Devoir se faire à l'évidence


    Je parviens à assumer le boulot, à tenir le cap et le rythme, par moment plus difficilement mais je pense décemment.
Je parviens à assumer une partie des entraînements nécessaires à ma vie de triathlète. Sans celle-ci je ne serais de toutes façons pas en état d'assurer au travail.

Je suis en bonne voie de parvenir à refaire mon retard en terme de suivis de santé et actes nécessaires (des soins dentaires actuellement).

Je peux, si ça n'est pas trop souvent, m'accorder une activité de soirée : réunion d'une association dont je fais partie, rencontre à laquelle j'assiste en librairie ...

Mais si un soir je sors, il devient impensable de trouver en rentrant l'énergie, plus que le temps, d'écrire ici. C'est illusoire.
L'âge c'est : devoir se coucher au plus tard à minuit afin de pouvoir tenir la journée de labeur qui suit.

L'écriture en prend un coup, la radio, de facto, c'est fini (et j'en suis si triste), la BNF me manque terriblement (mais je ne désespère pas d'y retourner). Et bien sûr les ami·e·s.

Je m'aperçois que de façon insensible mais visible à présent j'ai quasiment renoncé à l'alcool et aux viandes. Je n'en consomme plus guère que lorsque je fais partie d'un groupe, invitée ou au restaurant et parfois en Normandie, et nous y sommes, fors confinement, rarement.

Plus que trois jours et ma semaine de boulot sera finie. J'ai un entraînement de CAP demain matin, une séance de natation vendredi, une soirée samedi. Les choses, désormais, se décomptent ainsi.


un village peuplé d'irréductibles gaulois (Il se prépare)

Capture d’écran 2021-09-13 à 13.05.47

Ça me fait sourire depuis que je vois la tendance enclenchée, parce que tentée par moi-même dès le premier jour, mais alors noyée dans les ennuis financiers, il était totalement exclu que je puisse faire quoi que ce soit d'un tantinet patrimonial, j'ai vu venir le mouvement gros comme une maison (c'est le cas de le dire).

Mais voilà qu'au fil des ans toute la bande que mon cerveau appelle "de l'hôtel des Blogueurs" (1), au lieu d'Houlgate colonise gentiment un village breton : qui se rapproche de la retraite ou y est enfin, qui a décidé de quitter Paris et de télétravailler à fond, qui a fait un petit héritage qui sera ainsi pour le mieux employé ...

Je sens que quand la France aura basculé au main d'un pouvoir politique de haine officielle, il restera comme dans les Astérix un village peuplé d'irréductibles Gaulois, qui ne revendiqueront surtout pas leur appartenance à un clan car ils sont au contraire de grand cœur et larges d'esprits.

La vie comme souvent me placera un peu à la marge (2) puisque mon héritage s'est trouvé normand et lié à l'origine de ma mère. Donc je serai dans la bonne direction,  mais pas tout à fait tout près, cinq heures de route en gros, et pas de liaison en train. Si j'avais de la fortune et pas le mal de mer ça serait jouable par bateau. Il est probable que si la santé me reste, je me la jouerais un jour "rando vélo".

Quoi qu'il en soit, je n'ai ni le temps disponible ni la surface financière pour assumer deux logis à l'ouest en plus de celui d'à Paris liés à nos emplois et à proximité de nos enfants, pour sans doute un moment encore. En attendant, j'apprécie le mouvement et souris largement. L'idée d'un havre de paix possible, même si je n'y serai pas, me plaît. Me voilà rassurée.

 

 

(1) Même si c'est approximatif, d'autres sont venus par après.
(2) C'est assez impressionnant je ne peux jamais faire partie d'un groupe complètement, et ça n'est pas par choix, il y a toujours un élément de différence, qui m'empêche d'être là à 100 % et de ne pouvoir participer à tout à fond (très souvent c'est l'emploi et ses contraintes, depuis quelques temps l'âge et ses limites, pendant longtemps le manque d'argent ...)


L'objet de ma vie - préparation

 

    Dans le cadre d'un projet de L'aiR Nu, L'objet de ma vie, j'ai ce week-end tenté de réfléchir au sujet d’un objet qui compte (ou a compté) dans mon existence, à partir duquel je pourrais évoquer un moment de ma vie.

Quand le sujet avait été une première fois dans un message en juin évoqué, j'avais pensé quelque chose comme Oh la jolie idée et puis je m'étais replongée dans mon rythme métro ou vélo, boulot, dodo. J'avais en juillet deux semaines de congés. Mais la première a filé de choses et d'autres, dont des rendez-vous médicaux pour surveiller que tout va bien ou réparer quelques petits bobos mécaniques, de l'intendance domestique et du sommeil nécessaire, et la seconde en Normandie a été trop courte pour tout. Il nous a aussi fallu encaisser le choc de la fin brutale de notre période semi-lyonnaise, liée à l'emploi du Joueur de Pétanque. Ç'avait été un premier truc à encaisser de savoir qu'il devait partir loin alors que nous étions confinés (1), puis un autre d'apprendre que la période qu'il m'avait annoncée prévue pour un trimestre, deux au max, devrait se prolonger jusqu'à fin décembre, parce que la vie quotidienne n'était pas si simple du fait d'être séparés. Comme suite à la pandémie en Inde et parce qu'un bureau d'études y était qui ne pouvait plus fournir de plans dans les délais, et que dès lors le projet pour lequel sa présence était requise avait été redistribué, il n'était plus question que de fin août, ce qui augurait de bons week-ends partagés (2) passés à explorer la ville. Et, soudain, à la veille ou peu s'en fallait de partir en congé il apprenait que sa présence n'était plus souhaitée, le contrat terminé. 
L'incessant changement de perspectives, de rythme auquel il avait fallu s'adapter, nous a mis un grand coup de fatigue. À lui d'abord, à moi aussi, par ricochet.
Aucun répit pour songer à la moindre petite expérience littéraire, si sympathique fût-elle.

Puis le 15 août j'ai fait une chute, sans réelle gravité mais qui m'a mise KO au sens littéral et d'une fatigue renforcée sur la quinzaine d'après. Je ne parvenais à assurer, bon an mal an que le travail pour l'employeur. 

Il aura donc fallu attendre ce week-end pour que je puisse enfin penser à l'objet et rencontrer ... aucune idée.

Rien. Nada

Ce fut ma surprise. 
Puis j'ai compris qu'une succession d'événements m'avait conduite à un extrême détachement : il y a eu l'épisode du voisin voleur en Normandie et de la petite maison dépouillée au fil des mois de ce qu'elle contenait, le fait qu'en 2017/2018 j'ai dû trier, jeter, garder, déménager, toutes les affaires de mes parents, ce qui a eu dans mon cerveau un fort effet d'archivage : convoqués à la vue de tel ou tel objet, les souvenirs sont revenus puis se sont soigneusement remisés dans des boîtes dûment étiquetées par années, aux accès désormais mesurés (3), dans les années précédentes je m'étais fait voler un appareil photo et en 2017 subtiliser mon téléfonino (sans doute tombé de ma poche mais dans un amphi, l'honnêteté aurait pu conduire à ce qu'il me fût restitué, je l'ai cherché tout de suite après), en 2017 toujours voler mon sac à dos d'ordi avec hélas non seulement l'ordi (le moins grave j'avais toutes sauvegardes), mais le précieux vieux carnet d'adresses de papier, et des carnets de notes, car j'étais allée travailler à la BNF avant de prendre mon poste à la librairie où je travaillais alors. 
Au fil des ans nous avons par ailleurs souvent été victimes de vols : une voiture (retrouvée ensuite), un vélo, un violon ...
Quelques deuils et ruptures subies, pour faire bonne mesure et voilà qu'en 2021, je n'arrive plus à penser à un objet précis, est-ce que je tiens encore à quelque chose, est-ce que je n'ai pas déjà intégré le fait que rien ne m'appartient tout à fait, qu'on ne fait que passer et avoir avec certains objets, un temps un bon usage. Puis il se casse, il disparaît, nous changeons d'usage, il se transmet, ce n'est plus "notre" objet.

Je remarque (les écrits restent) qu'il y a quatorze ans j'avais su répondre sans sourciller à une question voisine qui circulait de blogs en blogs : 
Citez sept objets auxquels vous tenez et racontez pourquoi. 

J'ai vieilli, je crois.
Il va falloir que je réfléchisse, il doit bien y avoir quelque chose qui me rappelle quelque chose qui fait sens. À défaut d'y tenir qu'un souvenir y soit raccroché; 

 

 

(1) Je ne pouvais aller le rejoindre. Lui seul avait le droit de rentrer certains week-ends.
(2) Je pouvais le rejoindre après ma semaine de travail et rentrer le dimanche soir, les trains fonctionnaient et le droit d'y être.
(3) Finis les flashs intempestifs, désormais ils sont comme des albums photos que l'on feuillette au moment où l'on a décidé que l'on feuilletait un album photo.

 


Vingt ans après (ce qu'il reste de ce jour-là)

 

    Tentative de rassembler les souvenirs tels qu'ils sont

 

Sans chercher à consulter mes propres blogs et carnets, voici en vrac ce que ma mémoire d'aujourd'hui est en mesure de fournir au sujet du 9/11 comme on disait.
La mémoire s'estompe, je suis impressionnée, je croise désormais des doutes sur bien des points que j'aurais cru encore clairs et nets.

C'était un mardi et le matin il faisait beau.
J'avais pris la ligne 13 pour aller au bureau. À l'époque dans une banque, un service informatique et d'études de la DRH, sis six rue du Hanovre à Paris. Nous étions dans un vaste bureau collectif, pas à proprement parler un open space mais pas de zone où l'on puisse s'isoler, seuls des chefs en disposaient.
Dans le métro j'avais parlé avec une dame qui lisait un roman jeunesse de ma grande amie d'alors. Elle le lisait pour son travail (documentaliste, bibliothécaire, prof ?) en vue d'un travail avec des élèves, mais par plaisir aussi - elle aimait le travail de la romancière -. À deviser paisiblement, le trajet avait été malgré la foule entassée de cette ligne (pire alors qu'aujourd'hui), un moment de bonheur.
Je m'étais permis en arrivant au travail sur l'ordi de vite envoyer un mail à l'amie qui écrivait en mode Figure-toi que ligne 13 j'ai rencontré ce matin une dame qui lisait ...

Dans mon souvenir c'était une journée de boulot banale : pas un de ces jours charettes où il faut bosser comme des dingues pour réparer des trucs en panne ou tenir un délai ; pas non plus un jour (rare, dans tous les jobs que j'ai tenus) si calme que l'on compte les heures avant d'être libéré·e·s. 

Nous n'avons pas les téléphones portables qui font tout comme ceux de maintenant, je crois bien qu'à l'époque je suis équipée très sommairement, avec un type de forfait qui fait que je n'utilise les textos et appels qu'avec parcimonie. 
Je suis presque certaine qu'à la maison nous avons peu ou pas encore d'internet. Le forfait wanadoo de 10h par mois peut-être ? Ou pas encore tout à fait. 
Donc quand il y a des mails à écrire, je les envoie plutôt du boulot. Il y a à l'époque des débuts de la messagerie y compris sur les lieux pro une tolérance. C'est l'époque où les collègues balancent des messages de blagues au monde entier de leur carnets d'adresses. Il y avait un grand laissez faire car la doxa était : c'est bien ils s'approprient l'outil.

Donc, bref, on bosse. 
La banque possède à New-York (et ailleurs aussi) une importante succursale. 
Un de mes collègues qui bataillait avec des tableaux Excel complexes qu'il devait fournir ce jour là, a au téléphone une de ses anciennes collègues qui bosse désormais là-bas. 
Je suis concentrée sur mon propre travail, ce qui fait que je ne sais plus, n'ai peut-être jamais su, si c'est son téléphone qui sonne parce qu'elle souhaite l'avertir ou si c'est lui qui l'a au téléphone pour des questions de travail et que le premier attentat survient à ce moment-là. Autre hypothèse : quelqu'un a entendu parler de quelque chose et c'est lui qui dit, Ah mais je peux appeler [prénom féminin] elle bosse à l'agence de New-York. Nos téléphones n'ont pas l'international, mais l'on peut appeler en interne, nos collègues à l'étranger.
Il est aux environs de 15:00 

À l'époque nous n'avons pas l'internet au travail, seulement la messagerie, et un intranet orienté sur les sujets professionnels - en gros les informations du monde y sont filtrées par le biais de leur éventuel effet financier, boursiers -. Quelques chefs un tantinet alertes d'un point de vue informatique, et ils sont peu, disposent d'un accès par un biais contourné, quelque chose comme le fil d'info AFP.

Je crois me souvenir que soudain le collègue se met à parler fort et qu'il dit quelque chose comme : 

- Un incendie à la Tour Manhattan ? La Tour Manhattan à La Défense (1) ? Manhattan à New York !? Ah. Quoi ? Un avion dans la tour ?

Et peu après, soit dans le même appel soit qu'elle avait rappelé. Un deuxième avion dans la seconde tour du World Trade Center.
Il raccroche et tout pâle nous dit, il se passe quelque chose à New-York, un avion a foncé dans une tour au World Trace Center ou : Des avions dans des tours.
Et il donne les détails qu'il a. Peut-être en deux ou trois temps et plusieurs appels : incendie, incendie à cause d'un avion, un deuxième avion dans une deuxième tour, risques d'effondrement, puis Les tours s'effondrent. 
Et notre responsable, une petite dame qui ne vivait que pour le travail, une workalcoholic de première bourre, qui me semblait âgée à l'époque mais était sans doute plus jeune que moi maintenant, dit : 
- C'est terrible. Bon, alors la formule pour la case XXXX demande sans doute à être modifiée ...
et elle embraye derechef sur la tâche professionnelle en cours.

Le souvenir de la disposition des bureaux (les meubles) que je croyais précis, s'est désormais envolé. Il m'en reste l'impression (mais qui est peut-être un faux souvenir recomposé à partir d'un ressenti) que j'étais en face ou peu s'en fallait, du bureau d'Olivier et d'avoir croisé son regard de se sentir perdu alors qu'il venait d'apprendre quelque chose de très grave et qu'elle, elle ne pensait qu'au petit tableau excel à fournir ultérieurement à des chefs du dessus.

Ma décision de quitter l'"Usine" huit ans plus tard, a puisé aussi dans cet instant là. 

À l'époque, j'avais changé de poste peu après pour aller bosser à La Défense. Vu de maintenant je ne sais plus si la décision était déjà dans les tuyaux alors, mais je me rappelle fort bien que mes collègues me chambraient, Tu as choisi ton moment pour t'en aller bosser dans une tour, toi.

Très vite des gens ont écouté la radio (2), on n'a plus pu travailler, pas même faire semblant, il y a eu des regroupements autours de ceux qui avaient des ordis avec accès aux infos, et alors que le premier avions fonçant dans une tour semblait à un accident incroyable, le deuxième signifiait qu'il s'agissait d'un acte de guerre.

On avait clairement une impression de guerre mondiale qui s'enclenchait. Nous, de la génération guerre froide avions peur de réactions en chaîne aux sommets des grands États et que ça pouvait dégénérer fissa. Que Georges Bush soit l'homme en charge à ce moment-là nous inquiétait (3).

Un des hauts responsables de la banque a enfin pris la seule initiative qui valait, laissant passer l'ordre que qui le souhaitait pouvait rentrer chez lui et que les heures ne seraient pas décomptées (4). On s'est tous envolés comme des étourneaux. 

La crainte réelle était de n'avoir plus de transports pour rentrer chez soi, que tout soit en alerte, suspendu, qu'il y ait un couvre-feu ou au moins des alertes à la bombe dans tous les sens et que les gens allaient paniquer. Ou peut-être des attentats dans d'autres grandes villes et à Paris on était aux premières loges des cibles potentielles.

Mes enfants avaient 11 et 6 ans. Le mardi c'était mes parents qui assuraient, venant de leur banlieue en RER généralement, la sortie d'école du plus jeune, et de veiller sur la grande qui n'était pas si grande.

Je suis rentrée en prenant le train à Saint Lazare jusqu'à la gare de Clichy Levallois. 
Il y avait une grande tension dans les transports en commun. On sentait toutes et tous que le moment était grave et que quelque chose d'irréversible survenait.

Ma préoccupation était de rejoindre mes enfants au plus vite, et sans doute libérer ma mère pour qu'elle puisse rentrer chez elle sans encombres. Ou que l'on reste ensemble si un péril se précisait.

La semaine précédente ou celle d'avant j'avais participé me semble-t-il avec ma mère à un atelier d'écriture organisé par la bibliothèque de Clichy et me semble-t-il animé par Michel Arbartz.
Parmi les participant·e·s figurait une jeune femme chinoise, qui avait de belles fulgurances d'écritures malgré le handicap de la langue française qu'elle ne maîtrisait pas encore. Nous avions sympathisé.
Elle s'apprêtait à partir vers un autre pays (rejoindre son amoureux ? un emploi ? J'ai peut-être su, ne le sais plus), vu de maintenant j'ai un souvenir d'Amérique Latine ou bien de San Diego.

Ce mardi 11 septembre 2001 après avoir quitté la gare de Clichy Levallois et alors que je suis sous le pont du chemin de fer, je croise notre camarade d'atelier d'écriture, elle circule à rollers. Nous échangeons quelques mots, encore secouées par les informations et je ne sais plus comment ça s'est fait mais je lui propose de passer à la maison prendre le thé, ma mère aussi sera là et ça se fait comme ça. 
Et nous voilà avec le miracle au sein d'un jour de catastrophe d'un bon moment de partage, a comforting tea, un moment calme dans la tourmente. Les enfants savent qu'il y a eu quelque chose de grave mais ils mettent leur bonne ambiance d'enfants et devoir ne pas les paniquer nous oblige à faire bonne figure.

Nous nous redonnons ainsi courage, l'amie repart, ma mère souhaite ne pas s'attarder - toujours la crainte que les transports ne soient interrompus (5) - et je suis seule avec les enfants. Mon mari nous rejoint, lui aussi a fini plus tôt, de toutes façons tout le monde a déserté les bureaux. 

Et là nous arrive ce qu'il a dû arriver à presque tout le monde ce jour-là : nous allumons la télé alors que nous n'en avions pas forcément l'intention car nous craignons que les enfants voient des choses qu'ils n'auraient pas dû voir et nous restons scotchés, sidérés.
Ou peut-être que la télé était déjà allumée, d'ailleurs.

Si je ne devais conserver qu'un seul mot ça serait celui-là : 

SIDÉRATION

et la compassion pour les gens qui étaient au boulot dans les tours et meurent. 

Je n'ai plus de souvenirs précis de la fin de la journée. En bonne femme et mère de famille je m'étais astreinte à accomplir les tâches de la vie quotidienne, de toutes façons comme la guerre n'avait pas démarré il y aurait école, et boulot pour le mari, le lendemain. Je bossais alors à 4/5 afin d'avoir le mercredi avec les enfants et ce jour-là j'en concevais un soulagement : nous serions ensemble et je n'aurais pas d'efforts à faire pour me concentrer sur le travail malgré tout.

Pendant près d'une semaine ensuite je n'ai pas été capable de lire autre chose que des magazines d'informations, des journaux. 

La fiction ne passait plus.

Comme souvent chez moi, lorsque survient quelque chose qui me met dans un état de choc, sévère ou pas, la période juste avant et celle des jours d'après s'efface de ma mémoire. Ce fut le cas : je n'en ai plus de souvenirs et ça n'est pas uniquement parce que ça fait 20 ans, peut-être que l'année suivante déjà je ne me les rappelais pas.

Longtemps plus tard, un truc bizarre qui m'est resté est que lorsque je dois calculer un décalage horaire entre Paris et la côté est de l'Amérique, mon cerveau pense à 15h ici il était 9h pour eux.

Voilà.

Si je parviens à trouver du temps personnel disponible, je viendrais compléter ce billet par des indications de ce que j'ai pu retrouver de ce que j'avais noté avant que le temps ne fasse œuvre d'effacement. 

 

(1) La banque y avait des bureaux, nous y avions bossé peu après l'incendie du siège social en 1996. Sa réaction n'était pas illogique.
(2) Il me semble qu'on avait, ou que pas mal d'entre nous avaient, des walkmans ou leurs descendants (qui ressemblaient à des sortes de grosses clefs USB) qui permettaient d'écouter de la musique dans les transports en communs ou la radio.
(3) Nous n'avions encore rien vu, Trump fut tellement plus flippant. 
(4) Fallait-il que l'heure fût grave pour générer tant de bonté.
(5) Soudain un doute au moment d'écrire : n'avait-elle pas appelé mon père, alors retraité, pour qu'il vienne en voiture de Taverny la rechercher ?

 

Plus tard : 
Je commence à regarder dans les archives de ce blog.
4 ans plus tard, septembre 2005, je n'avais rien écrit.
5 ans plus tard, septembre 2006, j'avais écrit un billet à partir d'une bribe de conversation captée à la cantine d'entreprise, un type qui s'en foutait, du moins considérait que 5 ans après ça va, on pouvait n'y plus penser, et cela m'avait choquée.
6 ans plus tard, septembre 2007, rien. Je participe à des jeux où de l'écriture circule de blogs en blogs et c'est le moment où je ferais une rencontre marquante, ça écarte de penser au passé.
7 ans plus tard, septembre 2008, une allusion dans un billet dont ce n'est pas le principal sujet - le 11 septembre, malgré l'horreur des attentats ciblant les USA, je n'oublie pas Salvador Allende -.
8 ans plus tard, septembre 2009, rien, pas un mot.
9 ans plus tard, septembre 2010, non plus
10 ans plus tard, septembre 2011, c'est un dimanche je suis à Bruxelles, et au coin d'un billet je mentionne que je m'efforce de ne pas écrire un billet commémoratif du moins le jour même mais que je pense avec compassion aux personnes concernées. J'enquille sur plusieurs billets aux sujet de la mort de Salvador Allende et la répression qui s'en était suivie.
11 ans plus tard, septembre 2012, bizarrement c'est là que je m'y mets et c'était parce que le 11 septembre 2012 tombait aussi un mardi ; un ami en commentaire me signale que le 11 septembre 1973 tombait aussi un mardi ; au passage, je reprends conscience que le 22 novembre 1963 était un vendredi.
12 ans plus tard, septembre 2013, j'ai perdu mon travail peu auparavant, sans doute le boulot que j'ai le plus aimé mon tout premier de libraire, un temps partiel qui me laissait une fatigue surmontable, et pas seulement le travail, rien sur le 9/11
13 ans plus tard, septembre 2014, un billet sur un sujet lié qui montre que ces attentats sont encore proche dans nos esprits (j'évoque un article relayé par un ami blogueur concernant les personnes qui se sont jetées dans le vide plutôt que de mourir brûlées vives ou asphyxiées) ; relu aujourd'hui ce billet a des accents prophétiques qui augure de 2015. Curieusement je publie le 11 septembre 2014 donc, un billet calendaire C'était ce jour-là mais qui n'évoque que des faits proches et des deuils privés, datant du 11 septembre précédent et dont je n'avais sans doute pas voulu parler au moment même.
14 ans plus tard en septembre 2015, lorsque je parle d'actualité c'est au présent au sujet des réfugiés syriens, il y a même une belle vidéo de bienvenue encore lisible aujourd'hui.
15 ans plus tard, en septembre 2016, rien, je suis à fond dans un nouveau boulot que j'aime à la Librairie Le Connétable de Montmorency et même s'il s'agit d'un temps partiel l'emprise due aux transports est assez conséquente et je commence à préparer des rencontres avec des autrices et auteurs, alors pas de retour en arrière.
16 ans plus tard en septembre 2017 je suis à fond dans le travail le plus intéressant et intense (sans fausse intensité, celui à la banque l'était souvent mais elle restait artificiel pour des enjeux surfaits) que j'ai tenu, pas le temps de rétropédaler sur l'état du monde.
17 ans plus tard, septembre 2018, j'évoque plutôt l'état actuel du monde et de mon quartier qui a tant changé.
18 ans plus tard, septembre 2019, je bosse comme une damnée en maison de la presse, survie.
19 ans plus tard, septembre 2020, je tiens mon diario de pandémie, pas d'évocation du passé si ce n'est via un tri de photo, je parle surtout de sport et de chemin pour aller travailler.
Bizarre, j'étais persuadée d'avoir déjà écrit un billet relatant précisément la journée du 11 septembre 2001. Les recherches vont continuer.

 


Les familles des coupables

    Alors qu'il est probable que la fin de la pandémie et le fait qu'un pays soit désormais aux mains d'extrêmistes - même si effectivement certains mouvements terroristes islamistes sont également leurs ennemis -, risque d'accroître le risque terroriste - il y aura de nouveau des foules à viser -, le sujet qui me taraude depuis des années, celui des familles, des proches de coupables de crimes, revient en force dans mon esprit. 
Je ne perds pas un seul instant de vue la détresse, le chagrin des proches des victimes, d'être une simple amie pas particulièrement intime, juste une amie d'un cercle d'amis joyeux autour d'une librairie, d'un des assassinés du 7 janvier 2015, m'a donné un aperçu de ce que ça pouvait être, de la lutte que c'est pour tenir le coup. 

Il n'empêche que mes pensées vont fréquemment vers les proches des coupables. Certains d'entre eux ont leur part de responsabilités : par exemple dans le cas d'enfants élevés dans des préceptes sectaires et qui finissent par prendre fait et cause au point d'en virer criminels. Il n'empêche que ce qui est frappant c'est à quel point dans la plupart des cas, les proches ont vu la personne qu'ils appréciaient dériver et n'ont rien pu faire (ont tenté en vain de calmer le jeu), ou n'ont carrément rien de rien vu venir. Ces personnes s'en veulent le plus souvent, et passent leur vie ensuite à se poser une foule de question, et à devoir faire face à un double deuil, celui d'avoir perdu leur proche, devenu quelqu'un d'autre puis meurtrier, celui de la tragédie provoquée. Dans le cas des parents, s'y rajoute d'être taraudés par le fait qu'ils ont engendré un monstre, et ils se sentent porteur d'une part de responsabilité, alors qu'ils sont aussi victimes.

À défaut de pouvoir faire quoi que ce soit d'autre tant que je travaille à temps plein et suis épuisée et ne disposant de ce fait plus de temps personnel consacrable à l'écriture, je prends des notes.

- Ici des interviews des filles de Lee Harvey Oswald, lesquelles ont dû porter l'opprobre de l'assassinat de JFK sans même avoir connu leur père ou pour l'aînée si peu (elle n'a sans doute aucun souvenir direct, étant donné l'âge qu'elle avait) ;
- Là un sujet de journal télévisé dans lequel témoigne la famille de Samy Amimour, l'un des tueurs du Bataclan ;

(je complèterai ce billet à mesure des documents que je croiserai).

- bien sûr, la nouvelle enquête-roman de Philippe Jaenada, "Le printemps des monstres" évoque aussi ce sujet là, parmi bien d'autres. Avec la différence que dans le cas du meurtre du petit Luc Taron, un doute solide est permis. 


TIL rigolo du dimanche

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    Le dimanche plus encore que les autres jours, j'adore apprendre des choses totalement inutiles, mais que je trouve marrantes. Aujourd'hui c'est donc grâce à un touite d'Ali Arikan, que j'apprends que le chanteur du groupe The Offspring qui eut son heure de gloire quand mes enfants, à présent adultes, étaient petits c'est dire si ça date, Dexter Holland est aussi un scientifique qui participe ou a participé à la recherche pour lutter contre le SIDA (1).

Si c'est pas beau, ça ! 

En passant, quelques mots sur leur tube Pretty fly (for a white guy) qui prend en dérision bien des clichés. Et des nouvelles du groupe. (article paru le 15 avril 2021 dans The Rolling Stones).

Dans la foulée et par une bouffée d'optimisme que je trouve assez osée, je nous ai prévu d'aller à un concert, mais pas d'eux, rien à voir sauf qu'il s'agit de musique, le 14 août 2022. J'ai clairement la sensation de participer à un délire collectif, mais mon côté technophile a pris le dessus et une solide envie de se projeter, comme un vœu pieu, post-pandémie.

 

 

(1) Extrait de son article Wikipédia 
"Holland and co-authors published a paper in PLoS One regarding microRNA in HIV genomes,[15] titled "Identification of Human MicroRNA-Like Sequences Embedded within the Protein-Encoding Genes of the Human Immunodeficiency Virus". The original academic paper describes the use of computational molecular biological (in silico) approaches to identify microRNA-like sequences in HIV. These sequences are suggested to have evolved to self-regulate survival of the virus in the host by evading its immune responses and thus influence the persistence, replication, and pathogenicity of HIV'' 


Cahier du jour, déconfinement 2 jour 119 - déconfinement 2 étape 7 jour 2 : La fin d'une émission, et trois pas pour marcher

(martedi)

 

20210831_085706    Le petit-déjeuner fut délicieux avec de la baguette fraîche chaude, tirée du four.

Je suis parvenue à prendre le 08:09 (RER C), ce qui m'a permis de à Cachan sur mes pas d'il y avait 35 à 38 ans tout en remontant vers le lieu de travail en mode, mini balade - exploration. Je parcours des rues qui ne me furent pas étrangères mais ont pour beaucoup totalement changé : les zones pavillonnaires ou anciennes petites fabriques ont cédé place aux immeubles ultra-moderne de logements ou bureaux. Par ci par là subsiste un ilot vieillot intact. 
Ce faisant, je sauve ma journée d'être englouties dans le rien. Ce mardi aura été le jour où j'aurais trouvé le temps de descendre à Cachan. 
Il est amusant de constater d'à quel point je peux parcourir les mêmes chemins à vélo plutôt inlassablement, tandis que marcher jusqu'aux transports en commun selon les mêmes rues, me semble insupportable.

La vitesse dans Paris est censée être passée à 30 km/h. Il est flagrant que tout le monde s'en fout, même les vélos. Ça me fait sourire de penser que je me retrouverais parfois en excès de vitesse. C'est pour le moins étrange.

L'équipe au travail est au complet, avec une seule personne en télétravail, et qui dépote. Ça rend la journée enfin à cadence normale (on a le temps de rappeler les clients), mais la fin de journée se prolonge car j'ai décroché sur un appel de caisse et qu'il est hors de question d'en abandonner la résolution en cours de route. 
Je quitte avec 1h15 de retard. 
Comme en compensation je découvre en rentrant ma feuille de paie d'août et y constate que mon arrêt de travail consécutif à la chute violente que j'ai faite le 15 août avait été intégralement pris en charge. 
Apaisement, atténuation.
Il n'empêche, qu'il faut que je pense à ma santé.

Je constate autour de moi une reprise des efforts de santé ordinaire, l'un accompagne son fils (grand) pour une opération bénigne mais nécessaire qui en temps normal aurait eu lieu avant, l'autre subit une intervention qui elle aussi avait été repoussée, avec mes soins dentaires et mon effort d'aller chez l'ophtalmologiste, je participe au mouvement général. Pendant environ un an, tout le monde, de gré ou parce que les possibilités de rendez-vous avaient diminué drastiquement, avait tout mis sous le boisseau. Seulement vient un moment où il faut ne plus reculer sous peine de le payer cher.

Le retour (ligne 4 puis ligne 14 quand tout fonctionne bien) a pris moins d'une heure. Ça compensait aussi.

Soirée tranquille, trop courte par rapport à ce que j'avais prévu. Mais je parviens à faire deux ou trois bricoles dont une lessive, une recherche au sujet de l'émission de Tewfik Hakem "Le réveil culturel" dont j'apprends non sans tristesse et déjà nostalgique, qu'elle a eu sa dernière en juin dernier, et quelques mots de la vie quotidienne tout en regardant les infos italiennes. 

TL 295,5
DD 278/00
Covid_19 ressenti : 522 jours 
 
updated: August 31, 2021, 21:59 GMT
218,409,116 cas dont 4,531,326 morts et 195,222,970 guéris
 
USA : +93,379 nouveaux cas ; 657,484 morts depuis le début ; + 808 morts ce jour ; soit 1,973 morts / 1 M d'habitants
France : +19,425 nouveaux cas ; 114,444 morts depuis le début ; + 136 morts ce jour ; soit 1,749 morts / 1 M d'habitants 
Italie : +5,498 nouveaux cas ; 129,221 morts depuis le début ; + 47 morts ce jour ; soit 2,141 morts / 1 M d'habitants
Belgique  +1,858 nouveaux cas ; 25,374 morts depuis le début ; + 6 mort ce jour ; soit 2,178 morts / 1 M d'habitants
Inde : +43,072 nouveaux cas ; 439,054 morts depuis le début ; + 462 morts ce jour ; soit 315 morts / 1 M d'habitants 
Japan : +13,638 nouveaux cas ; 15,994 morts depuis le début ; + 48 morts ce jour ; soit 127 morts / 1 M d'habitants 
Royaume Uni : +32,181 nouveaux cas ; 132,535 morts depuis le début ; + 50 morts ce jour ; soit 1,940 morts / 1 M d'habitants
 


Débloquer les larmes, enfin


    Des semaines qu'un sac de larmes trainait en moi sans trouver d'issue, j'étais en mode warrior, parfois je suis comme ça et le chagrin, les chagrins, ne sortent pas. 
J'ai pleuré plus d'une fois en regardant du sport de haut niveau, mais c'était d'émotion. Ça n'était pas les larmes du chagrin, le sac, toujours là, en moi.

Et puis j'ai lu ce billet du journal de Guillaume qui relatait la lecture d'un texte de Philippe après la mort de Philippe - à laquelle une part de moi ne parvient pas à croire, c'est comme pour Bashung, des années après je me demandais encore, Tiens ça fait longtemps, quand sort son prochain disque ? -. Pour moi, sur son journal de quarantaine, l'effet fut inverse, je l'ai lu avec bonheur et facilement, car c'était lui encore là, mais les mots de Guillaume narrant tout le contraire (butter à la lecture rendue impossible) m'ont émue comme si je l'avais éprouvé. J'ai pu enfin pleurer, ce qui permet de retrouver son souffle. Merci Guillaume.


Une tellement tout autre époque


    Ce n'est pas de la nostalgie mais chez moi une stupéfaction perpétuelle de mesurer à quel point les temps ont changé du moins les temps de nos pratiques matérielles. 
Je suis heureuse en cela d'être de ma génération : ayant connu l'avant, j'ai pu goûter un monde moins frénétique, où l'on pouvait prendre son temps (ce qui convient mieux à mes capacités physiques et à ma façon d'aborder la vie, je n'aime pas la hâte en dehors des moments où elle est le but du truc (par exemple lors de compétitions sportives de vitesse)), ayant connu la période de mutation, j'ai pu goûter à l'entre-soi généreux des pionniers (1), et je profite à fond des avantages actuels des moyens efficaces de connexion.

Alors ce billet de Marc Zaffran / Martin Winckler me parle totalement. 

J'y ajouterai ce qui paraît dingue vu d'aujourd'hui : que je me souviens d'un temps au mitan des années 80 du siècle précédent où dans une équipe de 5 à 6 informaticiens d'un service central d'une grande banque française on se partageait 3 ordinateurs, auxquels on accédait à tour de rôle pour y taper les programmes que l'on avait au préalable écrits à la mano sur nos blocs notes, puis les compiler, puis une fois toutes les erreurs de compils résolues, les lancer - généralement de nuit tant il fallait de temps pour que ça tourne -, puis récupérer les résultats, généralement sous forme de longs listings à bords troués, que sortaient de rares imprimantes à aiguilles. C'était du temps des modems (avant même ceux-là), quand les disquettes 5 pouces 1/2 étaient des summuns de modernité. À l'époque ça ne choquait personne que le temps de travail englobe celui de causer avec des collègues en attendant son tour à l'ordi. Il y avait un stress spécifique qui lui a disparu : celui de prendre 24h dans la vue lorsqu'un programme ne donnait pas le résultat escompté et qu'il fallait attendre la nuit suivante pour que modifications faites, il puisse tourner.

Dans la même soirée, via une publication d'Arte, je suis tombée sur une vidéo d'un tube de Tears for fears que je n'avais jamais vue, car durant l'essentiel des années 80 je n'avais pas la télé (ni temps à loisirs, ni argent à dépenser dans du non-indispensable) et m'a frappé combien c'était un tout autre monde, si peu automatisé, et où les appels téléphoniques se passaient dans des cabines.

Stupéfaction renouvelée qu'en si peu de temps ressenti, tant de temps soit passé, tant de choses aient changé.

  

 

(1) Oui à un moment de l'internet un message "ce contenu n'est pas accessible de votre région" eût été inconcevable à moins de vivre dans certaines dictatures.