hier soir, sans doute trop tard, lors d'un dîner mère-fils.
Lui qui était sagement resté à l'hôtel craignant le film ennuyeux et aussi la bousculade (1) me demande élégamment si mon film était bien.
Je lui dis que oui, décris ce que j'ai aimé, ce que j'ai aimé moins, parle d'une scène de dispute entre personne devenue obsédée par la tenue et l'ordre de son intérieur et une autre venue pour la voir elle, mais qu'ainsi elle rebutait d'autant plus que sa vie était ainsi complètement figée. Je lui confirme qu'hélas dans la vie ce genre de phénomène survient parfois et que dans de tels cas il devient préférable de moins se fréquenter si on veut éviter comme dans le film de finir définitivement très fâchés.
Il répond : - Oui mais tu sais dans la vie c'est pas comme dans les films.
Comme j'attends une suite, il complète :
- Dans les films ça finit toujours soit bien soit mal.
J'en deviens perplexe : - Ben et dans la vie ? Si ça finit pas soit bien soit mal, comment veux-tu que ça finisse ?
En grand sage, il m'explique : - Dans la vie, souvent, ça finit neutre.
Je pense qu'il y a une neutralité dont je me serais bien passée qui a failli me tuer plus sûrement qu'un drame, mais qu'au fond il n'a pas tort. Et qu'aussi dans certains cas, le cinéma emprunte si fort et si proche à la vie, qu'il devient impossible de faire la part des choses.
Les films font réfléchir, mais les dîners aussi.
(1) Il s'agissait d'une projection unique avec présentation du nouveau Mike Leigh, bientôt dans les salles, ce qui en faisait LE film de la soirée. La salle était pleine jusqu'au moindre strapontin, soit 1003 places théoriques.

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