Rencontre ou retrouvailles

Mardi "au bord du soir", Paris XIII, médiathèque Melville, bibliothèque Durand.


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billet non relu

L'un va vers sa voiture, les autres poursuivent un bus à vitesse olympique, il fait si bon, j'hésite à prendre un vélib pour faire tout le trajet et puis j'ai dans mon sac un livre qui me tend les pages alors j'opte pour la ligne 14 ; en vélib on ne peut pas lire.

Je pense quand même qu'à Satin Lazare, j'en prendrai un plutôt que de poursuivre en train ou en métro.

Arrive ce terminus. Je suis restée scotchée, n'ai plus envie que de lire et pas de pédaler. Je prends le métro.

Viens la première station où je pourrais descendre. Je n'hésite pas : je reste et parcourrai tant pis le chemin à l'envers.

 

 

Je craignais d'encombrer, j'ai quand même finalement pour moi (2) demandé une dédicace. Vous m'avez parlé de la vie, ce sens qu'on lui donne, la cruauté des absences et cet effort (3) qu'on fait de se dire "Je n'ai rien fait" et que si l'autre ne veut plus, après tout.

Je pense alors : apprendre à prendre à son propre compte et sans remords ni regrets les bonheurs qu'en partant il ou elle aura délaissés. N'ose pas le dire.

Notre conversation est pourtant comme la suite d'une autre que nous aurions déjà eue. Je connais cette sensation de se connaître d'avant, n'exclus d'ailleurs pas complètement que nous ne nous soyons déjà croisées.

C'est juste que j'ai peur de peser, et que je ne suis pas encore capable d'aborder ces sujets sans devoir réprimer les larmes qu'ils m'apportent. Je m'en veux d'être trop sensible ; je sais un peu (pas tout) de l'état du monde et d'être une (très) privilégiée.

Votre expérience me rassure sur la mienne : ce n'est pas être fou que d'avoir en soi la poésie, les mots qui bousculent, quand on vit là où pourtant ça ne devrait pas. Que ça n'est pas nécessairement dans la langue où l'on est né(e)s.

Vous m'apprenez que les sentiments ne sont pas un luxe. Je suis toujours tentée de le croire (n'ai jamais souffert de la faim, mais de la peur de ne plus avoir les moyens d'accéder au manger, si). Vous avez le bonheur d'être en France comme moi d'être à Paris même.


 

C'est un livre de poésies. (1)

Simples, tout droit, sans artifices, et qui me vont au coeur. J'aurais pu à un mot près (un aussitôt qui ne colle pas à ma propre histoire) écrire deux d'entre elles, mais trop française, suréquipée, aurais sans doute inutilement compliqué les choses ou trop allusionné.

 


Je sors de la médiathèque, sens une fine odeur de poulet (rôti), ose improviser une bonne suite de soirée. Libérée par vos mots, j'ai moins peur d'être lourde. Ne gâcher aucune coïncidence favorable, laisser les bons vents nous porter dés que la moindre brise accepte de souffler.

Je sais à présent qu'être sans colère ni ressentiments envers ceux qui ont pu par le passé nous mettre en danger, n'est pas anormal. Et qu'on peut en guérir sans prendre ce chemin. Je m'en doutais, cette possibilité m'était trop étrangère. Je craignais simplement à force de souffrance enlisée, de faire fausse route en conservant l'affection, en restant par la paix. Me voilà (ré)confortée.

Et presque heureuse ?

 

Je lirai les autres.

(1) "Une petite plume cambodgienne" de Méas Pech-Métral (HB éditions)

(2) Je le fais rarement car pour moi une dédicace c'est avant tout pour offrir un livre à quelqu'un d'autre, ajouter un plaisir particulier et personnel à celui de la lecture confiée.

(bien sûr il y a par ailleurs les dédicaces des amis, mais c'est tout autre chose, celles-là ont de sens avant tout parce qu'on se connaît et témoignent d'une tendresse préalable ou de circonstances précises).

(3) Pour moi c'en est un, il semblerait que pour vous moi ou plutôt que vous parveniez à le faire quand moi j'y patauge encore, des années après.

[Photo : non loin de là en sortant ; en fait c'est une photo ratée, je voulais prendre le rouge (l'engin d'élagage) et le blanc (le car), mais j'aurais dû attendre d'être plus près]

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Peut-on jamais changer ?

un jeudi, en plein Paris, au 4ème étage d'un bel immeuble ancien.

      

Ça y est enfin. Cela fait des semaines que je pense à ce moment. Comme le dit le dicton coréen, « le meilleur moment quand on fait l'amour, c'est quand on monte les escaliers ». Un bordel monstre règne dans et sur ton bureau. Tu n'en as rien à battre, tu m'entraînes déjà vers la chambre du fond, celle qu'un de tes fils devenu adulte a laissée vacante en quittant la maison.

J'ai le temps d'apercevoir en dessus de vrac une version partielle imprimée de ton interview de Clara Verde (1) , celle où tu disais qu'elle n'est pas si mal et qu'au fond elle chante bien ; ce qui m'avait passablement fâchée d'autant qu'il était publié dans un magazine qui soutenait son mec, que je ne peux pas supporter car je le crois dangereux. Cet article de toi, qui te ressemblait peu m'avait détachée mieux que d'autres aveux.

Le temps de reconnaître aussi au vol dans une bordure de dessous de tas, un coin d'une enveloppe qui me fut familière. Tu avais donc bien reçu ma missive où je t'informais que ma vie enfin s'était redressée, et qu'il n'y manquait plus qu'à résoudre le mystère de ta disparition.

Je te sens vibrante, et comme hâtive, lis dans tes pensées que ton fils cadet rentre à 17 heures, que notre temps est compté.  J'avais oublié combien j'aimais communiquer en silence et qu'avec toi seule sans crainte je le faisais.

J'ignore pourquoi tu as enfin consenti à de brèves retrouvailles, pourquoi tu m'as convoquée chez toi et non pas à l'hôtel. Ce ne sont pas les hôtels qui manquent à Paris. Aurais-tu désormais peur des paparazzi ? Et puis je demandais juste qu'on prenne ensemble un café, un Picon bière, voire même un verre de blanc si tu étais devenue vraiment plus chic qu'avant.

T'aurais-je donc manquée sur un mode différent de celui plus pensif dont moi-même je souffrais ?

C'est moi qui suis calme.  Je n'ai aucune revanche à prendre, les choses rentrent simplement dans l'ordre,  une satisfaction d'harmonie retrouvée et la conscience que peut-être pour moi il est déjà trop tard. La souffrance m'a entraînée trop loin des humains, un pas de plus au delà de l'amour mais que j'espère encore pas plus près de la mort. Ma carcasse réclame son dû qui se souvient soudain de la bonté de nos étreintes.  La paille de tes yeux ne dit rien de bien autre.

Pleurer fait grandir disait la fresque non loin de là, je n'y croyais pas, un haussement d'épaule amusé quand je passais. Elle disait juste, pourtant.

Pleurer_fait_grandir [PHOTO par Pierre Cavard ; métro Bonne Nouvelle il y a quelques années (3 ou 4 je dirais)]

Je m'aperçois que je te dépasse en même temps que tu trembles.  Alors j'agis comme tu attends et non plus en réponse. T'enlace et ferme sur nous la porte,  déboutonne doucement  ton léger cardigan,  caresse  déjà le sein qu'il protégeait fort peu,  sens  tes jambes  porter moins.

Avant  de nous  glisser vers le lit bas mais accueillant, je prends le temps de t'embrasser longuement. Tu réponds comme avant, en congédiant le monde. Plus rien n'existe que la force d'aimer.

Le froid cesse aussitôt. J'en oublie de mourir.

Dans les mois à venir et sans doute les années, nous travaillerons comme jamais.  Et si c'était ça qui t'avait effrayé ?

 

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Les sanglots longs d'une brève évacuation

Tout à l'heure au salon (du livre, porte de Versailles)

catégorie annexe : chroniquer le hangar

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[photo : prises sur le champs, publiées en vrac]

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Les bienveillants ?

Lundi matin, plus tard que prévu

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Je n'ai pas eu droit, ce matin à Louis Ferdinand, je l'ai déjà mentalement prénommé comme ça, ce radiologue remarquable à l'abondante logorrhée, à la fois complètement centré sur lui-même, et insupportablement raciste tout comme l'original, soucieux  cependant du confort de ses patient(e)s, je n'avais jamais vu ça.
Une légère ressemblance dans le phrasé.
(par dessus le marché).

Non, ce matin ce fut une femme jeune, sûre de sa compétence technique et terriblement efficace. Ses conclusions : passe au suivant. Ce n'est jamais fort bon signe : quand les nouvelles sont bonnes elles sont vite annoncées.
La question est de savoir si les dragibus qui ont choisi de me squatter  en toute légèreté (1), Dieu ou pas merci assez loin de la cervelle, sont de nature bienveillante ou envahissante.

Le suivant qui me recevra reportera sans doute la réponse sur l'art de quelque technicien ultérieur. Le temps qu'ils se renvoient mon cas, entre palpeurs de chairs et tripoteurs d'électronique, plusieurs jours de délais à chaque fois, et avec un peu de chance j'aurais pu quand même profiter du fort prochain Salon avant toute intervention invasive ou traitement gênant.

En fait la grande tristesse était de n'avoir plus personne, depuis toi, qui appelle après, attentive à l'horaire, et sans crainte d'entendre du dur, pour demander :
- Alors, ça va ?

Et après avoir entendu la réponse mitigée, incertaine, hésitante, plus personne non plus pour aussitôt proposer :
- Je viens te chercher tout à l'heure à l'usine. Ça te va ?

En fait la grande tristesse était de se dire que tu avais sans doute pressenti mon sort et peut-être était partie pour la raison logique de ne pouvoir aider deux personnes à la fois. Y compris dans mes maux, je suis celle de trop tard ou de trop.

Tu n'imagines pas comme tu peux me manquer. C'est sans doute d'ailleurs mieux ainsi.
N'imagine pas, travaille, toi.

Je sais à présent pourquoi j'ai si froid : je suis en panne de toi, mais aussi de thermostat.   



Subsistaient quand même deux consolations ; il en existe en toute chose sauf dans les massacres et les camps d'extermination.

Si ces dragibus sont de l'espèce qu'il faut rapidement extirper, et pour le cas où ils auraient été repérés à temps, je le devrais à une femme médecin, remarquablement attentive à ses patients au point de veiller à la santé de la mère qui accompagne son enfant déjà grand. Elle ressemble comme à une proche cousine à Anna Gavalda. J'avais été tentée de lui poser la question à chaque fois que nous allions consulter, je n'ai pas osé. Mais elle, elle a osé tenter de me soigner, alors que ce n'était pas moi qui venais pour ça. Merci respectueusement madame, quelle que soit l'issue de cette nouvelle mésaventure.

Et l'autre c'est qu'Hélène Berr m'accompagnait, du moins les mots qu'elle nous a laissés. Elle ne m'a pas quittée (en pensées), elle ne me quittera pas.

(1) C'est des petits, m'a-t-on dit.

[photo : 8 février 2008, quand les jeux de miroirs n'en finissent toujours pas]

Adieu l'ami, on t'aimait bien

dimanche 13 mai 2007, en banlieues.

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Je n'ai pas d'amants, mais des bons et des très bons copains pour boire des coups, tout plein. Et pas n'importe lesquels ni les copains ni le contenu des coups à boire.

Tu faisais partie des plus fins connaisseurs des meilleurs whiskies, on se voyait donc régulièrement lors de dégustations subtiles. Tu organisais les voyages de notre Clan. J'en ai profité une seule fois, je n'ai ni les revenus ni les congés suffisants. Mais j'en garde un souvenir ébloui.

Le plus beau coin d'Ecosse, les Iles de Paradis (1) vers le haut tout à l'Ouest, là où l'on distille les plus solides breuvages (2).

Des péripéties, une bétaillère pour nous transporter sur l'île de George Orwell (3) quand notre mini-car ne passait pas sur le passeur, un ferry qui nous faisait quelques difficultés, ta colère en anglais, une soirée de dégustation poursuivie jusqu'à pas d'heures chez un des jeunes gars qui travaillait pour l'embouteilleur à qui nous avions rendu une somptueuse visite, tes soucis pour l'anglais quand personne ne t'énervait, et moi qui finissais par traduire le français en lui-même ; les deux compagnons qu'étant le moins pas vaillant tu m'avais aidée à ramener au bercail hotelier. Tu étais un homme bon : qui le reste quand il a (un peu) (trop) bu l'est du fond de lui-même.

Bien sûr tu ne me manqueras pas dans le quotidien immédiat et ordinaire, les dégustations sont mensuelles et je ne vais pas à toutes, mais ta présence chaleureuse à ces moments partagés et qui n'y sera plus, je la ressentirai très fort. Je crois même pouvoir dire "nous" au nom des camarades.

Je pense ce soir à ta famille que je ne connais guère (Nous sommes-nous croisés une fois, à l'occasion d'un dîner ou bien d'une fête ? Peut-être. Ma vie m'a tant secouée que mes souvenirs sont flous). Pour en être passée plus ou moins par là, je sais ce qu'elle traverse, la suroccupation fébrile et malheureuse de ces temps de juste après, jointe à une forme particulière de soulagement : la souffrance a cessé, la peur de la souffrance disparaît et l'oppression qu'en nous elle engendre.

Pour ce passage incontournable, je n'ai cette fois aucun livre de secours à leur proposer.

Je voulais leur dire Bon courage ; et à toi, Gilles, si j'y croyais

Repose en paix.

      

(1) appellation incontrôlée

(2)  un exemple que je lisais ce matin juste avant d'apprendre la mauvaise nouvelle te concernant et pour lequel en temps ordinaire je t'aurais peut-être fait suivre un mail joyeux (se souvenir de ne plus jamais différer un seul mail joyeux possible) :

" Il [Wandrille, un des personnages principaux] a débranché son téléphone, éteint son portable, glissé deux glaçons dans un verre de Lagavulin. Il aime bien ce whisky un peu tourbé, un goût de thé fumé bien fort." 

Adrien Goetz, "Intrigue à l'anglaise" (ed. Grasset page 129)

(3) Jura, où il écrivit dit-on "1984"

[photo : attente de, mais je cherche Ardbeg abandonnée, one of your favorite distillery (mai 1989 avant restauration et remise en route)]

Si toi aussi tu m'abandonnes

(air connu (si vous avez de la curiosité cliquez sur le bouton à gauche du titre " High Noon" parmi ceux du lien (1))

mardi 27 février 2007 puis aujourd'hui

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Tu aurais sans doute préféré Naples pour mourir, mais ta modestie et mon manque de moyens auront fait d'une ville du Nord celle de tes derniers travaux avant hospitalisation électronique.

J'aimerais, vois-tu, tellement que tu t'en sortes. Je ne saurais vivre sans toi, malgré que j'aime beaucoup certains de tes frères et cousins qui m'accompagnent et le font bien.

Seulement tu es le seul à savoir me souffler qu'une photo est à prendre , sauter hors de ton étuis dans mes mains spontanément, faire taire mes scrupules quand les conditions de prises de vue me semblent impossibles, par exemple pour celle-ci lors d'un débat triste, attentionné et sérieux qui avait lieu au salon du livre dans une pièce faiblement éclairée alors que pour ne pas gêner je te refusais de flasher. Tu m'avais dit, pose-moi sur une chaise, c'est le moment, vas-y. J'étais moi-même trop émue par les paroles que j'entendais, je t'ai obéi sans discuter. Tu m'as ainsi offert le plus beau portrait que nous prendrons sans doute jamais.

Et puis tu ne m'as jamais laissé tomber, même dans la pire adversité, fallait-il que tu sois à bout de forces mardi pour soudain flancher et encore à la façon des courageux, en refusant de t'éteindre, comme pour me dire, même malade ou blessé, je veille encore sur toi.

Quand l'homme m'a annoncé que je comptais pour lui pour beaucoup moins que je ne croyais, tu n'en as pas profité pour en faire autant et sauter entre les mains de la première venue et m'as offert quelques jours plus tard, aux brumes d'un matin tôt que je croyais quelconque une image symbolique et qui m'avait aidée à ne pas vaciller quand à peine plus tard on m'avait annoncé sinon la mort du moins la maladie prochaine.

Au jour où la première m'a frôlée d'un peu près, tu t'es empressé de me signaler la beauté d'un détail. M'obliger à clicher c'était me forcer à rester de ce côté-ci, te tenir entre mes mains me contraignait à me tenir, à ne pas céder face au désespoir qui m'avait saisie de fond en comble sans me laisser la moindre issue non fatale.

Mais tu as su aussi bien saisir les bons combats, les moments d'allégresse, il y en eut, jusqu'à te régler comme il convenait pour étinceler au soir du plus beau jour de ma vie.

Depuis presque 3 ans qu'on se connaît tu es mon meilleur compagnon de routes et de déroutes, et tout à l'heure quand les médecins des machines t'ont préparé pour t'emporter, te dépouillant de chaque accessoire personnel comme un humain qu'on emprisonne, j'ai bien cru que j'allais pleurer. De ces quelques années, c'est la première nuit que nous passerons loin l'un de l'autre.

On m'a laissé bon espoir que tu reviendras. Seras-tu encore le même ? Retrouverons-nous notre affection et cette complicité magique qui nous unissait ?

Si je savais la moindre prière, ce soir, vois-tu je la dirais.

  (1) qui comme son nom ne l'indique pas n'est autre que "Le train sifflera trois fois"

[photo : la dernière photo avant travaux, les arbres du parc Vauban à Lille, mardi 27 février 2007 15 heures 25 à l'heure d'hiver ; reveras-tu celle d'été ?]

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Le jour où j'ai renaqui (ça se dit ?)

vendredi 19 février 1999,  au siècle dernier.

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A force de me conseiller en lecture, elle me connaît mieux que moi, ce que j'aime, ce qui ne passe pas, les auteurs auxquels je suis sensible et ceux qui me laissent froide.

Ce jour-là je n'attends pas de conseil : j'ai pris à toute allure un sandwich à la cafétéria, j'ai des bouquins à rendre que je compte juste poser et vite remonter à mon bureau, tenter de résoudre une de ces situations inextricables dont tout informaticien d'un brin d'expérience connaît la survenue : ça plante quelque part, mais semble-t-il d'ailleurs, de là où si l'on est pas administrateur ou ingénieur système on n'accède pas. Aucun interlocuteur salvateur en vue et le résultat du travail ainsi bloqué est attendu par tous et pour tout de suite.

Mon chef de l'époque, un type bien, a compris que je n'étais pour rien dans les difficultés rencontrées. Il m'a proposé un rendez-vous en tout début d'après-midi afin de faire le point et de tenter ensuite de peser de son poids hiérarchique vers d'autres services qui pourraient ou devraient nous aider mais qu'une demande de la part d'une grouillote de mon acabit laisse de marbre.

De ce fait je suis d'autant plus motivée pour arriver devant lui avec un minimum de résultats, je pense que ça ferait avancer les choses si je parvenais bien qu'en n'ayant pas tous les accès, à diagnostiquer précisément la panne ou du moins la source de nos difficultés.

Je suis donc pressée. Il est 12 h 40.

Seulement la bibliothécaire ne l'entend pas de cette oreille. Elle me signale que ce midi tu es là pour parler de tes livres, peut-être en dédicacer, que c'est là, juste à côté, dans la salle de répétition de ceux qui s'essaient au théâtre.

Ton nom me dit quelque chose, effectivement, mais c'est pour une mauvaise raison. De toi je n'ai rien lu, même avec mes enfants. Stéphanot n'a pas 4 ans seulement depuis longtemps déjà nous pratiquons l'histoire du soir, un "moment de paradis" pour lui (sic), et pour moi souvent le seul secours de difficiles journées. L'instant de trève, celui qui vaut la peine qu'on fasse l'effort de continuer. Donc ça aurait pu.

Il se trouve que non.

J'explique à mon amie bibliothécaire que oh oui j'aimerais assister à ce moment intéressant, mais que ça tombe trop mal, le chef, les fichiers, l'informatique en panne ...

Alors elle habituellement si douce, se met en colère. Elle me donne un ordre :

- Tu y vas, tu y vas 10 secondes et tu t'en vas après, mais tu y vas.

Sidérée, je comprends soudain qu'elle voudrait très fort en être, y aller et écouter, mais qu'elle est de permanence, que ça la rend malheureuse de manquer un événement à l'origine duquel elle est peut-être, oui, oui, je comprends très bien ça, que ça la met en colère que ceux qui ont la chance de n'en profitent pas. Je pense, je lui dois bien ça.

Je me dis aussi que pour qu'elle se mette dans un tel état, la personne invitée ne doit pas être n'importe qui.

Allez, mon chef est sympa, il attendra bien un quart d'heure pour une fois.

Alors je fais un truc inouï (2) : j'obéis.

Elle vient de changer nos vies.

Il attendra une heure et demi (sinon deux).

(to be continued ou peut-être pas, ou peut-être plus tard (1) à l'ombre d'un ricochet ;  je voulais juste ici marquer un anniversaire)

Merci infinimement à Brigitte Patient qui pour son émission "Journal Infime" sur la Radio Suisse Romande a donné vie à ce texte.

On peut pour l'instant (07/03/07) l'écouter sur le site de la radio à la date du lundi 5 mars ("L'écrit du blog")

(1) dans 37 semaines si tout va bien.

(2) pour qui me connaît bien. J'ai un problème en effet avec l'autorité.

[photo ultérieure : je ne suis pas chez moi]

[photo : les lieux du crime ;-) huit ans après]

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Un bon compagnon de route et de déroutes

Clichy la Garenne, dimanche 24 décembre 2006 avec l'aide de son jeune remplaçant

Compagnon_de_route_081206cimg0972_1 Jamais je n'aurais imaginé qu'une "note en tu" puisse un jour concerner un objet.

Pourtant ce soir c'est de lui que je souhaite parler. Pauvres humains que nous sommes, si souvent défaillants, nous avons du mal à ne pas songer que si certains objets inanimés ont une âme, les ordinateurs sont bien de cela.   

Il avait trois ans peu ou prou et un clavier parfait, extrêmement confortable, dont à force de travail j'avais rendu brillantes d'usure les touches les plus fréquemment employées.

On s'entendait bien. Il avait accompagné mes premiers essais d'écriture un peu sérieux,   j'ai participé grâce à lui à quelques travaux dont je suis fière, fait de belles rencontres sans l'avoir recherché, beaucoup échangé de mots et de photos.

Depuis la rentrée il manifestait d'évidents signes de fatigue et de saturation ; comme un être humain qui serait surmené.

Je tentais de le ménager, d'anticiper ses coups de moins bien, d'effectuer quelques sauvegardes à la façon dont un homme ou une femme qui sent sa mémoire devenir fragile prend des notes à longueur de journées et établit des listes. J'usais ma patience dans de longues périodes où une information anodine lui prenait longtemps à récupérer, je ne pestais pas quand il se déconnectait. J'étais juste, parfois, affligée.

Mais jamais je ne lui en voulais. Je voyais bien qu'il ramait.

Le premier mercredi de décembre il a défailli pour de bon, comme un coma électronique. J'ai tenté en vain de le réanimer.

A la clinique des petites machines, ils ne m'avaient rien promis.

Et puis ils étaient parvenu à le rétablir, à nouveau il fonctionnait avec toutes ses données. Seulement il suait l'essoufflement comme moi la solitude, peut-être aussi qu'il a voulu m'aider ; en disparaissant il contraignait qui dit m'aimer à témoigner de son sentiment et de son assentiment à mon activité par un effort immédiat et concret.

Il y a quelques jours, il s'est éteint à nouveau. Il me reviendra sans doute et non sans quelques unes (j'ai bon espoir, est-ce illusoire ?) des données qu'il contenait. Mais il aura probablement un nouveau disque dur. Une greffe de cerveau en somme.

On ne reconnaît pas encore aux humains la liberté de mourir dans la dignité selon le choix qu'ils souhaiteraient face à la maladie fatale (1) ou à l'accident presque mortel qui les laisse souffrir d'épouvantables séquelles, alors pour les ordinateurs de qui n'est pas fortuné, c'est l'acharnement électronique thérapeutique assuré.

J'espère qu'il ne m'en voudra pas s'il finit différent mais sauvé, en d'autres mains que les miennes déjà fort occupées par un plus jeune que lui, pour l'instant fringant et fiable et qu'à l'inverse de l'instar d'un nouvel amant j'ai commencé par habiller puisqu'il est venu nu.

Je tenais à remercier mon premier ordinateur de cuisine pour sa loyauté sans faille de petite machine fidèle, qui dans la détresse du début de l'année m'avait permis malgré tout de tenir en me permettant de travailler. Et bien évidemment tous ceux et celles qui avaient participé à la conception d'un si bel outil. 

(1) exemple récent ici , parmi hélas tant d'autres, celui de Piergiorgio Welby à présent délivré. Merci à Embruns de me l'avoir fourni.

Un immense merci aussi à Kozlika sans le secours de laquelle je ne m'en serais pas sortie.

[photo : lui-même avant notre première séparation pour panne]

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Pour Kozlika de la part d'une âme errante

lundi 13 novembre 2006, 13 heures, entre la cantine et de retourner au charbon.

Je t'ai rencontrée grâce à Tarquine et un curieux hôtel  que tu avais créé et que Perec n'aurait pas renié. A peine le lien  cliqué et le projet pigé, je m'inscrivais.

Je pressentais pour moi une période difficile, après 5 mois passés de militantisme acharné, je savais que je vivrais fort mal la phase de fin de chantier, quand chacun regagne sa vie.

La mienne entre temps était devenue bien trop étroite, la solitude intérieure insupportable après tant de solidarité, et le besoin de collectif toujours chez moi très fort.

La collecriture (1) m'a sauvé un été et par ailleurs fait faire plein de progrès. Car sans ton idée formidable, ô Madonne des Blogs , jamais je n'aurais osé si tôt tenter d'écrire en homme, ni même imaginé qu'il arrive à mon personnage des aventures sentimentales surprenantes à qui le connaissait d'avant (merci Tatoo dont j'ai hélas encore perdu l'adresse du blog (?)).

Nous te devons, Kozlika, ainsi qu'à Marc Zaffran qui me l'avait "prêté" sans hésiter,  sans doute le premier cross-over jamais réalisé entre un personnage de roman papier et un autre de blog.

Forcément, après l'aventure, comme j'ai le privilège d'habiter sur Paris  , je t'ai rencontrée, ainsi que quelques autres qui m'ont tenu bien chaud au cours d'un hiver glacé. Je n'avais pas vu de tel frimas venir, sevrée de bises amoureuses ou tendres, accablée de difficultés personnelles et familiales, j'ai été prise au dépourvu.

Tu as été présente pour m'aider à tenir, envers et contre tout, alors que je débarquais dans ta vie depuis si peu seulement si triste ; toi toujours prête à aider les ami(e)s que la mouise a englués, jamais avare de ton temps pourtant déjà si pris ;  disponible malgré toutes les fatigues et les contraintes de qui doit gagner sa vie et s'occuper de ses enfants même devenus grands et blogueurs.

Et trouvant malgré tout le temps d'écrire de si beaux billets, je n'en cite ici qu'un mais c'est une injustice :

le plus beau métier du monde

et de nous faire encore écrire, comme ces textes en sablier pour les gens comme moi pressés incapables de participer à des jeux plus élaborés.

Je manque de temps comme toujours, mais aujourd'hui est le jour J. Alors je m'efforce de faire une place comme je peux, entre deux, pour en attendant mieux te dire

merci

et Bon Anniversaire Kozlika des kozeries

(1) terme inventé par Kozlika elle-même

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Première nécessité

 
mercredi 1er novembre 2006, peu importe où
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Tu t'apprêtes à déménager, je sens au téléphone que tu ne souhaites pas nous recevoir. Tu le pourrais demain mais tu ne proposes pas. Je comprends que dans ta tête l'emploi du temps était organisé avec ta belle-famille et qui toi qui es si attachée à l'ordre et l'apparence des choses tiennes à faire en temps et en heure chacune des tâches nécessaires pour translater au plus vite les éléments de votre appartement-témoin dans le pavillon nouveau que tu feras de la même eau. Rien qui dépasse, rien qui n'existe trop, qui ne soit pas conforme. Tu ne conçois le bonheur que dans la lissitude, quand je le veux vivant, passionné et (trop) désordonné et (glorieusement) dysfonctionnant.
   
Je le constate et l'admets. Nos vies et nos valeurs ont toujours divergé. J'aurais juste souhaité un peu de franchise, que tu dises simplement "Vous tombez mal, je n'ai pas le temps", plutôt que de feindre regretter le moment partagé que tu te gardes bien de nous accorder.
   
En période pré-électorale, c'est peut-être préférable, je suis si subversive quand je me laisse aller, moi qui tends, quelle honte, à défendre des illégaux au nom d'idéaux vieillots de tolérance et de partage.
   
Le message un peu tardif (car nos dates n'étaient pas fixées) que j'avais envoyé à ton mari, seul équipé de l'internet, pour avertir de l'éventualité de notre passage ne semble pas t'être parvenu. Pourtant de leurs bureaux, au téléphone les hommes s'étaient parlés. Le tien n'a-t-il rien dit à défaut d'avoir reçu à temps ?
   
J'évite donc d'insister tandis que de ton côté tu le fais pour le jour suivant pour lequel j'ai déjà expliqué qu'on était attendu ailleurs.
Je ne souhaite pas déplacer un rendez-vous accepté aussitôt et de grand coeur par quelqu'un qui est rare, pour un autre qui aurait pu, s'il n'y avait eu réticence palpable, avoir lieu à un tout autre moment.
   
Nous parlons du déménagement, tu expliques les cartons imminents, que tu es sur le point d'emballer "tout ce qui n'est pas de première nécessité, comme les livres ou les disques ...".
Quand j'ai raccroché peu après, conversation achevée à plat sur des banalités, vois-tu j'ai fait l'effort, j'ai su que fors Stéphanot, sans doute sa soeur, peut-être un peu d'époux et par ailleurs quelques amis courageux et solides (1), j'étais bien seule au monde.
    
Ce n'était guère dans le fond, qu'une confirmation.
Ce qui n'est pas de première nécessité, chez moi, ce sont la télévision, la décoration, les bibelots, le linge de maison et certaine vaisselle. Les livres sont vitaux (2), la musique importante.
   
Wyjteczk me manque comme jamais.
   
(1) vous me direz c'est déjà beaucoup. Je souffre en fait de perte de confiance autant que d'affection. Mon entourage n'a pas entièrement disparu.
Je suis extrêmement reconnaissante à ceux qui sont restés ou venus vers moi malgré les vents mauvais et le peu d'agrément de ma présence actuelle, sinistre en diable.
[photo : avril 2006, la valise verte où j'ai trouvé en octobre 2003 un petit Prince en néerlandais]

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