"Non ma fille, tu n'iras pas danser" de Christophe Honoré (sortie : 2 septembre 2009)
(séance au Majestic Bastille en présence finale du réalisateur d'où quelques éléments spécifiques dans ce qui suit)
C'est curieux de s'apprêter à chroniquer un film dont on ne sait pas soi-même ce qu'on en a pensé. Je ne suis pas capable de rassembler mes idées. Elles sont trop diverses. Peut-être parce que le film m'a bougée, que je n'en suis pas sortie neutre. C'est donc signe que même s'il n'est pas totalement réussi il n'est pas entièrement loupé.
Puisque je suis perdue, un peu comme son héroïne, quoiqu'heureusement pas tant, et trop fatiguée ce soir pour organiser mes pensées, voici le vrac :
- le cousinage avec les films d'Arnaud Desplechin est indéniable. Et c'est peut-être là que ça coince. On dirait que le rôle d'Annie avait été écrit pour Catherine Deneuve, celui de Frédérique pour Anne Consigny et que pas de bol, elles n'étaient pas libres (5). Et comme Jean-Paul Roussillon n'est plus là ...
Bref, on dirait un neveu prometteur mais encore malhabile. Entre autre sur les dialogues. Et la bande son.
Malgré cette phrase-culte : - Mais maman dans la vraie vie personne n'aime les endives braisées.
(je ne "spoile" pas, elle est dans la bande-annonce).
- le cousinage avec "Week-end de chasse à la mère", livre de Geneviève Brisac, et j'y pensais tout le temps du film et puis en bonne bécassine béate qui n'avait rien lu avant d'y aller, j'ai découvert au générique final ... qu'elle avait co-écrit le scénario.
- Chiara Mastroiani est extraordinaire dans le rôle tourmenté de la mère seule qui tente d'élever ses deux enfants.
- On voit une femme aux prises avec une famille qui lui veut trop de bien, chacun à sa façon et tous ceux qui veulent l'aider ne contribuent qu'à la faire peu à peu davantage tomber.
- Christophe Honoré ne voulait pas d'un personnage de téléfilm, il en a donc fait un caractère complexe, splendide d'incertitudes ; en même temps un peu trop à charge côté : hystérie féminine. D'autant qu'aucun des autres personnages féminins ne semble vraiment équilibré. D'où cette envie de préciser à la sortie : hé, les gars, on n'est pas toutes comme ça. En même temps c'est terrible on dirait que c'est ça qui vous plaît. Faut-il être une chieuse hystérique pour posséder un brin de séduction ?
- Il voulait montrer cette violence faite aux femmes dés lors qu'elles sont mères : les perfections contradictoires qu'on attend de vous (1), comment on vous travaille en culpabilité. Et c'est si bien vu.
- C'est si bien vu aussi : le père des enfants est bien celui qui en allant aimer ailleurs, a fait réagir sa femme qui alors l'a quitté. Et qui depuis semble lutter contre le monde entier. Facile ensuite pour lui de jouer le sauveur au grand sang-froid, le pauvre papa privé de sa progéniture, celui qui assure pour deux. Jean-Marc Barr est d'ailleurs remarquable dans ce rôle nuancé.
Pour avoir été mise en semblable situation, mais avoir réagi calmement, tristement, non sans perdre l'amour mais sans séparation, je sais qu'on n'évite pas de passer aux yeux du monde pour "celle qui est fragile", "celle qui ne va pas".
Un peu facile, non, les gars ?
- Un soin des détails du quotidien, une qualité de naturel des enfants filmés ;
- Une scène d'amour brève mais qui m'a coupée le souffle entre les personnages joués par Marie-Christine Barrault et Fred Ulysse. Je suis passablement imperméable aux scènes censées être sensuelles au cinéma mais là, si.
- Un merveilleux moment de conte muet breton (2). Magique. Je suis persuadée que pas mal de spectateurs vont détester (6) mais sur moi, l'humour en plus d'une étrange beauté et d'une façon de filmer les danses formidables (3), bon sang, comme ça a marché !
- Un problème tout personnel avec ce film : le personnage d'Anton et l'acteur qui l'interprète ressemblent trop au fils cadet d'une grande amie, y compris dans leur allure même (jusqu'à la coiffure et couleur de cheveux). J'en ai été troublée au point de ne jamais parvenir à faire abstraction.
- La relation entre ce fils et sa mère est si juste, si bien vue. C'est peut-être ça qui m'a si violemment émue. Entre autre une scène où elle passe le voir au collège. Elle ne pourra pas venir avec lui à la cantine.
- Mon agacement sempiternel face au cinéma français bourgeois : les maisons sont immenses, auto-rangeantes et auto-nettoyantes, les comptes bancaires auto-remplissants, ici à l'exception près de la malheureuse héroïne pour qui la famille trouve une reconversion de libraire (4) qu'elle n'honorera pas puis de fleuriste où, ah tiens, ô surprise, elle tombera sur une patronne inflexible quant à la question des enfants. Mais tout le reste semble tellement fluide quant aux problèmes de boulots et de congés imprenables et de fins de mois qu'on a l'impression d'un accroc pour les besoins de la péripétie suivante.
Ah si quand même, le personnage d'Annie, la mater familias, prépare quelques repas (cf. la réplique culte).
* * *
À présent que j'ai énuméré ce qui allait comme ce qui ne me plaisait pas, je crois que je comprends enfin. Les scènes fortes et qui restent ne manquent pas. Quelque chose cloche dans l'ensemble que pourtant finalement elles ne forment pas.Et probablement ce qui m'empêche d'aimer ce film et ce pour quoi je lui en veux, vient d'éléments de ma propre vie auxquels il me renvoie, dont le fait qu'à présent je sois un transfuge de mon milieu d'origine vers une vie choisie, mais ne le digère toujours pas, et de l'effort que j'ai dû fournir pour m'arracher à ce(ux) qui m'engluai(en)t. Je serais donc mal à l'aise de me sentir dévoilée.
Quelque chose comme ça ?
PS : Confirmation du fait que le "Vivre libre" de l'affiche telle qu'elle est à présent n'est qu'une maladroite manœuvre marketing. Elle avait failli m'éloigner du film, dont elle nie la subtilité.
(1) - Tu t'occupes trop de tes enfants / - Pense à tes enfants, quand même.
(2) Répondant peut-être à quelque besoin de financement. Mais dans ce cas, vive les contraintes.
(3) Placez dans cette phrase le formidable et les éventuelles virgules ou vous voulez.
(4) Comme si on pouvait s'improviser libraire alors qu'on ne semble pas s'intéresser vraiment à la littérature : Anton son fils qui lui lit beaucoup, lui proposera un échange de chambre "parce que moi je lis le soir et toi tu ne lis pas". Chez eux à Paris pas d'étagères pleines de livres. On la voit juste à un moment des vacances poser un bouquin et en lire un de l'École des loisirs ("Le sac à dos d'Alphonse" peut-être ?) ;-) à sa fille.
(5) Je ne veux pas dire que Marie-Christine Barrault et Marina Foïs ne sont que des remplaçantes, juste que j'ai eu ce même sentiment que dans les séries américaines quand d'une saison à l'autre un rôle majeur se trouve soudain tenu par un autre acteur. Cette impression que je n'ai pas su éviter d'être passée des fêtes de Noël aux vacances d'été. Et puis que la maladie grave avait changé de partenaire (de la mère au père).
(6) En trouvant sans doute que ce passage peut être assimilé à un soudain spot publicitaire.
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