lundi 9 juillet 2007, sans doute un peu avant 7 heures
Pour cause de contraintes professionnelles communes, le groupe dont je fais partie sur ce festival n'avait jamais ou seulement jadis assisté à la nuit blanche, clôture traditionnelle des 10 jours de cinéma.
Cette année étant peut-être la dernière, nous avons fait l'effort sur nos congés et financiers de rester un jour de plus afin d'en profiter.
L'élu de l'hommage était Robert Mitchum et "La nuit du chasseur" ne nous a pas déçus. Pourtant nous l'avions tous déjà (re)vu. Mais certains films vieissent avec des rides qui les embellissent et les rendent vénérés, quand d'autres se périment malgré d'immenses succès premiers. La connaissance accumulée au fil des années, du cinéma et de ce film, n'y ont rien fait : j'ai senti mon coeur qui battait à nouveau et toujours quand le méchant Mitchum en prêtre démoniaque poursuit les enfants perdus.
Il était étrange de rester ou se relever la nuit pour voir ensuite de vieux westerns qui auraient pu sombrer dans l'oubli. Une Marilyn dont on pressent qu'elle en a sous la semelle bien plus à revendre que son rôle simplifié, et dans le regard une urgence palpable, clôturait la nuit en sa compagnie, sur "Une rivière sans retour" qui bouclait la boucle embarquée (1).
Au petit matin fut servi le café (et un peu plus pour ceux encore vifs et qui sortirent sans traîner de La Coursive qui nous abritait) dans deux estaminets du vieux port.
Je n'ai pas su m'attarder, rêvant sans doute d'une Lilian Gish qui me recueillerait et me redonnerait confiance sinon en l'humanité du moins en l'existence d'une part de bonté, sans doute bien cachée, un petit gisement qui resterait, accompagné d'une réelle bienveillance, résistante aux vents mauvais. Comme l'enfant du film j'avais par deux fois crié "Don't" sans qu'on m'entende un seul instant, désemparée et impuisante. La vie avait continué vide.
J'ai pris quelques photos en rentrant par la plage. Je n'ai croisé personne. Peut-être étais-je la seule à avoir survécu à quelque chose que j'ignorais ? Le monde visible ressemblait à ma vie, inexplicable et singulière. Il vallait mieux rentrer.
(1) Il y aurait ainsi deux sortes de western, ceux à cheval et ceux en bateau. Mes préférences m'auront conduite à finir frustrée de longues chevauchées (j'ai préféré aux John Ford les films iraniens).
[photo : après la nuit, le petit-déjeuner]



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