"Home" d'Ursula Meier, Suisse 2008
catégorie : comédie dramatique sans téléphones portables mais avec cigarettes et des voitures (beaucoup).
Il s'en faudrait de si peu qu'il puisse faire film-culte, ou même chef d'oeuvre discret. Quelques longueurs à perdre (1), un détail un peu trop appuyé à rendre moins insistant (2), une montée vers une forme de déraison collective qui loupe une petite marche (3).
Mais je dis ça vraiment pour pinailler et signifier qu'Ursula Meier a encore une marge de progression, le truc espéré qui me fera me précipiter dés la sortie de son prochain film dans l'espoir que ça y est, son "Citizen Kane" y sera.
Je suis quelqu'un qui doute beaucoup, de tout, de tous, de moi, et même de ce que je pense du monde. Mais je me trompe rarement sur le potentiel des gens, dés lors qu'il s'agit d'un métier de création. Alors pour Ursula, je sais. Si la santé lui tient et que la crise économique ne coupe pas le cinéma de ses ressources les plus avisées, elle saura nous régaler d'un ou deux inoubliables.
Quelqu'un veut parier ?
Les acteurs sont parfaits y compris la maison que je persiste à voir comme personnage principal (4), certaines images auront (chez moi) une grande rémanence (5), je les sens déjà installées, dialogues au petit poil, d'où ce sentiment de frôler le film-culte, Kacey Mottet pourrait bien nous faire une évolution à la Benoît Magimel, Madeleine Budd est d'une justesse époustouflante dans le rôle ingrat de la scientifique de la famille, jusqu'au poulet congelé, star d'une scène, qui est impeccable.
L'histoire ? Une maison, une autoroute tout contre, d'abord en bras mort puis en travaux puis en service, et les effets faits aux habitants de la première.
J'ai été touchée que malgré qu'ils en bavaient, ils s'aiment tous bien. Ça change des familles dysfonctionnelles à la , non rien. Surtout le petit frère et sa soeur précédente. Et puis qu'on puisse lire dans ce film de nombreuses paraboles, chacun pouvant placer la barre à la hauteur qui lui convient. Par exemple sur nos vaines tentatives de lutter contre les aggressions du monde, par le mépris souverain ou le repli fatal.
En sortant du cinéma, je n'avais qu'une envie, en parler à ma meilleure amie (sans jeu de mots je vous prie).
le vrac de phrases :
- Sûr ?
- Oui, sûr. Mais pas tout à fait.
- On est bien depuis qu'on est ici, non ?
- Elle va venir de là. Une Verte.
- Tu fais comment ?
- Ben, je calcule.
- OK mais prends un peu d'élan.
- On partira jamais, y a qu'ici que maman se sent bien.
- C'est peut-être pas facile ici mais c'est chez nous.
- Faudrait peut-être en remettre une couche, non ?
- Y a encore du bruit.
- Sur 3 c'est trop, ça me gêne pour lire.
- Peut-être qu'elle fait semblant ?
- Tu parles, elle est plus capable de rien.
- C'est de la contaminée. Tu veux essayer ?
- Descends pas en bas, c'est le bazar (6).
(1) Ursula Meier filme comme personne les corps en mouvement et les mêlées familiales en piscine ou salles de bains. De ne pas avoir su en sacrifier quelques-unes car elles étaient trop belles vient quelque effet de répétition et que le film est (un peu) trop long.
(2) Ici le fait de fumer qui semble avant tout destiné à dater le récit pour le situer à une époque où l'on préférait ignorer les risques qui pourtant se savaient.
(3) Je soupçonne, mais je peux me tromper, un élagage un peu violent parmi des scènes de montée en charge, du coup à un moment donné on se demande soudain comment ils en ont arrivés là.
(4) Et d'ailleurs, je ne croyais pas si bien dire (interview dans Première)
(5) Les pieds des ouvriers, la famille qui se penche pour voir si la voie est libre, l'écoute des murs pour en chasser le bruit, un ého d'enfant auquel personne, aucun camion, ne répond ...
(6) Contre quelle autoroute ai-je donc tenté de me protéger ?
sur Première avec l'accès vers quelques extraits
rajoutis de dernière minute (le 12/11/08 vers 13 heures) : un portrait de la réalisatrice trouvé sur Dailymotion et qui semble tout récent (et très bruxellois ?)
(Tiens, failli aller le voir au Gaumont Opera hier soir, puis pas l'énergie - c'est pas là-bas que t'es allée ?)
Rédigé par: janu | 12/11/2008 à 11:09
Hé non, pour ma plus grande honte, parce que MK2 n'est pas mon ami depuis qu'il s'en sont pris à mon Méliès chéri (1), je suis allée le voir au MK2 bibli. Question d'horaires. Question que ces lieux me sont agréable. Question que j'aime cette étrange esplanade de la BNF toute voisine. Il y flotte encore l'air d'un de mes meilleur souvenir.
(1) mais au programme duquel le film ne figure pas.
Rédigé par: gilda | 12/11/2008 à 11:15
pardon, agréables.
Rédigé par: gilda | 12/11/2008 à 11:16