à voir avec Sarah et tout avec les Monty Python (je mets le lien pour l'intéressant article wikipédia en V.O.)
(2) Je choisis ce lien vers un billet précis car il m'émeut particulièrement. Je suis sous l'emprise de plusieurs mécanismes de ce genre, en particulier après les violences de 2015, et ça atteint l'écriture et aussi les vœux (mais les plus proches d'entre vous avez sans doute remarqué). Et d'ailleurs grâce à Milky il me vient une idée.
(3) Sachant qu'on risque d'encaisser de nouvelles horreurs, qu'on n'en a pas terminé. Mais ce n'est surtout pas une raison pour baisser les bras, ni renoncer par avance à quoi que ce soit.

 

 


Prendre dix ans d'un coup

 

    13519434844452_fÀ mesure que je sauvegarde mon fotolog et que je tombe de loin en loin sur quelque autoportrait - généralement lorsqu'il y a une raison marrante de le faire, le cadre ou mes cheveux ou une température exceptionnelle [cette photo par exemple date de mars 2012, il a fait un temps d'été un beau dimanche de ce printemps-là (pourri par la suite) et j'étais la seule personne que j'avais sous la main pour en témoigner], je me rends compte d'à quel point après le 7 janvier 2015 mon visage sinon mon corps a vieilli d'un coup. J'ai pris dix ans, la pesanteur s'est fait connaître - jusqu'à présent elle s'était désintéressée de ma personne -, mes cheveux ont pris une accélération de blanc, les yeux et les paupière ont pris du tombant. J'ai pris trois plis en bas de la joue, au coin de la bouche, d'un seul côté.

Or : 

1/ Des coups durs j'en avais eu de sévères avant et j'en aurai encore.

2/ Je n'étais pas parmi les personnes les plus touchées : pas sur les lieux des différents assassinats, pas une très proche d'aucune des victimes, simple amie. 

3/ D'origine italienne, habitante de Paris, visiteuse du Burkina Faso treize jours après l'un des coups d'état, je sais vivre avec l'idée d'un danger terroriste ou (inclusif) armé permanent.

Alors je m'interroge. Au delà du chagrin, qu'est-ce qui ce jour-là a été si fort atteint pour que mon apparence et mes perceptions changent (1) ? Est-ce parce que les types qui ont assassiné les autres avaient perdu leur humanité ? Parce qu'un ami paisible a été avec d'autres exécuté comme s'il évoluait dans un milieu mafieux ? Est-ce parce que je pressens du bien pire à venir (2) ?

Mon apparence ne me dérange pas plus que ça, j'ai pu mener à bien une recherche d'emploi sans mentir ni tricher en quoi que ce soit - pas de maquillage, pas de teinture, aucun artifice et c'était totalement volontaire, en rien une négligence -, mais les raisons de la brutalité de la variation restent comme un mystère qu'il me faudrait résoudre. Faudrait pour avoir une chance de survivre (à la suite),(par exemple). Et parce que je me demande parfois si je suis la même ou à un point important pas.

 

 

(1) dont celle du froid 
(2) Je veux dire pire qu'en janvier et en novembre 2015.


"Hier soir au Bataclan ..."


     1173438610_fJe savais que j'étais allée assez souvent au Bataclan, au point de n'en avoir plus un compte mémoriel direct précis (1).

Voilà qu'en sauvegardant mon fotolog à toute blinde (deadline aujourd'hui) je retrouve cette image prise le 8 mars 2007 avec pour légende (la photo est postée le 9)

Hier soir au Bataclan, concert de Jacques Higelin. 
Bonheur.

 

Il fut un temps où l'on pouvait aller au concert heureux et tranquillement.

 

(1) J'entends par là qu'il me fallait faire un effort d'énumération et de scrutage de mémoire, rechercher les noms des artistes concernés, et combien de fois chacun.