Diminution de la diversité des langues

 

    Un des rares algo que je laisse faire est celui de youtube, qui est à la fois farfelu et terriblement logique. Il a donc repéré que je suivais du sport, des musiques lentes (celles qui aident à garder le fil pour écrire par exemple, mon problème perpétuel étant d'éviter de tomber dans le sommeil), et des documentaires.
J'ai depuis longtemps constaté que plus je me sens enfermée dans ma vie quotidienne par des temps contraints, plus j'éprouve le besoin d'apprendre des trucs d'apparence inutiles dès que je dispose d'un instant. Le cerveau a besoin de se sentir vivant.

Alors ce dispositif qui fait que je m'endors en suivant une compétition sportive et me réveille devant l'histoire (récente) de la Bretagne, me convient parfaitement.

De fil en aiguille, j'en suis venue à regarder (vive les jours de RTT) une série de sujets de France 3 Bretagne sur le gallo, cette langue parlée à l'est de la région.
J'ai découvert ou redécouvert (1) récemment l'existence de cette langue, trop proche du français pour avoir su se revendiquer comme telle et qui, selon toutes probabilité était celle de naissance de mon grand-père maternel.
Je suis persuadée, de l'avoir déjà entendu marmonner en patois, mais que je prenais pour du patois normand puisqu'il s'était établi en Normandie dans le Cotentin. Voilà que plus de quarante ans plus tard, je me demande s'il ne se parlait pas à lui-même en gallo.
Je crains fort que plus personne ne puisse me le dire.

Je m'aperçois que je connais peu les langues natives de mes grands-parents. Mes parents étaient d'une génération où l'important était d'avoir de bonnes notes à l'école, eux qui avaient été privés d'études par une combinaison de la guerre et de leur milieu social d'origine. Et ils étaient de ce temps où l'on considérait qu'une langue risquait d'en brouiller l'autre, alors pas question de parler autre chose que le français le plus académique possible et élégant.

Il n'empêche.

Ma grand-mère maternelle était normande avec de probables origines vers le Maine et Loire. Elle a donc sans doute connu le patois angevin et comme elle a grandi en Normandie c'était sans doute le patois normand qui prévalait. Mais ma mère m'a plusieurs fois parlé de l'importance du français et que le patois c'était pour les ploucs (en ce temps-là). Parler patois était mal vu.
Mon grand-père maternel a probablement grandi dans le gallo, je crois qu'il est né à Lamballe. 

Mes grands-parents paternels étaient originaires des Pouilles, dont je m'aperçois que les dialectes sont multiples.  Impossible de savoir s'ils en parlaient un, il ne reste plus aucun survivant de leur génération ou de la génération intermédiaire.
Je sais en revanche qu'arrivés encore enfants ou pour l'aîné adolescent, dans le Piémont, mon père et ses frères avaient adopté le Piémontais. Jeune, j'étais capable de le piger, s'il n'était pas dit trop vite, et de tenir une conversation élémentaire (2).

Une génération plus tard c'était devenu Français d'un côté et Italien de l'autre.
Et je n'ai pas su transmettre l'Italien à mes enfants, faute d'avoir eu le temps et de disposer d'assez d'argent pour aller en vacances au pays.

Du côté de mon époux, existaient pour la génération des grands-parents, le Ch'ti et le Polonais. Là aussi les parents avaient dans l'idée qu'il fallait pour s'en sortir dans la vie parler le meilleur français possible et donc le français au quotidien prévalait, du moins en classe et dans le cercle familial. Lui est capable de parler et comprendre le Ch'ti.
Je suis capable de le piger, mais pas de le parler.
Nos enfants, ne le connaissent pas.

Celleux de notre génération en plus du français se débrouillent tous en anglais (plus ou moins bien, mais assez pour comprendre et se faire comprendre dans les moments de la vie courante). 
Celleux de la génération de nos enfants sont pratiquement tous au moins presque bilingue Français Anglais ou Italien Anglais. L'anglais s'est imposé partout à l'école, au collège.

Les filles, souvent, pratique une ou deux langues de plus mais apprises par un choix volontaire. De la même façon Le Joueur de Pétanque a appris l'Italien.

Il n'empêche qu'en langue "de naissance", en deux générations on a assisté à une forte réduction.
Nos grands-parents parlaient cinq langues ou patois, nos parents les comprenaient mais s'étaient limités dans leur parler quotidien à deux, officielles. Et nous-mêmes n'avons grandi que dans les langues officielles et en pratique une seule.

Si nous en parlons davantage, c'est par apprentissage "extérieur".

Il me semble que c'est assez typique d'une évolution européenne générale. 
Je n'ai pas d'opinion particulière, méfiante envers les potentiels replis identitaires, mais pour autant triste devant une perte de diversité qui n'est pas bon signe. Ce que je sais de par mon expérience, c'est en revanche que les apprentissages de langues et langages s'enrichissent et se facilitent. Et que donc en rajouter une est plus aisé quand on en maîtrise déjà trois ou davantage.
Et qu'aussi on perd vite le "parler" dès lors qu'on ne pratique plus.


(1) Effet de l'âge : ne plus savoir si on a su quelque chose puis oublié ou si tout simplement on ne l'a jamais su.
(2) Super souvenir de ma rencontre lors d'un ancien salon du livre avec Hector Bianciotti qui le parlait.

PS : Une page wikipédia sur la frontière linguistique bretonne
PS' : En complément, ce sujet sur le site de France Info "sur les 7000 langues parlées sur notre planète, 50 % pourraient cesser d'exister d'ici la fin du siècle" avec au passage cet étonnement : une des causes de ses disparitions pourrait être le dérèglement climatique "parce que les régions qui ont la plus grande diversité linguistique au monde sont également celles qui sont le plus menacé par le changement climatique"

 


Les années juste avant (la pandémie)


    Ça n'est pas la première fois que je le constate, ça se confirme fortement : j'ai perdu la mémoire de certaines choses concrètes (notamment les vêtements) des années précédant la pandémie.

J'étais épuisée d'avoir vidé en 2017 et début 2018 la maison de mes parents et d'avoir eu un emploi formidable mais dans lequel je m'investissais énormément (je ne le regrette pas, mais bossais sans doute trop pour mes forces, tellement heureuse d'avoir cette chance). J'ai enchaîné sur une période de travail en tant que libraire volante et différents remplacement puis un projet de reprise qui m'a tenue cinq mois très fatigants (c'est allé loin dans le processus, j'y ai vraiment cru).

Ensuite j'ai eu deux mois à un rythme insoutenable en bossant en maison de la presse, un des jobs les plus formateurs que j'ai eus mais voilà, physiquement je sentais mes forces me quitter peu à peu. Bien conseillée et avec l'accord de mes proches (car ça allait faire de la précarité financière) j'ai proprement démissionné. 

Donc il est vrai que ça n'était pas des années calmes, que je les ai traversées comme j'ai pu en tenant le coup au jour le jour et avec heureusement le sport et une vie par ailleurs stable pour structurer l'ensemble.
Et puis la pandémie a déboulé et le nouveau boulot très prenant, trouvé juste avant pour juste après.

Le premier confinement vécu en Normandie et ensuite un engloutissement de mon temps (personnel).

Alors toutes les petites choses du concret du quotidien sont comme passées à la trappe dans une légère amnésie. Je retrouve des habits achetés peu de temps avant [la pandémie] sans plus aucun souvenir de ni ou ni quand.
De menus objets.

Aujourd'hui comme j'avais un jour de récupération j'ai effectué quelques rangements et retrouvé un sac à dos dont je me servais à un moment.
Dedans un carnet avec un billet de train et quelques notes, datant de 2018. Intellectuellement je me souviens de la raison de ce trajet et des principaux événements. Affectivement, c'est comme si ce carnet avait appartenu à une autre personne. C'est très étrange comme impression. Persiste un étonnement. Il y a des notes de films vus, mais lesquels ? Si le titre ou un indice n'est pas inscrit sur une page ou l'autre, je ne le sais plus.

PS : gag du soir, juste après avoir rangé je suis tombée sur cet article du Monde (Marie Kondo n'est plus ce qu'elle était, elle aussi à présent marche sans doute en se relevant la nuit sur des legos défaits)

 



Jour de récup' : tentative de ne rien faire (l'échec de la paresse)

 

    Depuis un week-end de trois jours début décembre j'ai trimé (emploi salarié dans le privé) 5 à 6 jours sur 7, 39 h/semaine de 5 jours en théorie, davantage en pratique (1). Mon emploi n'est pas fatigant physiquement (bureau, assise) mais du point de vue de la concentration et de l'intensité requise, si (on répond par courriel mais essentiellement par téléphone à des professionnels en panne de logiciel informatique, les appels s'enchaînent presque sans relâche).

Aujourd'hui (lundi) et demain (mardi), je bénéficie donc d'une journée de récupération et d'une autre de RTT.
Pas un luxe, j'étais au bout de mon effort et les dernières semaines j'ai repoussé toutes sortes de "choses à faire" pour chez moi, d'un bout de week-end au suivant car j'avais besoin de dormir.
La seule chose que je suis parvenue à maintenir ce sont les entraînements de sports (et encore, pas tous) car sans la condition physique qu'ils me permettent de maintenir ça serait encore pire.

Pour toute ces raisons, j'ai décidé aujourd'hui de ne rien faire que quelques rangements (2). 
On va voir si j'y parviens. Je ne compte pas les activités nécessaires à la carcasse : (se préparer à) manger, se laver, passer aux toilettes (3).

Pour commencé je m'étais prévu une grasse matinée ; pas su pousser au delà de 09:30, et encore parce que j'ai lu au lit (4). 
Je suis de la team de l'époque où Il fait jour, on se lève. Sauf en plein été où l'on décale un peu parce que 05:00 ça fait tôt.

Je vais tenter de noter ce que j'aurais finalement fait.

(1) Souvent il y a un dernier appel juste avant de partir ou alors on rappelle vite fait quelqu'un que l'on n'avait pas eu le temps de rappeler avant, et puis de toutes façons on ne va pas raccrocher au nez d'un client en disant "J'ai fini ma journée au revoir".
(2) Je recherche actuellement deux livres et un document, égarés dans le bazar en mode "je les range soigneusement là pour ne pas les perdre" sauf que ... je ne sais plus du tout où.
(3) Luxe des jours de congés sans activités particulières : pouvoir y aller dès que l'on en ressent le besoin. 
(4) La montre de sport indique toutefois une durée de sommeil de 9h05, preuve d'un solide besoin de récupérer.

*                            *                              *



matin 

déprendre une lessive sèche et répartir les vêtements par personne + léger rangement de ceux qui ont une place
rapide vérification des comptes bancaires et virement de ré-équilibage en prévision du passage de total CB (je reporte la vérification de ceux-ci à plus tard)
(petites écritures du quotidien)
ménage dans la messagerie
vider les poubelles : salle de bain, recyclables et le verre au bout de la rue
aller relever le compteur d'eau de la chambre de service et afficher la consommation sur la porte
monter et plier le linge de notre fille, après son lavage

La sieste aura duré près de 3h, je suis épuisée. Mais me réveille bien mieux, c'est un fait.

après-midi

Impression d'un document pour l'AG de mon club de sport (ou plutôt son organisation car l'imprimante est défectueuse)
Rangement dans la cuisine et puis d'un sac à dos qui visiblement n'avait pas servi depuis ... 2018. J'y retrouve un bonnet pour le sport. 

Et puis deux petits moments familiaux sympathique, une visite et un appel téléphonique reçu.

Finalement même quand je ne fais rien, je fais des choses utiles.
(et je pense que c'est le cas de la plupart d'entre nous)

J'ai décidé de me la jouer cool pour la soirée, mais comme je me sens bien je pense que je vais bien intercaler deux ou trois trucs.

 

 

 

 


Faire au moins une chose


    Depuis quelque temps je tente de préserver une part de vie personnelle envers et contre tout. Le boulot tend à engloutir toutes mes heures actives, et j'ai décidé de m'en tenir à mes plans d'entraînements de course à pied. Une fois ces deux éléments casés, et l'indispensable (le temps pour les choses physiologiques, alimentation, sommeil, toilette ... et de soins (kiné) + un minimum vital de tâches ménagères) il ne me reste plus rien, plus d'énergie et peu de temps. J'en suis réduite à passer mes après-midi de week-end et mes fins de soirées au lit, à essayer de regarder encore un peu une vidéo (de sport ou de voyage ou un documentaire) ou bien lire enfin. Et en fait m'endormir vite.

Alors je commence peu à peu à ressortir un peu, accepter un restau, tenter un ciné (si une séance particulière se présente) et puis surtout j'ai décidé de faire au moins une chose chaque soir, une activité qui me fait plaisir ou un morceau de rangement (ça devient très très très critique et urgent), une tâche administrative, des réponses à des messages amis.

Ce soir c'était préparer des envois de cadeaux qui étaient restés coincés là - j'avais réussi à intercaler l'achat et puis : plus rien -. 
Ça réduit le sommeil mais c'est bon pour le moral. 

Ce qui l'est moins c'est d'avoir retrouvé à cette occasion d'autres cadeaux qui datent probablement du premier confinement, juste avant, ou juste avant que l'on reconfine et voilà que je n'en ai plus aucun souvenir et je sais bien un peu pourquoi. Ces périodes si particulières m'ont fait en mémoire un effet bizarre, rejetant les "avant" dans un lointain, avec les zones d'oublis assorties, alors qu'en fait seuls trois ans se sont écoulés (ou moins, pour le deuxième confinement). 

Si tout va bien, ça va bientôt être reparti pour une période d'archéologie familiale, tri, archivages et jetages. Et ça fera du bien.


Bien du bonheur

 

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De mes années où je dansais l'après-midi, puis de celle où je travaillais en librairie et encore un peu de mon emploi actuel qui m'en occupe certains, nous avons pris l'habitude d'effectuer les sorties longues de course à pied le dimanche matin. 

Aussi j'étais ravie de pouvoir profiter d'une sortie trail en ce samedi, avec les camarades du club de triathlon et aux environs de Gif sur Yvette, zone sur laquelle j'avais un peu rêvé dans la semaine après un travail concernant une librairie des environs (mode, je ne connais pas bien, il faudrait que je retourne faire un tour par là). Les années de pandémie ne m'ont pas fait particulièrement souffrir, il n'en demeure pas moins que combinées avec le fait d'avoir un emploi enfermé, j'étouffe et j'ai grand besoin d'aller vers des lieux nouveaux ou de redécouvrir ceux que ma mémoire a partiellement effacés car j'y suis allée depuis trop longtemps.

C'était l'occasion rêvée. J'ai dû convaincre mes camarades de ne pas m'attendre : la thalassémie n'est plus pour moi qu'un handicap léger mais il faudrait que je sois retraitée et puisse organiser mon temps autour du sport et non du gagne-pain pour pouvoir suivre le rythme des autres sans me mettre dans le rouge au bout de quelques kilomètres à peine. 

Ceci fait, j'ai pu me consacrer à ce qui ressemblait dès lors à une charmante course d'orientation - j'adore ça, le sens de l'orientation étant mon petit pouvoir magique sur lequel je peux encore compter (1) -. J'ai pris mon temps (seule, il convenait de redoubler de prudence), j'ai croisé très peu de monde, deux promeneuses de chien, un petit groupe de traileurs et traileuses, c'était un morceau de joli paysage et par endroits de forêt pour moi toute seule. 

J'ai fini sans fatigue mais avec au contraire les batteries rechargées.

Trouvé des toilettes dans le gymnase d'où partait la station de trail, et des jeunes s'entraînaient au hand et ça m'a fait plaisir, je me suis dit que tout n'était pas perdu, si des jeunes venaient joyeux pratiquer un sport. 
Et puis un peu plus loin une pharmacie avec un monsieur âgé (2) et bien aimable qui la tenait, puis une boulangerie avec un pain batbot qui semblait délicieusement frais. J'ai pris un sandwich, un de ces pains et puis un RER sans avoir à trop attendre à la station voisine.
Trajet de retour 1h05 contre 35 mn en voiture à peine (pas d'embouteillages).

Bien sûr l'après-midi a été consacrée à de la récupération, dormir en regardant des vidéos de sport. 

Dont une qui m'a particulièrement intéressée : le sport par quelqu'un qui n'aime pas ça mais s'est lancé un défi. Je prends conscience que je peine à comprendre, tellement le sport, même si je suis mauvaise, spontanément me réjouit ; surtout en extérieur. Pour moi le sport a du sens de façon immédiate, et abandonné si je me suis fixé quelque chose n'est une option qu'en cas de force ou de risque majeurs.
Je savais bien que bien des personnes n'aiment pas ça, mais ça restait pour moi absurde et abstrait.

Sinon, j'ai débuté un petit défi photo sur un des réseaux que j'aime bien (pas celui racheté saboté par le milliardaire) et me consacrer à un petit truc perso m'a fait du bien.



 

(1) J'ignore pourquoi je suis persuadée qu'avec la mémoire c'est ce qui prendra cher en premier quand j'aborderai, si j'ai la chance de tenir jusque là, le grand âge. 

(2) Si ça tombe, c'est mon âge qu'il avait. Je ne parviens pas à part concernant la retraite qui recule et les années qu'il me reste à tenir, à être consciente de l'âge que j'ai. Dans ma tête je dois être restée vers une quarantaine d'années. 


Enfin les femmes !

 

    Il se trouve que cette année à la fois dans mon milieu sportif et dans mon milieu professionnel, les présidents (de club ou PDG d'entreprise), hommes d'expérience et reconnus dans leur poste, vont laisser la place à des femmes, dans les deux cas travaillant déjà à des rôles d'envergure et connaissant fort bien l'entité concernée, ayant le bon bouquet de compétences requis, et l'âge qui va bien. 

Je suis pour ma part suffisamment âgée pour savoir qu'il y a ne serait-ce qu'une décennie, les mêmes configurations auraient abouti à ce qu'elles soient désignées soutien d'un homme probablement moins adapté pour le poste, voire parachuté et qu'elles auraient été sommées de mettre à son service toute la connaissance de terrain dont elles disposaient.

Ici et là, ici et ailleurs, il est enfin considéré qu'être une femme n'est pas un défaut pour des fonctions de direction. Et un nombre non négligeable d'hommes préfèrent être dirigés par quelqu'un de compétent que par quelqu'un qui l'est moins, peu leur chaut qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme.

Pour ma part, j'espère seulement qu'elles ne seront pas amenées à se montrer plus dures et intransigeantes que leurs prédécesseurs, comme c'était le cas auparavant dès lors qu'une femme accédait à des responsabilités. Elle devait se montrer plus inflexible afin de se faire respecter comme les gens l'auraient fait d'emblée avec un homme sans qu'il ait nécessité de se départir de sa coolitude naturelle.
Il serait toutefois illusoire de croire qu'on leur pardonnera autant qu'à leur prédécesseurs masculins. 
D'un homme qui ne parvient pas à bien tenir son poste on dira qu'il a un coup de moins bien, qu'il était mieux avant, qu'il ira mieux après. D'une femme (1), on étendra l'échec à toute sa catégorie. On dira qu'on n'aurait pas dû placer une femme à ce niveau là.

Les mentalités ont assez évolué pour que la chance de faire ses preuves soit accordée, pas encore assez pour qu'on ne les ramène pas à leur condition dès lors que ça ne marche pas aussi bien qu'attendu.

Elles auront à faire face à cette pression supplémentaire.
Dans les deux cas précis, je n'ai aucun doute quant à leur capacités à y faire face. Il est simplement clair qu'un homme n'aurait pas à s'en soucier.

Reste que mon élan de réjouissance face à une évolution qui va dans le bon sens, enfin, enfin !, est terni par une petite voix intérieure qui ne peut s'empêcher de me souffler que si les hommes cèdent élégamment le pas, c'est qu'ils savent (pas dans ces cas particuliers où ce sont une belle association et une entreprise saine qui sont confiées, mais au global général) que la situation est lourdement plombée et l'avenir fort sombre. La planète est à bout de souffle, l'humanité bien mal barrée, les guerres à nos portes, mesdames à vous de jouer !

(quant à moi, mon ambition s'est déplacée dans une façon de survie : tenir jusqu'à la retraite qui est à nouveau en train de reculer d'un cran, après m'être gentiment laissée piéger dans la répartition des rôles qui dès ma première maternité a fait que le salaire de l'époux est devenu nettement notre principale source de revenus, alors quand il a fallu s'occuper des enfants, à moi le temps partiel et les moindres espérances, ou carrément dans un domaine décalé sans retour financier, ce qui fait qu'il n'est que temps de tenter de sauver mes revenus de vieille dame, si je ne veux pas peser sur mes proches in fine).

(1) Et / ou de quelqu'un issu d'une immigration, d'une minorité ... 

 


Les deux avantages du télétravail

(giovedi)

Celui-ci 

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Et celui-là 2023-01-12 22_16_26-Garmin Connect

Le prolongement de sommeil et le petit entraînement de course à pied sur les heures de transports économisées.

Il y en a un 3ème qui est le déjeuner rapide avec l'époux qui achète en chemin de quoi réchauffer et se charge de le faire afin que je gagne du temps. Sur l'heure qui m'est impartie je peux ainsi me reposer 30 minutes et c'est extrêmement précieux. Je tiens ensuite l'après-midi facilement alors que tous les autres jours je lutte pied à pied contre la fatigue et la difficulté est là plus que dans le travail même.


Déphasée / épuisée


    Dans mon travail actuel je suis essentiellement au téléphone avec des clients en train de (tenter de) les dépanner de leurs tracas informatiques. Et quand je ne suis pas au téléphone, je suis en train de rechercher une solution, parfois nous sommes à plusieurs. Les journées font 8 heures avec une pause déjeuner d'une heure qui s'ajoute mais ne permet guère de faire plus que simplement déjeuner. Si je déjeune à la salle commune, je consulte parfois mes messages ou des fils d'infos sur mon téléfonino en mangeant. Quand nous déjeunons à plusieurs ou qu'il y a une conversation active, je jette rapidement un coup d'œil à mes messages, WhatsApp ou SMS perso, mais guère plus. Généralement je pars de chez moi à 08:15 et rentre à 20:15. 

Bref, il m'arrive parfois d'être douze heures sans la moindre info du monde extérieur.

Quand l'actualité est inquiétante, ça peut être un bien. Par exemple lorsque les troupes russes ont envahi une partie de l'Ukraine en février dernier ; je pouvais passer des journées engloutie dans les urgences de boulot sans pouvoir y penser.
Il y a l'inconvénient assorti : une fois rentrée, douchée, rassasiée, j'ouvre mon ordi perso et c'est toute l'horreur de 24 heures de ce monde brutal qui déboule, alors que je suis dans un épuisement qui accentue ma vulnérabilité et mon sentiment d'impuissance.

Cette semaine il se trouve qu'un problème général indépendant de nos services directs a accru le nombre d'appels puisque des clients appelaient en nous demandant s'ils étaient les seuls impactés ou si l'incident était général.

J'en ai ressenti une impression de jour + 1 au niveau de la fatigue. À tel point que lisant ce midi une brève qui relatait mercredi matin gare du nord, l'attaque de passants par un type muni d'une arme blanche, je n'ai pas capté qu'il s'agissait du jour même, j'ai cru qu'il s'agissait de la veille et passé le premier élan de compassion (partir bosser le matin et tomber sur un type qui vous poignarde juste parce que vous avez le malheur de croiser sa crise, c'est terrible ; sans compter que les gens qui ont un boulot précaire auront perdu et la santé et le boulot qu'ils avaient), je me suis dit que j'étais décidément bien déphasée pour n'en avoir pas entendu parler après plus d'une journée.

On en est là (et le monde de sa violence et moi de mon niveau de fatigue).


Paris des années 80

Je dois le lien à Cerno qui évoquait la chanson dans sa diffusion du jour.
Au delà de la musique et du côté très daté de l'ensemble, et de revoir Daniel Darc jeune alors qu'on l'a croisé plus tard, c'est passionnant de revoir Paris tel qu'elle était dans ces années-là, pour moi précisément celles où à la marge (1) j'y accédais.


(1) Très prise par mes études et sans argent pour me payer des sorties à part parfois un ciné, lequel tarif étudiant était alors dans les 5,00 FRF, à peu près l'équivalent d'un repas au resto U. Je ne peux pas dire que je connaissais la vie de la ville. Je la traversais j'y travaillais, parfois le dimanche je visitais un truc, comme une touriste.
Nombre de fois où nous sommes allés en boîte de nuit : une
Nous n'allions au café que lorsqu'il y avait une occasion particulière (une sortie en groupe et le groupe y va, alors on suit), au restaurant que lorsqu'il y avait nécessité de manger hic et nunc, car tout était trop cher pour nous.

 

 


Il y a huit ans


    Le 7 janvier, l'attentat à Charlie Hebdo, c'était il y a huit ans.
J'y ai pensé toute la journée.

Pourtant j'ai aussi pensé à l'anniversaire d'une ancienne amie, et il y a eu un moment festif avec mon club de triathlon et j'ai lu un roman prenant sur un sujet dont il convient de parler jusqu'à ce que la question ne se pose plus : les féminicides. 
Il s'agissait de "Ceci n'est pas un fait divers" de Philippe Besson. 
J'ai aussi regardé un documentaire sur la vie tourmentée d'Éric Clapton et dépannée la montre Garmin du Joueur de Pétanque.

Mais Honoré, et ses ancien·ne·s collègues, les survivants et les victimes, j'ai pensé à eux toute la journée.

Cela fait huit ans aussi que je ne souffre plus du froid. Et que la fin de cette souffrance m'a fait prendre conscience d'à quel point elle m'handicapait. Mais ne sachant pas à quelle point la vie pouvait être différente sans se ressenti, et ne sachant pas à quel point il pouvait faire un effet différent aux gens normaux (dont je fais désormais partie de ce point de vue), je n'imaginais pas. Je croyais simplement les autres plus forts mentalement, capables de résister à cette douleur mieux que moi. En fait, ils ne l'éprouvaient pas.