Victor Victoria - Blake Edwards - 1982
(1) une femme qui prétend être un homme prétendant être une femme
Un avantage d'avancer en âge consiste en la connaissance qu'on finit par avoir de soi-même et qui pour peu qu'on en tienne compte nous sauve de certains périls ou au moins nous apprend à éviter les cauchemars potentiels.
Je savais donc qu'il n'était pas question que je rentre me coucher dés la fin du film S-21, que le sommeil ne m'aurait pas fui mais que de ses images il en aurait été hanté. Privilège de qui ne fait que s'informer d'un drame sur celui qui le subit, je pouvais aisément une fois sortie de la séance insoutenable, passer à tout autre chose, ou du moins le tenter.
Bien évidemment, et même si je savais pour l'avoir vue à sa sortie, 23 ans plus tôt, que cette comédie tenait bien la route, et je suis quant au genre d'une exigence redoutable, je n'ai pas pu "y entrer" facilement. Je venais d'un Cambodge meurtri et glisser dans le Paris des années 30 n'était pas chose aisée. Mais peu à peu je me suis laissée gagner par la bonne humeur et le rythme alerte d'un film sur un thème concernant lequel il est facile de faire graisseux.
Il n'en est rien dans ce film-là. Julie Andrews, même dans les situations les plus burlesques ou compromettantes reste classieux/se (?) jusqu'au bout.
Elle joue le rôle d'une femme, chanteuse sans engagement et rendue à ce titre bien incapable de payer ni subsistance ni loyer. Encore sous le coup d'un malaise d'inanition et de menaces d'expulsion par son propriétaire, elle fait une de ces rencontres de hasard que j'abhorrais dans les récits jusqu'à ce que ma propre vie m'en offre d'aussi belles.
Toddy, vieil homosexuel reconnu du "tout-Paris" mais viré de la boîte qui l'employait comme artiste pour cause de bagarre généralisée, fait irruption peu après un cafard dans la vie de la jeune femme et comprend vite quel parti ils pourraient l'un comme l'autre tirer de ses talents réels de chanteuse, à condition d'y rajouter une touche de mystère et de glamour qui la rendraient unique.
La voilà donc présentée aux directeurs de cabaret, comme un mystérieux artiste venu du grand est, homme qui se travestirait en femme pour les besoins de ses numéros et peut-être davantage. Bien évidemment le subterfuge fonctionne au delà de toute espérance et le séduisant Victor au charme ambigu conquiert au passage le coeur du macho de service, une belle crapule mafiosante du nom de King Marchand, tombeur de ces dames et qui tombe à son tour, non sans réticences, car il ne pensait pas que lui ..., mais alors vraiment pas.
La relation entre Toddy et Victoria, un beau brin d'amitié et de complicité qui les sauve de la misère réchauffe le coeur. Les dialogues, s'ils n'atteignent pas au pétillant d'un Lubitsch, sont soignés et nous offrent quelques belles réparties. Les interprètes semblent se régaler au jeu.
Et sous des dehors de pure distraction, le film milite pour une belle tolérance.
La tristesse que j'avais au coeur en y arrivant ne s'est pas miraculeusement envolée, mais Victor m'a aidé à la tenir en respect le temps d'une fin de soir, pour une nuit plus sereine et je lui en sais gré. A moins que ce ne soit à Victoria que je doive mes remerciements.
Et à Toddy aussi, sans hésitation.
nb : Je dois à ce film d'avoir beaucoup enrichi mon vocabulaire en anglais puisque depuis l'époque où je l'avais vu pour la première fois, je n'avais pas oublié la traduction française du mot cockroach (cafard - l'insecte, pas celui qu'on a), qui ne m'a hélas jamais servi lors des quelques séjours que j'ai effectués par la suite en pays anglo-saxon.
morceaux choisis :
Victoria to Toddy : "- How long have you been an homosexual ?
Toddy answering : - How long have you been a soprano ?
Victoria : - Since the age of twelve.
Toody : - I'm a much late bloomer."
le garde du corps de King Marchand, croyant encore que Victor est un homme et sachant que son patron a déclaré sa flamme à ce dernier :
- If a man like you has the guts to admit he is gay, so am I.
King Marchand (osant enfin avouer son désir pour celui qu'il prend pour un homme) :
"- I don't care if you're a man.
Victor/Victoria : - I'm not a man.
King : - I still don't care."
Ce film traîne dans notre vidéothèque depuis au moins 20 ans, et je ne l'ai jamais regardé. Peut-être bien, que, du coup...
Rédigé par: Milky | 09/08/2005 at 18:45
chic alors, j'ai donné envie à une personne de voir ce film :-) !
merci Milky.
PS : j'espère pour toi que vous l'avez en V.O., je me méfie beaucoup de ce que pourrait donner la pétillance des dialogues après traduc et doublage.
Rédigé par: gilda | 10/08/2005 at 00:23
A lire ton billet, je me dis que tu as réalisé un merveilleux exercice de style à l'hôtel. Michel va nous manquer.
J'ai aimé aussi le ton léger de ce film qui portant traite d'un sujet qui n'était alors pas trop abordé.
Très bonnes vacances.
Rédigé par: Aïcha | 10/08/2005 at 09:38
Aïcha, je te réponds ici parce que je ne sais pas où le faire ailleurs, mais j'ai hâte de savoir à mon tour où pouvoir te joindre plus personnellement. Tu fais du bon travail à l'Hôtel, tu sais.
J'ai fait un peu exprès de chroniquer ce film-là hier afin que ceux qui auront eu la curiosité de venir de l'Hôtel s'en amusent un peu, mais il faut savoir que ce n'était pas un choix délibéré d'incarner un homme dans le jeu.
J'avais choisi parce que ça me paraissait beaucoup plus intéressant un profil surprise, en précisant juste à Kozlika une liste de professions que pourrait éventuellement avoir mon personnage sans que je risque d'écrire trop d'âneries quand il évoquerait son métier.
Parmi celles-ci, j'avais mis le chantier parce que j'ai fait l'ESTP comme école et qu'il me reste quelques souvenirs.
C'est cette piste-ci que Kozlika a choisie, probablement pour équilibrer un hôtel où ne s'apprêtaient à résider que des gens de plumes, d'ascendances nobles ou aux vies hors du commun.
Partant de là, j'aurais pu choisir d'incarner lui ou sa femme, mais ça me paraissait plus crédible d'être celui qui était directement du métier.
J'en ai volontairement fait des caisses dans le côté plouc surtout au début pour tenter d'équilibrer un peu le jeu, et aussi que ça ne soit pas du qui-baise-qui à longueur de billet, même si j'ai succombé à mon tour sur la fin (ne pas décevoir William, militer un peu pour les copains), mais c'était pas évident pour moi à écrire étant donné que je manquais doublement d'expérience.
Je n'étais pas très à l'aise avec le côté casino non plus car je n'y ai jamais mis les pieds, je crois que ça s'est vu, et j'étais bien contente que ça se soit dessiné ainsi que seule la femme de Michel devenait joueuse.
Voilà, tu sais tout.
Merci beaucoup, ça me fait plaisir d'avoir pu apporter un peu de distraction aux autres, c'est important pour moi en ce moment.
J'espère à bientôt.
Rédigé par: gilda | 10/08/2005 at 10:01
Coucou Gilda,
Et bien tu vois je reviens déjà. Ce que j'ai particulièrement apprécié c'est que ton personnage a été crédible durant toute l'aventure. Michel s'est peu à peu ouvert. Il a fallu apprendre à le connaître, comme dans une vraie relation. Et une telle gentillesse transparaissait à travers ce personnage que je m'y suis attachée.
Même si je n'ai eu que peu d'interactions avec Michel, je me suis délectée à chacun de tes billets.
Et chapeau pour avoir relevé le défi du personnage surprise aussi bien.
En ce qui concerne mon perso, je poste le dernier billet vendredi et j'avoue avoir un peu les chocottes à l'idée que les personnes faisant un tour sur mon blog ne soient très déçus, car je n'y fais que raconter ma petite vie bien tranquille et bien banale sans talent littéraire particuliers.
Je compte profiter de mes futurs 15 jours de vacances pour venir lire à rebours tes précédents billets.
Bonne journée à toi.
Rédigé par: Aïcha | 10/08/2005 at 14:29
Pfff, elle fourre vraiment son nez partout cette petite Aïcha. Voilà maintenant qu'elle s'est échapée de l'hôtel pour se balader dans la blogosphère.
Cela dit, chapeau bas Gilda, tu as incarné un personnage très crédible, très humain et, par bien des aspects, très touchant.
Rédigé par: Aaron | 11/08/2005 at 00:22
oh là, là, n'en jetez plus, la cour est pleine, je vais jamais parvenir à terminer mes bagages, moi :-) !
Aaron, je serai curieuse à mon retour de connaître ta profession réelle, je te trouve éminemment crédible dans ton rôle et ça me semble être quelque chose qui ne s'improvise pas.
Aïcha, tu sais, Michel, il me fallait à moi aussi le temps d'apprendre à le connaître. Je me suis sentie vraiment portée par les autres. Tu m'as proposé des interactions, Antoine a été formidable, il m'a donné une dimension que je n'avais pas, Julia a répondu présente et a eu de nouvelles idées, Max m'a donnée l'idée du cross-over avec Bruno Sachs (que je n'aurais jamais osé sans ça, ni ensuite l'autorisation amusée du principal intéressé), quant à William il m'a bien eu(e ?).
Je voulais pas le faire gentil, Michel, mais ça a été plus fort que moi ou que lui je sais pas. J'ai un copain qui d'ailleurs se moque (son idée, que je trouve pas bête, c'est qu'on a chacun nos limites et qu'il faut franchir si l'on veut progresser, dans l'écriture de fiction en tout cas ; donc voilà, moi quand je serais grande je sauras faire le méchant, na !)
Au sujet de nos blogs persos, je pensais au contraire que vous seriez déçus parce que je ne parle pas vraiment de moi, ni tellement du quotidien dans les miens (sans doute un peu plus sur mon fotolog), à part dans "Sans nouvelles" qui avait une existence militante et que j'espérais qui serait la plus brêve possible en le commençant.
Je serais contente de pouvoir lire ton blog à mon retour. On peut tout à fait parler de vie quotidienne et que ça soit intéressant pour les autres aussi.
Méfie-toi que mes billets précédents par ici sont plutôt plombant, c'est Rithy Panh et le Cambodge, et puis Sabra et Chatila. Je ne dis pas ça pour dissuader de les lire, mais prévenir que : de préférence pas un jour bleu sombre.
Je vais être obligée d'arrêter pour les vacances, puisque sans connexion, mais je continuerai dés mon retour, à La Rochelle j'avais vu près de 30 films et je voudrais ne pas les oublier et si possible les faire découvrir à d'autres. J'ai des photos aussi à partager.
Ensuite je compte passer si tout va bien à quelque chose de plus parisien, des photos et de l'air du temps, mais je ne sais pas encore sous quelle forme. On verra bien.
bises à tous les 2 qui êtes venus jusqu'ici.
Rédigé par: gilda | 11/08/2005 at 00:37
'tain, t'es bien la première personne à aimer Victor etc... que je connaisse...en même temps t'aimes Brad machin tu sais quoi j'cause... faut qu'on s'cause, non ?...
Rédigé par: briscard | 11/08/2005 at 01:14
Salut Briscard,
Brad machin, oui, j'avoue que j'aime, en tout cas s'il s'agit du bloggueur habile et talentueux que l'on peut lire par ici : http://keiser.over-blog.com/
l'acteur du même prénom étant pour moi un élément neutre (je peux aller voir un film où il joue mais n'irait certainement pas exprès du fait de sa seule présence).
Rédigé par: gilda | 11/08/2005 at 09:54
juste un p'tit coucou ... pour te dire, sans aucune originalité, et (en plus) un retard certain, que, comme les autres tu m'as bluffée et j'ai adoré ton perso (rhalala si y'avait pas eu Raphaël ;-) !!!)
@ bientôt j'espère !
Rédigé par: julia | 11/08/2005 at 14:11
oh merci Julia,
je m'aperçois un peu tard que bousculée par mes connexions aléatoires et très minutées de vacances je n'avais pas pris le temps de te répondre.
Je n'ai d'ailleurs même pas réussi à "suivre" l'Hôtel alors que physiquement d'Houlgate je n'étais pas si loin.
Raphaël était de toutes façons un bien meilleur parti :-) et comme confidente tu as été formidable.
à bientôt j'espère aussi.
Rédigé par: gilda | 28/08/2005 at 01:37