Nous prenions, silencieux, notre petit-déjeuner, lui absorbé dans la gestion de son planning de festivalier ou dans d'autres pensées que je préfère ne pas capter, moi revoyant quelques gags de Keaton et la réponse pleine d'humour de Stéphane G. à ma question concernant le côté gay-friendly des choses.
Des mots sont alors parvenus jusqu'à mon cerveau, il y avait "calculs aux éléments finis", "intégrales de Riemann" et quelques autres friandises nappée de soucis de modélisation aux bornes. Je me suis sentie instantanément comme un jeune chiot fou, haletant de joie et battant de la queue, incarnant le plaisir de retrouver une personne bienvenue.
Nous n'avons pas pu nous empêcher d'écouter la conversation, ce fut plus fort que nous. Celui qui m'accompagnait avait aussi reconnu un paysage de jeunesse.
Je somnolais, j'ai immédiatement retrouvé le plein éveil. Les sciences me manquent.
Je sais qu'il m'aurait fallu un cran d'intelligence en plus, et deux ou trois de santé pour que j'aie pu poursuivre dans la voie de ma première vocation, qui était la physique nucléaire ou (inclusif) quantique, relativité et autres frétillements dangereux et indispensables à une éventuelle suite de l'humanité. Un chagrin d'amour aura achevé de m'en dévier. Puis les difficultés de la vie concrète et qui laissent rétamée à la fin de journée, incapable de concentration de haute volée.
De toutes façons si j'étais capable de comprendre des raisonnements d'une complexité de haut niveau, je ne l'étais pas sur la durée, après je retombais, besogneuse, épuisée. De la même façon que je me suis sentie brillante et intelligente le temps d'un dîner en compagnie de Silvia Baron Supervielle, et quelques heures après, mais qu'au matin j'étais à nouveau dans mes vieux habits de femme limitée. Là comme en amour, je suis toujours celle à qui il manque un petit quelque chose pour que.
Il m'aurait fallu un compagnon ou une compagne brillante pour me tirer vers le haut dont j'eusse été le Watson parfait. C'est raté. J'aurais passé mon temps à aider les autres à porter leur propre fardeau. Ça n'aide pas pour avancer ; je ne sais plus.
J'aurais pu être une bonne vulgarisatrice. Qui sait, pourquoi pas, si je survis âgée et pas trop désespérée.
En attendant, ça faisait bien du bien d'entendre parler des éléments finis au petit déjeuner. Some part of my brain felt alive again.
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