Bilan de l'an (2016 / 2017)


P6242099_2Pour moi les années depuis l'enfance n'ont jamais cessé de fonctionner selon le découpage des années scolaires. Tant il est vrai que fréquemment et aussi pour le métier que j'ai adopté (ou qui m'a adoptée, devrais-je dire), les rentrées sont dites de "septembre" (1), les choses fonctionnent ainsi. Janvier n'est pas le début d'une nouvelle phase mais le deuxième trimestre d'une "saison" du théâtre de la vie.

 

2011/2012 commencée encore un peu triste d'un chagrin de l'hiver d'avant avait eue une fin merveilleuse. Et 2012/2013 avait été une des plus belles années de ma vie sauf sur la fin où le cumul d'une rupture subie avec la perte d'un emploi avaient été rudes. Au bout du compte le vrai mois de vacances (dont j'ignorais qu'elles allaient être mes dernières d'avant longtemps) lié à la fin de mon travail me permit sans doute de ne pas sombrer. J'ai fait du sport. J'ai dormi autant qu'il le fallait. Lu, aussi. Et puis j'étais dans ma Normandie qui en ce temps là était encore un havre de paix.
2013 / 2014 avait été une année difficile même si au printemps j'avais retrouvé du travail, problèmes de santé pour l'un des membres de la famille, qui engloutissent des brèves vacances - ce qui est très secondaire mais marque le début de plusieurs années sans plus de vraie période de récupération -. 2014 / 2015 alors qu'à l'automne on reprend espoir (mais que l'automne est marqué par la mort d'une de mes tantes) tombe l'attentat du 7 janvier et ceux des jours suivants.

La vie ne sera plus jamais pareille. Par ricochet je perds une seconde fois quelqu'un qui avait tant compté pour moi, en plus d'avoir perdu un ami assassiné. 
Je crois que c'est le moment de mon existence où l'expression "ne plus savoir à quel saint se vouer" prenait tout son sens, car plus rien n'en avait. C'est le moment, après un problème à un pied qui était sans doute une fracture de fatigue mal diagnostiquée, où je prends, c'est rare, une décision, celle d'arrêter un job que je ne parviens plus à tenir avec efficacité et qui ne parvient pas à me laisser payer les factures. Je m'impose un épuisement qui n'a pas de sens, de mois en mois se creuse notre manque d'argent.

2015/ 2016 c'est l'année d'une nouvelle tentative de se relever après avoir été mise KO par l'adversité. J'avais grâce à une amie, une jolie perspective professionnelle toute neuve et qui me plaisait bien - en plus qu'assise à un bureau, ce qui convenait à mon état physique boitillant d'alors -, en compagnie d'une personne avec laquelle je m'étais immédiatement sentie bien. J'allais apprendre de toutes nouvelles choses dans le traitement de la photo. 
Les attentats du 13 novembre pulvériseront cette perspective : celle qui aurait pu être ma future collègue était au Bataclan, s'en sort mais non sans séquelles et par conséquence de conséquences le poste prévu est supprimé.
C'est très étrange d'être par deux fois parmi les victimes de 3ème ou 4ème niveau d'attentats dans la même année. Impactée par les ondes de choc d'événements enchaînés. Ce n'est rien par rapport aux réelles victimes et à leurs proches. Mais c'est loin d'être rien. 
Heureusement, l'année civile 2016 débute par une formidable rencontre professionnelle puis par un bel emploi dans un petit havre de paix en haut d'une colline avec quelqu'un que j'apprécie. Il n'en demeure pas moins que depuis le 7 janvier 2015 parmi les séquelles de l'étrange état de choc subi, je traîne une forme d'hypersomnie qui confine à la narcolepsie. Ça sera au point de faire une investigation d'apnée du sommeil. Laquelle sera négative. 
Rétrospectivement, je crois que c'est simplement mon corps qui réagissait fort sainement à tout ça.
À l'été 2016 la plus grosse inquiétude est la santé de la compagne de mon meilleur ami, atteinte par une infection rare et grave et qui restera entre la vie et la mort un (long) moment. Elle s'en sortira mais ensuite il semble n'avoir plus de temps ni d'énergie pour rien d'autre que pour le travail et rester auprès d'elle. Old adult's life is not friend's friendly.

2016 / 2017 aura ainsi été une grande année de pertes : un ami qui n'a plus de temps, ou plus l'envie, un cousin par alliance qui se sépare d'une de mes cousines. De tous ils m'étaient les plus proches, qui ne se connaissaient pas mais que les circonstances auront sortis au même moment de ma propre vie. Et puis surtout nos ascendants, celui de l'homme de la maison, et ma propre mère dont la santé se sera dégradée d'un grand coup, alors qu'elle semblait partie pour faire solide centenaire.

Avec l'élection de Trump et le Brexit, dans une moindre mesure l'élection présidentielle française aussi, cette histoire de fou qui met au pouvoir un ultralibéral ultracommuniquant, la perte aussi d'une croyance pleine et entière en la démocratie.


C'est une proposition d'emploi d'amis qui cherchent une remplaçante libraire pour qui de leur équipe s'en va qui me sauvera à plus d'un titre : tourner la page de ce retour au Val d'Oise qui avant la maladie de ma mère tendait à me charmer, après, n'était qu'un rappel des temps envolés ; devoir mobiliser toutes mes forces pour tenir ce nouveau travail qui est très complet et à ma mesure.

Une autre chose me sauve : le triathlon. 

Décision de 2011, octobre, prise alors qu'au marathon de Bruxelles nous encourageons l'ami Pablo. Cinq ans pour parvenir, entre manque de temps, manque d'argent, et recherche de place dans un club, à accéder à la possibilité d'essayer. 
La maladie de ma mère et au printemps le changement de boulot auront passablement obérée ma capacité d'entraînement. Ça n'était vraiment pas prévu comme ça lors de mon inscription effectuée alors que j'avais, croyais-je, enfin un travail stable et heureux, et que ma famille semblait elle aussi stabilisée, les santés et les voies professionnelles (ou fin de travail pour l'un, mais sans trop d'urgence financière) des uns et des autres. Tout semblait dégagé pour que je puisse me consacrer à ce nouveau défi pour une fois personnel et volontaire. 
Las, le syndrome de George Bailey aura encore frappé.

Nous ne pourrons garder en banlieue la maison que ma mère occupait. Depuis avril je consacre une part importante de mon temps libre si réduit à ranger, trier, jeter, préparer un déménagement. Je retrouve d'anciens documents. C'est émouvant, parfois marrant, régulièrement étonnant, toujours finalement éprouvant. Ma chance est d'aimer la photo, et de trouver du sens dans les images, peu importe que l'on y connaisse ou non les gens. J'aime ce qu'elles disent d'une époque, d'un temps. Mes trouvailles m'aident en fournissant une part de beauté, un peu d'enchantement.

Histoire d'accentuer le deuil, il y aura à partir de février 2017 l'épisode du voisin voleur au passé de psychopathe possiblement violent et qui en Normandie videra à plusieurs reprise la petite maison de denrées et équipements. Nous volera aussi de l'électricité tant qu'à faire. Au delà du préjudice financier (entre 1700 et 2000 € à ce jour), moral (trouver la maison cambriolée vitre arrière fracassée, tout jeté sens dessus dessous alors qu'on arrive tard un soir de février pour enterrer sa mère le lendemain, on a beau en avoir vu d'autre, ça atteint), c'est notre havre de paix qui est pulvérisé au moment où l'on en avait fort besoin. Et de nouvelles brèves vacances qui volent en éclat : visites des gendarmes, dépôts de plaintes, réparations à entreprendre, achats de remplacements, virage obsessionnel de l'homme de la maison et ses accès de colère induits (2). Zéro détente fors dans les livres, heureusement excellents, les Sadorski de Romain Slocombe, la Serpe de Philippe Jaenada. En plus que je suis heureuse dans mon nouveau travail, si stimulant qu'il a fait reculer mon hypersomnie et que j'ai l'impression de revivre, je n'avais jamais repris le boulot après des congés avec autant d'appétit. 

L'année 2017 / 2018 démarre donc par une arrestation, celle du voisin indélicat, par du sport, beaucoup de sport et ça me fait un bien fou, par des nouveaux tracas de santé familiaux qui se profilent par beaucoup de pluie (3), par ce beau défi professionnel et un vaste point d'interrogation financier (4).

Je ne manque pas de rêves et de projets, c'est fou comme un emploi qui vous convient peut donner des ailes, seulement je crains que les circonstances, générales comme individuelles ne soient pas favorables. 

 J'aimerais du calme pour pouvoir avancer, dans le sport, dans le travail, dans l'écriture, enfin. Je crains de plus en plus que ça soit un vœu pieu. J'aimerais la force pour pouvoir avancer malgré l'absence de calme.

Les activités ont toutes repris ou le feront la semaine prochaine. Allez hop, c'est reparti. Puissent les guerres et les grands tourments nous épargner encore. Nos aînés ont tant donné. 

 

[photo : ma plus belle photo de l'année, lors du triathlon de Deauville ; celle qui encourage et celui qui participe, alors en plein effort, sommet d'un raidillon]

 

(1) même si en pratique en août.

(2) J'aime les romans d'Ariane Bois entre autre pour leur qualité à présenter des hommes qui en cas de coups durs savent parfois être un soutien. Mon fils l'est par moment, seulement la différence d'âge et d'expérience et que c'est à rôles inversés, limitent cet effet, mon meilleur ami savait l'être, mon cousin déclassé également, mais très partiellement. Je n'ai connu et ne connais sinon que le cas où l'homme face aux coups durs est principalement un facteur aggravant, voire carrément la source même, pour certains et certains chagrins.  

(3) J'ai l'impression qu'à part une poignée de journées caniculaires il n'y aura pas eu d'été. Et depuis plusieurs jours, il pleut sans beaucoup discontinuer.

(4) Tant que la succession n'est pas dénouée, c'est très juste, entre les frais liés au décès maternel et ceux liés aux cambriolages successifs que l'assurance n'a pas couvert (entre restrictions lorsqu'il s'agit d'une maison de campagne et notre manque de factures, puisqu'au départ ça n'était pas notre maison). 

PS : Se rappeler que 2017 au printemps Mastodon est apparu comme une alternative non marchande à Twitter, avec respect des niveaux de confidentialité.


Le poids de l'air (du temps)


    J'ai appris l'annulation de la braderie de Lille via FIP qui est la radio que l'on met (parfois) à la librairie : pas de réclame, programmation douce mais variée et de qualité et un flash d'info bref par heure à 50 de chaque (1). Ça m'a fichu un coup, un peu comme les témoins de cet article une première pensée aura été, Ils ont donc gagné. En même temps je comprends fort bien et trouve légitimes les motifs de l'annulation : au vu des événements récents, même en l'absence de menaces précises, maintenir serait tenter le diable. La foule est telle et la configuration des lieux, que le moindre fou d'Allah ou du reste, même faiblement équipé, pourrait faire un carnage. Disposer des hommes en armes destiner à protéger serait en soi risqué, le moindre échange de tirs atteindrait des malheureux tout autant que d'éventuels tueurs. Et il ne faut pas oublier les risques de type kamikaze qui se fait sauter en plein passage surpeuplé.

Mais voilà, on a beau à titre individuel être résolus à ne pas céder, à ne rien changer de notre façon de vivre, let haters hate, il faut bien tenir compte des derniers développements.

 *            *            *

Un autre élément de changement, se loge dans la perception des informations. Un fait divers si dramatique fût-il et profondément grave pour ceux qu'il concerne, devient presque un élément de soulagement dès lors qu'il n'est pas récupérable par la lutte islamiste armée. Un fou purement givré, une catastrophe, un incendie, font figures de drames admissibles, d'horreurs envisageables de la vie. 

*            *            *

Août 2016, on en est là. Et pour ce qu'il restait vaguement d'un esprit de fête (résiduel), les Jeux Olympiques sont, comme le fut l'Euro, une période de qui-vive.

 

 

(1) Ce qui est très pratique lorsqu'on ferme à l'heure pile, ça donne un bon point de repère pour commencer les tâches de fin de session


Et si on s'accordait une once de fierté ?

En rentrant du boulot, en cherchant tout autre chose, je tombe sur le témoignage "du gars en vélo", un de ceux qui a tenté à Nice d'arrêter le camion qui fonçait sur la foule :

Puis j'ai lu un article qui mentionnait l'homme en scooter et un autre qui n'a pas pu rejoindre le camion mais a aussi essayé (et a sauvé des tirs un passant).

Je sais que je ne sais pas comment en cas d'urgence je réagirai. On ne peut pas savoir, à moins de faire ou d'avoir fait parti d'un groupe particulier, entraîné, comment notre corps va réagir. Une des réactions possible est la sidération, la transmission qui du cerveau aux muscles ne s'effectue plus. Ce n'est même pas une question d'avoir peur ou pas. Ça se situe au delà.

Alors ceux qui plutôt que de penser à se mettre à l'abri parviennent à avoir des réactions de préservation d'autrui, au risque de leur propre vie, chapeau bas. 

En écoutant cet homme qui explique simplement ce qu'il a vu, compris et tenté de faire, comme s'il était lui-même surpris, m'est revenu qu'à Saint Étienne du Rouvray c'est une religieuse, qui est parvenue à s'enfuit et a donné l'alarme - le bilan aurait pu être pire sans l'intervention rapide de la BRI -, que dans le Thalys l'an passé, des passagers ont réagi suffisamment nombreux pour avoir raison du type qui voulait tuer, qu'au Bataclan il y a eu plusieurs témoignages parlant de ceux qui ont aidée les autres à s'enfuir, ou à rester calmes - je revois cette image d'une silhouette secourant une femme suspendue à une fenêtre -, d'autres récits tant aux terrasses des cafés en novembre 2015, qu'à Nice de personnes ayant le réflexe de protéger les autres, de s'interposer - quitte à en mourir -. Et les imprimeurs qui ont survécu à la présence des frères assassins - celui qui a protégé son employé, celui qui a su rester silencieux et parfaitement lucide -, et le gars qui à l'hyper casher était parvenu à faire sortir des gens. Il y a une jeune femme aussi, Aurélie Châtelain, morte assassinée alors qu'elle tentait de résister à un homme dit "radicalisé" et qui l'a probablement empêché de s'en prendre à d'autres.

Je n'ai pas suivi tout, simplement lu des articles, je me dis que si je cherchais je trouverais encore plus d'exemples.

Et si ces fous furieux au lieu de nous diviser nous faisait prendre conscience d'à quel point nous sommes parvenus collectivement à un niveau de courage et d'intelligence qui fait qu'à chaque fois il y a parmi nous plusieurs personnes capables plutôt que de l'écraser, de tenter de leur mettre au moins des bâtons dans les roues ?

Ce qui est plus particulièrement frappant dans le cas de Nice, c'est que les trois qui ont tenté t'intervenir n'étaient pas ou plus menacés, ils ont vraiment tenté le tout pour le tout pour les autres.

C'est ça que les terroristes tentent de détruire, le niveau de civilisation et d'altruisme que nous avons atteint, si imparfait que soit notre système de société. Puisque chaque homme ou femme mal dans sa peau et apte à la violence peut déclarer qu'il fait allégeance à l'EI et commettre n'importe quel crime, il y aura inévitablement d'autres attentats (1). Seulement si à chaque fois on parvient, certains d'entre nous parviennent, à faire bloc, à tenter de faire front, au bout du compte on l'emportera.

Et en attendant je crois que l'on pourrait peut-être, collectivement, s'accorder une once de fierté, que ça ne serait pas si déplacé.

 

(1) Au risque que comme vendredi passé à Münich un type qui se prenait pour un nouveau Breivik soit confondu un temps avec un djihadiste, alors qu'il agissait plutôt par racisme d'extrême droite. 

 


Je ne me souviens plus du printemps

Depuis 2013, qui était pluvieux, du moins il m'est ainsi resté en mémoire, je ne me souviens plus du printemps. 2014 était peut-être pas mal, mais il fallait aller à l'hôpital et nous étions si inquiets sans arrêts, 2015 était un deuil et le deuil aussi d'une autre relation et la difficulté qu'il y avait à travailler malgré tout alors que l'environnement n'était pas bienveillant - j'ai le souvenir de journées ensoleillées et d'un été plutôt chaud mais il reste comme sur une photo, sans ressenti, abstrait - et 2016 n'accorde de chaleur que par inadvertance. 

Ça fait longtemps, très longtemps que j'ai perdu les voyages, restaient les déplacements, quelques-uns, et Bruxelles. N'en restent plus qu'Arras et son festival de cinéma ainsi que deux week-ends de ciné-club - et encore coup de chance, j'avais un week-end non travaillé -. Faire l'amour s'éloigne aussi. J'ai passé l'âge des possibilités sans tout à fait avoir perdu l'envie, mais force est de constater que c'est bientôt fini.

Espérer rétablir l'équilibre de nos finances n'est plus qu'un espoir abstrait. Seul le départ des enfants ou que l'un d'eux contribue aux dépenses pourrait nous remettre dans une situation sans systématiquement des tracas de fins de mois et du jonglage et du report de dépenses élémentaires.

Travailler un peu loin c'était renoncer à une grande part de vie sociale, c'était déjà le cas dans le XVIème arrondissement (même si dans ce cas le "loin" n'était pas géographique), mais ça l'est désormais concrètement. Je m'y attendais, seulement ça peine.

Les problèmes d'argent pèsent aussi, joints aux prix délirants (par rapport à des salaires faibles) des consommations à Paris  

La rondelle

(photo récente d'un ticket de caisse d'un café parisien empruntée à Lola Spun et tellement significative, de la rondelle de citron taxée à 20 centimes à la CB minimum 10 € en passant par le prix de base des consos, 6,10 € le cidre, 4,20 € l'eau gazeuse)

Forcément, si on hésite à aller au café, parce que la moindre boisson c'est trente minutes de boulot qui se liquéfient, on voit moins les personnes à qui on aimait donner rendez-vous, sans nécessairement se faire inviter. On n'ose plus rien proposer.

Chacun est pris dans la nasse de ses propres difficultés et soucis. On est tous des hamster qui cavalent dans des roues, parfois on en descend, on dit deux mots au hamster d'à côté en tentant de reprendre notre souffle, et puis on reprend. Comment rester proches dans ces conditions.

L'opéra s'était terminé quand les files d'attentes collectives ont été supprimées et les places à 20 €. Ça me manque. J'ai au moins la conscience d'en avoir, grâce à Kozlika et au petit groupe qui s'était créé, vraiment bien profité.

La chorale s'était achevée avec mon premier emploi de libraire et les fermetures à 20h. Incompatibles avec les horaires de répétition. Et les répétitions en vue des concert qui prenaient les week-ends incompatibles avec les horaires des librairies ultérieures. Chanter me manque. La musique jouée me manque.

À présent c'est le théâtre. J'y allais en collectif avec un abonnement, certaines années deux (mais mon partenaire de Chaillot a totalement disparu de la circulation, quand je pense à lui désormais je pense aux morts dans la vieille série des Envahisseurs, un souvenir lumineux de la place qu'ils prenaient). Je vais quand même regarder ce qu'on m'a transmis mais je crois que je vais arrêter. Trop compliqué avec mes nouveaux horaires. Rare économie possible. Là aussi que de bons souvenirs. Que d'œuvres qui auront aidé à grandir.

Reste le sport, encore que (1), mais au moins la pratique quotidienne, elle, dépend beaucoup de moi et le nouveau travail la favorise. Est revenue une activité que l'éloignement des lieux et le peu d'entrain des miens m'avait fait abandonner alors qu'elle m'est une respiration vitale : les marches en forêt.

Reste le cinéma, entre le Cinema Paradiso découvert près du boulot et le Méliès de Montreuil cette année est faste. 

Restent les livres, mon métier retrouvé me remet dans une situation d'abondance. C'est déjà une vie très privilégiée, jointe au travail que j'aime. Aimer ce qu'on fait pour gagner sa vie est quelque chose de si précieux.

La lecture, le cinéma, le sport, trois éléments qui ne se rétrécissent pas dans une existence qui depuis 2013, que je le veuille ou non, se resserre.

Reste la BNF même s'il est frustrant de n'y pouvoir y aller que certains matins. J'y suis si bien, au calme, à mettre de l'ordre dans mes idées, avancer mon travail personnel, étudier.

Reste l'écriture, justement. La seule chose qui contre vents et marées échappe au renoncement pour l'instant, sauf qu'elle échappe aussi à la mise en œuvre de chantiers un peu longs. La seule chose qui me console c'est de n'avoir rien à me reprocher : j'y fonce dès que j'en ai la possibilité.

Je ne souviens plus du printemps, j'ai renoncé à avoir chaud, est-ce que ça existe encore ? Mais je n'ai pas renoncé encore à l'essentiel. Quelqu'un me soutient.

Peut-être aurais-je enfin davantage de printemps l'an prochain. 

 

 

(1) Je voudrais m'inscrire à la saison prochaine au Levallois Triathlon après une tentative trop tardive pour la saison 2015/2016 mais deux mails sont restés sans réponse pour l'instant. Je suis une femme, je ne suis pas jeune, je n'habite pas Levallois mais juste à côté, sans doute que je ne les intéresse pas.

PS : Le problème est aussi que les tracas externes grandissent en plus du climat général délétère et violent, mais je ne souhaite pas évoquer les premiers qui sont ceux de tous adultes vieillissants dont les parents atteignent au grand âge, et j'ai déjà beaucoup parlé du second.

addenda du 27/05/16 : À croire qu'il suffisait de demander, aujourd'hui un climat normal de printemps vers l'été #itwasabouttime 


Depuis le début des manifestations, tout semble fait pour criminaliser le mouvement

"Joël Labat analyse les violences dont il a été victime et témoin comme « une volonté politique évidente d’effrayer les manifestants et les gens qui filment. Tout est fait pour criminaliser le mouvement et pour que les mobilisations se passent mal. J’étais à la manifestation du 1er mai avec ma femme, nous nous sommes retrouvés pris dans la nasse, c’était très angoissant. Nous sommes en train de sombrer dans une époque qui bafoue les droits »."

article complet sur Reporterre

Un CRS a tiré une grenade sur un réalisateur - et l'a blessé - pour l'empêcher de filmer

 

Je suis les événements actuels seulement d'assez loin : prise par un nouvel emploi et des tracas à hauteur personnelle, quand bien même j'aurais encore de l'élan militant, je serai incapable de me libérer pour participer. Aux interstices j'écoute les amis qui se dévouent pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être, je lis les infos sur des sources internet variées, et je veux bien croire qu'il y a des casseurs venus pour ça (payés pour ?), mais globalement je vois des témoignages de gens au départ peu violents et qui en subissent plus qu'à l'ordinaire, comme si une part de la violence soulevée par les terroristes islamisés retombait sur les citoyens qui souhaitent défendre leurs droits. 

Pour l'instant, à part de brefs passages à l'occasion d'un retour, place de la République - les fois où j'y étais j'ai plutôt entrevu une ambiance bon enfant ; peut-être trompeuse, comment savoir lorsqu'on ne peut rester ? -, et une file d'attente impressionnante vers Ermont Eaubonne pour de l'essence et que la police canalisait, un soir aussi dans Paris vers la gare de Lyon les traces d'un passage violent (écrans publicitaires brisés ...), je n'ai rien vu de ce qui s'est passé et se passe. Un peu comme si j'évoluais dans un monde parallèle. On croise cependant de nombreuses troupes en uniformes, soldats, CRS ou policiers. Il y a une atmosphère tendue. Pas dans la banlieue réputée calme où je travaille mais dans la grande ville elle-même.

Ce témoignage de Joël Labat est un parmi d'autres qui vont tous dans le même sens. Le pouvoir souhaite que les choses dégénèrent. Pour pouvoir accuser qui en fait, et de quoi ?

L'état d'urgence est déjà là, prolongé, reprolongé. Que veulent-ils provoquer ?  CjZ0__yW0AEzPCk

 

Pourquoi un gouvernement réputé à connotation "de gauche", pilote-t-il à ce point à droite toute, contre son électorat même, violence répressive incluse (1) ? 

photo prise ou partagée par @jbrkmr (à Rouen semble-t-il)

 

(1) quand l'urgence devrait être de lutter contre Daesh, ISIS ou quoi que ce soit qui sont prêts à assassiner de manière aveugle et l'on prouvé. 


Monsieur Honoré - un film

J'irai le voir dès que je le pourrai. Honoré me manque. Je crois encore voir sa silhouette plusieurs fois par semaines. Moins depuis que je suis à Montmorency. Peut-être parce que sur la colline on croise moins de grands messieurs à crinière blanche. Sans doute aussi parce qu'être occupée par un travail à forte part concrète (livres à manipuler, clients à accueillir et parmi eux de fins lecteurs à conseiller), j'ai quelque chose d'un peu solide sur quoi m'appuyer. Au moins trois heures par jour et un week-end sur deux, le deuil et l'autre deuil (celui-là purement affectif) sont tenus à distance, plus les temps de transports qui certains jours très actifs et d'autres dans de très confortables trains, la beauté de l'environnement, la proximité de la forêt font infiniment de bien. J'avais besoin d'un calme actif, il m'est accordé.
J'entends cependant sa voix. Généralement elle me commente avec son humour des instants auxquels j'assiste. 
Comme si on était à l'Astrée que je lui racontais et qu'il me répondait.
C'est ce qui dans la débine me console, me dire, quand même, qu'est-ce qu'on a bien rigolé, toutes ses années. Et tant qu'il nous reste de la mémoire, ça, personne ne peut nous le retirer. Nos bons moments sont notre richesse.

Le livre de Catherine Meurisse, m'a bouleversée. "Toute l'année 2015 a été une quête de survie". Alors que je suis bien moins touchée, ma vie quotidienne n'a été en rien modifiée si on ne tient compte que de son aspect concret : il y a "seulement" un ami que je voyais régulièrement au sein d'un groupe chaleureux, que je ne vois plus, la survie, j'en suis encore là. Parce qu'en réalité c'est tellement plus que ça et, même si j'ai fait ce qu'il fallait en quittant un emploi où, sans doute aussi par conséquences, je suffoquais (1), c'est encore tellement chaque jour un effort pour ne pas céder à une tristesse qui sape l'énergie. Comme si les temps d'avant étaient ceux de l'insouciance - en réalité pas tant, j'avais déjà quelques chagrins aux semelles de plomb, des difficultés, comme tout un chacun, il y a des personnes malades alentours, 2014 n'avait pas été une année sympa sympa -, mais rétrospectivement, et plus encore après les attentats de novembre, c'est l'impression qu'on a. L'irruption de la violence générale et aveugle dans un monde qui s'en passait depuis un moment.

Je suis heureuse qu'il y ait un film. Il m'a semblé qu'Honoré, le travailleur inlassable et discret était à ce point oublié, ou plus vite que les autres, qu'il sera bon de lui rendre la place qu'il méritait. Comme Hélène Honoré y a participé, j'ai confiance. Peut-être qu'un peu ça nous apaisera.

(et une fois de plus merci à François Morel)

(1) En plus de boiter, ce qui était venu quelques mois après. Le corps m'ordonnait d'arrêter.


Les meilleurs moments d'une vie


    Les temps troublés que nous traversons et qui vont résolument vers le pire, nous conduisent à prendre en main des projets dont on se serait dit, dont on se disait, c'est bien, c'est beau, ça serait bien, ça serait beau (et peut-être utile à d'autres) mais il y a toujours le quotidien à accomplir qui est plus fort que tout. Il faut assurer des rentrées d'argent pour régler le minimum vital de dépense - dans une société comme la nôtre, dès lors qu'on vit en ville, qu'on est plus de deux, il est assez élevé. Il faut faire face aux maladies, les nôtres ou celles de l'entourage. Il faut tenter de faire face aux contraintes administratives et ménagères. Se maintenir en forme. Dormir. Alors le temps dédié aux chantiers personnels est vraiment rétréci. 

Ces jours derniers, Couac s'est lancée. Elle a décidé d'interviewer les gens qu'elle croise dans la vie de tous les jours, par exemple les voisins. 

Ça se passera par là. Et le premier est FreD.

Je suis d'autant plus réjouie que ça correspond à une idée, germée pour un peu les mêmes raisons, à laquelle j'avais renoncé (pas le temps, pas forcément la bonne personne pour le faire) et je suis heureuse que quelqu'un que j'apprécie beaucoup l'aie eue aussi et avec le courage assorti et les dons qu'il faut pour la mener à bien.

Au passage grâce à elle je découvre Grand chose (pas grand chose mais en mieux) qui est un beau blog collectif sur comment on peut se débrouiller de peu pour une maison accueillante.

De mon côté, en plus de mes nombreux chantiers qui demanderaient que je puisse enfin un peu me poser, il y a celui-ci, blogo-compatible et donc potentiellement menable à bien, qui serait de raconter ce qui peut constituer pour une vie en Europe entre la fin du XXème siècle et le début du XXIème, les meilleurs moments, des souvenirs formidables, des trucs qu'on aimerait que nos arrière-petits enfants (si la planète ne craque pas avant) puissent savoir et que ça les ferait rire ou les rendrait heureux. Des trucs qu'on aimerait aussi avoir noté quelque part pour soi-même, afin dans les moments qui nous poussent au désespoir de nous souvenir que la vie, même la nôtre, peut comporter des instants de grâce.

Tout à l'heure, Ken Loach recevant la Palme d'Or , m'a donné envie de m'y mettre. En espérant pouvoir en faire quelque chose de collectif un jour. Ou au moins que l'idée fera germer des envies de suite chez des amis moins fragiles et mieux organisés. En tout cas voilà, avant qu'elle ne s'achève j'aimerais au moins parvenir à écrire les meilleurs moments d'une (petite) vie. 
(et si je vais commencer par la mienne, c'est parce que c'est celle que je connais le mieux - ou crois connaître, je suis bien placée pour savoir qu'on ne comprend certains éléments que parfois des années, des décennies plus tard -).  

Il ne faut pas attendre d'en avoir le temps : n'importe quoi peut survenir n'importe quand. 

 


Saint-Denis c'est bien aussi

Capture d’écran 2016-05-20 à 23.06.55

Alors apparemment, c'est tellement facile et tentant de susciter haine, mépris et rejets en stigmatisant les gens d'une ville, d'un quartier, qu'un journal s'est encore permis de s'en prendre à Saint Denis, où effectivement en novembre des terroristes furent hébergés par un gars qui donnait l'impression de jouer un sketch, il fallait bien qu'ils fussent quelque part, ça risquait pas trop d'être dans le XVIème arrondissement de Paris.

Voici les protestations de Vincent Message, qui dit toujours ce que je pense infiniment mieux que je ne l'aurais fait :  

Capture d’écran 2016-05-20 à 23.07.50

 

 

 

 

 

 

 et qui participe de la tribune collective dans Libé :

Notre fierté de vivre à Saint Denis

Pour ma part, Saint-Denis, quand j'y vais - pas si souvent, c'est sur l'autre branche de la ligne 13 et donc j'y vais pour des raisons précises, sinon ça fait long -, c'est le genre de coin où l'on discute facilement avec les gens, c'était (c'est sans doute encore c'est juste que je n'ai plus le temps d'y aller) la ville du slam (Les 129 H, La Ligne 13, le café culturel, là où la première fois je les ai entendu slamer, et aussi Fabien), c'est la ville du stade de France où j'ai quelques souvenirs merveilleux (et un foireux : j'avais eu des places pour un opéra en plein air, c'était n'importe quoi on entendait la circulation sur la bretelle d'autoroute plus que les chanteurs), c'est une ville où quand on se balade avec un appareil photo, les gens peuvent vous demander de les prendre juste comme ça, parce qu'ils sont contents d'être là. C'est aussi une fac où ma fille aura fait ses études avec un grand plaisir d'y être et d'après ce que j'en comprends des intervenants de qualité. 

Qu'il y ait des dérives et des dangers on ne peut pas le nier, mais il n'y a vraiment pas que ça.  Et on risque sans doute moindre de s'y faire agresser que dans certain arrondissement trop chic de Paris et son peuple intolérant. 


Nos vies après


    Alors aujourd'hui il faut aller au travail et c'est vraiment très bien, mais voilà nous laissons du coup le radio-réveil à 6h30 comme en semaine, et sur France Culture c'est ceci : 

Le 13 novembre, ma vie après

J'ai enfin pu pleurer moi, qui ai eu beaucoup de chance concernée jusqu'à présent seulement par ricochet, mais dont la vie par les événements du 7 janvier puis par les vagues d'attentat successives s'est trouvée modifiée ne serait-ce que de façon très concrète : mon nouveau travail, je n'y serais pas, probablement restée au précédent en m'efforçant vaille que vaille de tenir le coup malgré ses côtés insatisfaisants, mais je serais peut-être aussi à un autre nouveau travail puisqu'en novembre c'est ce qui était envisagé avant qu'une personne pour laquelle j'aurais dû bosser ne soit douloureusement concernée, ce qui a chamboulé tous ses projets (et du coup les miens). Je n'aurais pas su que la belle librairie où je suis désormais existait. Comme c'est étrange.
Reste le sentiment de solitude. On se sent moins seul-e-s de savoir qu'on n'est pas seul-e à se sentir seul-e.
"Tu ne peux plus lâcher prise, tu es dans la veille constante".
"Je me sens essoufflée"

Je voudrais remercier ceux qui ont fait cette émission et les témoins qui ont accepté d'y participer. Ça aide, ça aide.


Quelques étranges conséquences collatérales très secondaires du 13 novembre 2015


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Je poursuis sans relâche mes tris sauvegardes élimination du disque dur de l'ordi (pour conservation sur disque dur externe) des photos récupérées en masse très involontairement.

Certaines me réjouissent, telles celle-ci prise le 12 décembre 2015 à la librairie Charybde. Philippe Annocque y était libraire d'un soir. 

J'en avais perdu le souvenir. 

Non pas tant le souvenir, une fois la photo retrouvée, je me suis souvenue du bon moment que ça avait été, et même de certains des livres qu'il avait si bien présenté qu'on avait envie de relire ceux-là même qu'on connaissait (1), mais le chemin vers ma propre mémoire d'une période que les événements extérieurs avaient secouée.

Ce n'est pas la première fois que je remarque qu'un état de choc émotionnel me rend amnésique pour partie des semaines, voire du mois qui suit. Mais les fois précédentes, fors le 9/11 qui comme beaucoup d'entre nous m'avait laissée sidérée, j'étais personnellement concernée : une rupture subie (dont se foutait et c'est heureux, le reste du monde entier), un deuil, l'assassinat d'un ami (certes parmi d'autres, mais il y avait quelque chose d'intime dans cette violence subie), la fin brutale d'un job, l'annonce pour un-e très proche d'une grave maladie ... 

C'est donc l'une des première fois où un événement collectif me touche au point de me faire ce même effet d'un état qui me place "à côté" de ma vie au point d'oublier ce que j'ai pu y faire d'heureux malgré tout. Quelque chose du même ordre que ce que décrit Olivier (Hodasava) page 78 de "Janine" :

"Il n'y a plus ni pleurs ni cris, rien qu'un long silence embrumé que le seul fait d'être ensemble rend à peu près supportable. Ils finissent par parler. Ils finissent même par rire. Mais toujours, très vite, survient ce moment où ils se regardent vivre tout en se disant que rien n'est décidément plus comme avant." 

Peut-être que le 13 novembre 2015, même si nos amis et connaissances personnels en ont réchappés, nous [nous qui ? les habitants d'Île de France ? quelque chose de plus large comme pour le 22 mars 2016 à Bruxelles qui nous concerne aussi ? nous qui aurions tout à fait pu nous trouver au mauvais endroit au mauvais moment ?] avons tous été intiment bouleversés. Au point d'en perdre la trace directe, re-pêchable seulement par le biais de traces concrètes, images, sons, mots écrits, ou souvenirs croisés avec autrui.

Je m'aperçois que les photos me sont devenues vitales, tout autant que les mots, l'écriture, pour [tenter de] résister. Au sens au moins de "tenir le choc", au sens premier.

(et merci encore, Philippe, et les camarades de Charybde, pour cette excellente soirée, qui contribuait, au fond, elle aussi à ne pas se laisser défaire, à lutter)

 

(1) Et soudain je m'aperçois que le fait que "Le parfum du jour est fraise" me soit récemment revenu aussitôt en mémoire en lisant un article du Canard Enchaîné, est probablement dû pour partie à l'un des livres (celui de Pascale Petit) dont il avait parlé ce soir-là, même si bien sûr j'avais ma référence personnelle directe par la série