A l'ombre d'un marronnier (milieu)

Suite de ce billet

Fin 2004, je bossais à fond sur un chantier d'écriture qui a depuis subi de plein fouet les péripéties de ma vie, et qui n'a pas vraiment de titre ou plusieurs ou qui varient mais que je considère comme des "Petits récits italiens".

Peu de temps pour bloguer, 20six alors n'était pas non plus d'une fiabilité sans limite et je n'avais pas e temps à perdre à charger et recharger des billets qui partaient vers le rien. Par ailleurs à l'usine je me bats pour obtenir dans le cadre d'un plan social le droit de travailler à temps vraiment partiel.

A cette époque je n'imaginais de toutes façons pas que ce que je produisais sur l'internet puisse être utile à grand-monde.

Tout bascule début 2005 quand par une cascade de circonstances liées au fait que j'étais d'elle une lectrice (son texte sur les Hazara (désolée pour ce lien en anglais, je ne retrouve plus de V.F.), entre autres, m'avait durablement marquée), que je connais quelqu'un qui la connaît, que mon temps partiel par une coïncidence d'une précision effrayante commence au 1er mars, je me retrouve à faire partie du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun alors prisonniers en Irak.

La plupart des participants sont écrivains, cinéastes ou journalistes. Ils peuvent donc s'engager au travers de leurs outils de travail habituels. Très vite le travail que j'effectue concrètement au local de l'association militante ne me suffit pas, j'ai le sentiment de ne pas contribuer assez, même si souvent mes photos bien que techniquement pas terribles sont utilisées sur le site en complément de celles de Marc Chaumeil.

Alors je prends la parole avec les moyens du bord, là où je peux causer, c'est-à-dire sur l'internet. Et comme j'en ai marre des objections et réticences politiques, qu'aussi ça me dépasse un peu, je décide de parler de façon très intime et terre-à-terre de l'effet que ça fait quand on aime quelqu'un de n'avoir plus de lui aucune nouvelles du jour au lendemain et pour une période dont on ignore la durée et l'issue, tout ça parce qu'il (ou elle) s'est trouvé dans un pays lointains au moment où ça s'est mis à dégénérer.

Ce n'est pas une idée venue de rien, c'est quelque chose que j'ai vécu presque 20 ans plus tôt quand l'homme que j'aimais s'était retrouvé au Burkina  Faso exactement au moment du coup d'état qui avait porté Blaise Compaoré au pouvoir. Cet épisode douloureux de ma vie n'est pas pour rien non plus dans mon engagement : je ne peux pas ne pas me mettre à la place des proches des deux personnes retenues , parce que d'une certaine façon, j'ai connu ça. 

Je demande alors l'autorisation d'abord à celui qui est devenu mon mari et le père de mes enfants puis aux proches d'alors avec lesquels j'ai encore contact : puis-je raconter ? Parler de vous ? Préférez-vous que je change vos noms ?

La grande majorité me répond oui, oui et non.

Alors c'est parti. On est le 28 février 2005 et parce que des fois je suis un peu dingue je me promets à écrire un billet par jour temps qu'ils ne seront pas rentrés.

Souvent c'est écrit n'importe comment, terminé à 23 h 55 alors que l'heure de bouclage est minuit, mais j'ai décidé une note par jour et je m'y tiens. Je me dis aussi que c'est absurde parce que je ne raconte qu'une vaste attente angoissée, du rien, que ça ne va intéresser personne.

Un truc étrange se passe aussi, moi qui étais incapable d'écrire un vrai "je" narratif, je m'aperçois que sous le poids des circonstances, je suis comme tout le monde capable d'y parvenir. Ça ne m'est pas du tout naturel, ça arrache au passage, mais je m'y tiens et par ailleurs cet exercice quotidien me tient. La concentration de l'écriture dés lors qu'elle s'insère dans les préoccupations du moment, est plus forte que tout et m'aide à leur faire face.

Le 12 juin 2005 la libération des otages est annoncée. Je fais pendant 48 heures (jusqu'à la conférence de presse de Florence Aubenas) l'apprentissage du bonheur. Je ne connaissais pas (1). Le choc pour moi est rude. J'ignorais à quel point le bon aussi peut être violent.

Pour autant je passe le cap (quand même plus facile à faire après un événement heureux), et comme à ma plus grande surprise j'avais attrapé au fil des mois tout un lot de lecteurs fidèles, je poursuis mon histoire jusqu'à son dénouement en lui mettant un terme (sous l'effet présomptueux de l' euphorie ?) par un clin d'oeil à un auteur dont le travail me tient à coeur et me donne l'exemple.

A ce moment je sais que je vais continuer à écrire sur l'internet, mais pour du collectif fictionné,

et si je pense continuer à bloguer c'est dans l'unique idée de causer ciné.


J'ignore encore que j'ai mis le clavier dans un fameux engrenage et qu'il contribuera très fort ensuite à me sauver (si tant est que).


(à suivre et à relire - pas le temps pour l'instant, pardon pour les fautes -)

(1) Fors les naissances mais c'est compliqué car quand on est la mère on est un peu cassées et puis c'est d'un tout autre ordre.




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A l'ombre d'un marronnier (début)

En suite d'un billet de Chondre et d'un autre de Matoo. parce que je sais aussi que ce blog sert de façon un peu sérieuse à quelques personnes et que comme tout blogueur pourvu d'un tantinet d'ancienneté  je suis souvent amenée à répondre à la question, voici un billet technique, pour une fois pour expliquer.

P4040006

J'ai découvert les blogs en janvier ou février 2003 grâce à celui de Satsuki et au livre-qui-a-changé-ma-vie.

Je cherchais quelque chose le concernant, j'ignore à présent s'il s'agissait d'une légende normande ou plus prosaïquement une critique favorable sur Le Figaro qu'on lui avait fait. Mais j'étais arrivée sur un billet de blog et qui en parlait et disait fort bien certaines choses que je pensais.

J'avais lu quelques billets avant, après. Je m'étais dit intéressant. J'aime lire et c'était écrit. Satsuki n'est pas n'importe qui.

Dans les mois qui ont suivi et un ordre qu'à présent j'ignore, il y eu Milky, Christie et Sébi l'Helvète Underground dont les talents de blogueur me manquent depuis qu'il a cessé (1).

Christie m'aura mis le pied à l'étrier en m'offrant les clefs de chez elle pour un blog-sitting improvisé ; j'avais tenté de rester dans le ton et publié avec l'accord du principal intéressé une photo du fiston  à l'époque déjà ancienne :

La bêtise

ou plus écrit

La coccinelle de Christie

Plus tard, elle m'a offert mon premier m*leskine pour un texte écrit sur le thème de nos supports d'écriture.

premières amours

J'y ai repensé récemment, à présent les m*leskine existent en option "un peu mous" et je vais peut-être un jour vraiment en utiliser. La dureté de la couverture qui les rend inconfortables aux poches de cul du jean était en plus de leur côté trop chic, ce que je leur reprochais.

Merci Christie.

Entre temps et après avoir passablement résisté avec les deux obstacles qu'à cette activité je voyais :
1/ Je n'ai pas le temps ;
2/ Je n'ai aucune envie ni intention de raconter ma vie.
j'avais fini par craquer.

C'était à cause de 20-six chez qui Milky écrivait. Laisser un message y était compliqué pour qui n'était pas connecté en tant  "qu'abonné". Mon mari venait d'avoir un coup de foudre pour une laguna vendue à un prix raisonnable par un passionné de voitures qui aimait en changer. Nous passions directement du statut de pilote de 205 Junior 16 ans d'âge à celui de conducteur de voiture de luxe. Le changement de comportement de ceux qu'on croisait était évident, affligeant et drôle.

Je tenais un thème et qui tenait ... la route.

Mon tout premier billet de mon tout premier blogounet. (Passionnant et très travaillé, vous pouvez le constater)

L'idée était de faire de brefs billets, d'y passer fort peu de temps, de m'amuser et d'amuser ... et d'avoir des bonbons virtuels (2) à offrir à Milky.

J'ai ouvert ce blogounet au même moment où Ann Scott ouvrait le sien (le lien est vers son site officiel, le blog n'existe plus). Au même moment vraiment. Ce qui fit que par suite d'une fausse manipulation de débutante, je m'étais retrouvée avec sur le mien l'indication des commentaires qui arrivaient chez elle (je crois bien). Je l'avais contactée, elle m'avait aidée à dénouer les fils de cette étrange pelote bureautique que nos blogs avaient formés.

Je me disais qu'elle écrivait fort bien. A un commentaire béadmiratif de quelqu'un je compris à retardement qu'elle était écrivain.

Nous avions bien ri.

Au cours de l'été 2004 son blog est devenu comme une sorte de café virtuel où l'on se retrouvait entre amis. Elle avait rapidement pris le plis de publier des billets qui étaient des sortes d'amorces sur lesquelles les commentateurs pouvaient partir en vrille. Avec Philippe Jaeanada et Virginie Despl Despentes, qui à l'époque bloguait avec une formidable régularité malgré certaines attaques dont elle était l'objets, et quelques autres dont Pennylove on s'en est donné à coeur joie.

Ça tombait fort bien pour moi ; dans un pays où l'on n'a toujours pas le droit de choisir soi-même sa mort avant d'être réduits à n'être plus que le légume souffrant de ce qu'on fut de son vivant, mon père agonisait à n'en plus finir. Alors durant cet été 2004 au retour de journées épouvantables usine + hôpital ou intégralement hôpital quand une RTT ou un jour férié me laissaient ma liberté, pouvoir inventer des histoires farfelues parfois sans queue ni tête à 5 ou 6 fictionneurs fous parfois plus certains soirs  m'a sans doute sauvée.

(à suivre, c'est plus long, bien  plus long que je ne le croyais ...)

(1) On peut toujours lire ses photos ici.

(2) Chez 20-six gimmick qui permettait de marquer qu'on avait apprécié plus ou moins un billet.

[photo : un chantier, tout près]

Consolations (tentatives de)

ou Chacun ses cloches

hier au soir en chemin vers chez moi, puis chez moi, et maintenant pas (mais peu importe)

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consolation 1

Je les avais vues à peine 20 heures plus tôt, même si elles furent visibles vendredi dés le matin, 
j'espérais cette fois-ci les prendre avec un meilleur appareil photo que celui qui ne quitte pas ma poche ou mon sac à main.

Mais il était déjà trop tard, malveillance ou suite des travaux, la belle affiche de la veille d'un temps où les sports d'hiver ne concernaient que les plus bourgeois, n'était déjà plus qu'une trace de ce qu'elle était.

Je ne parle même pas des autres, fort celle d'Orly   , aucune n'avait survécu à la nuit.

Je me consolais en estimant avoir eu cette chance inestimable de passer au bon moment, et ce  réflexe de photographe qui m'avait fait  sauter du  train alors que ma destination n'était pas atteinte.

 

consolation 2

Un lien dont j'ai égaré le chemin, par quels ricochets m'y étais-je trouvée amenée ?, m'envoie vers la vidéo d'une sorte de prêche conférence par une neurologue USAméricaine, semble-t-il de renom, à laquelle il y a une dizaine d'années est survenue une histoire d'arroseur arrosé. Elle qui traitait des patients atteints d'accidents vasculaires cérébraux (ou du moins faisait en ce domaine de la recherche), s'est trouvée un matin atteinte à son tour. En a réchappé. A pu analyser ce qui lui arrivait avant la chute totale de ses facultés puis après un long travail retrouver celles-ci, et à présent témoigner.

Son show me déplaît. Je n'aime pas qu'on mélange explications scientifiques et attrape-sentiments. Je n'aime pas non plus les affirmations péremptoires sur les rôles séparés des différents hémisphères du cerveau. Ce manque d'espace pour les cas différents inquiète  ma latéralisation personnelle (ou son absence ou sa variabilité).

Pour autant des bribes de ce qu'elle dit me restent.

Je saisis grâce à elle pourquoi de simples paroles prononcées sans aggressivité mais dans une grande  tristesse m'avaient à ce point mise en danger , qu'en fait sous le choc de quelque chose qui dépassait mon entendement (1) mon cerveau avait abattu comme une cloison coupe-feu afin d'isoler la part assassinée. Le remède avait juste failli être pire que le mal. Je m'étais trouvée sortie de la réalité, avec l'impulsion logique de mettre fin par tous les moyens au mauvais rêve absolu qui m'enserrait.

Comprendre  ne soigne pas.  Comprendre  n'est qu'un premier pas vers une atténuation possible de la souffrance. Le diagnostic est posé. Le mal est peut-être incurable, mais au moins identifié.

Me sera-t-il offert assez de temps pour reprendre pied et réparer ce qui peut l'être d'un lien heureux qui nous sauvait ?
   

consolation 3

Je réserve sans peine une chambre d'hôtel pour Saint Malo ; comme si je croyais à mon propre futur ; comme si j'en avais sans souci les moyens ;  comme si j'allais y retrouver Wytejczk, d'autres amis très chers, ou la solution de l'énigme insupportable de sa disparition.

 

consolation 4

Il me faut tout mon art de lectrice confirmée, et qu'aussi des amis pour d'autres lectures m'attendent (2)  que je ne veux pas décevoir moi qu'on a tant déçue, afin de ne pas me laisser embarquer à fond les manettes par "La Consolante". Ça maaaarche, sur moi, encore une fois (et pourtant dieu ou son absence sait si je peste à longueurs de pages après son style foutraco-irrésisitible) et c'est une belle victoire.

(1) J'étais en détresse, j'attendais consolation, bras ouverts et tendresse et trouvais à la place froideur et rejet comme si tout ce que nous avions partagé n'avait pas existé. Nous n'étions soudain plus les mêmes personnes et j'ignorais ce qui s'était passé. Un parfait pire cauchemar.

(2) message personnel  <PS si tu passes par ici, ta pièce je ne l'oublie pas.> fin du message

[photo : station Brochant, samedi 22 mars 2008  "au bord du soir"]

Horoscope ultérieur

ce soir tard pour aujourd'hui

travail : Vous recevrez avec une stupéfiante simultanéité plusieurs propositions de travails (1) dans vos domaines de prédilection, lire, relire, écrire. Les rétributions potentielles s'étalant d'un café comptoir à un repas au resto en passant par une bière, vous comprendrez à cette occasion que la professionnalisation du fantôme passe par des voies alimentaires.
C'était mieux l'amour (voir amours).

santé : Le mal dont vous souffrez est tellement atypique que votre bon docteur n'y pourra rien. A moins que sa décision de vous envoyer consulter un confrère spécialiste ne soit une façon subtile de botter en touche l'eau du bain, le bébé, et la charrue avant les boeufs d'une  sombre annonce potentielle.  Vous vous rendrez soudain compte que ça fait deux ans et deux jours que vous n'êtes en fait qu'un revenant qui n'en revient pas.  Préparez -vous à remourir (y en a marre à la fin).

amours : Vous accepterez un surcroit de travail pour y noyer d'autant mieux vos chagrins (voir travail) .  Ils sont hélas insubmersibles.   Vous regretterez douloureusement l'époque où avant d'être un revenant frigorifié vous étiez un fantôme (délicieusement) sexué.




(1) j'ai du mal à dire travaux dés lors qu'ils ne s'agit pas de chantiers [de construction]

Il y a photo

ce soir, maintenant, là

P1280004 

J'y ai pensé aujourd'hui, alors que je déposais pour développement deux pellicules dans une boutique. Ce luxe qu'on se permet parfois, tant que c'est encore possible.

J'y ai pensé mercredi, alors qu'une amie photographe me proposait de prendre en charge des négatifs au format pour moi étrange et que j'avais recueillis dans la rue aux premières gouttes d'une pluie précédant Mendelsohn (Daniel). Elle s'y connaît en recueillements, alors depuis j'imagine que les images livreront la clef d'un beau mystère (ne rêvons pas, si on les jetait sans l'aumône d'un sac, c'est qu'elles ne devaient présenter qu'un intérêt limité).

J'y ai pensé vendredi alors qu'une autre amie, des formidables qui sont restés au moment des tourments, m'a offert autour d'une batterie dont j'avais besoin pour l'un des miens, son ancien appareil. Et qui fonctionne encore. J'ai été heureuse dimanche de le faire un peu chauffer.

Quel heureux cadeau.

J'y ai pensé l'autre dimanche lors d'une après-midi à trois pour une raison photographique. J'ai travaillé à la marge. Ça me convenait. Je me suis même sentie heureuse. Je n'étais pas seule ; je n'aimerais plus mourir.

J'y ai pensé hier, alors que Stéphanot nageait et que malgré la foule et ma place aux gradins, je tentais d'attraper les mouvements qu'il donnait. J'y ai pensé.

Et puis tout à l'heure ce billet de KMS, issu d'un autre de Philippe De Jonckheere et aussi avant, un texte d'Emmanuelle.

J'y ai pensé et repensé en lisant "Mon traître", ces instants où tout s'écroule, le peu de certitudes qu'on avait, celles concernant ceux qu'on aimait. Parce qu'à ce moment-là, j'ai trouvé moyen, dans l'effondrement et la débâcle de dire à la mort attends-moi là une image appelle. Elle n'a rien d'extraordinaire que ses circonstances mêmes. Peut-être qu'elle m'a sauvée (la mort n'est pas patiente, elle s'était éloignée).

Parce que mon père, à sa manière compliquée de ne pas vouloir y toucher ni s'accorder aucun plaisir, aimait ça, et que je l'ai toujours connu photographe scrupuleux des anciennes cousinades.

Son plus vieil appareil photo, qu'on peut voir par là, est (presque) mon seul héritage.

Parce que je sais le bonheur de la photo magique, celle qu'on n'attendait pas, pas comme ça et qui nous saisit encore même des années après. Et que je sais que Stéphanot sait (l'image de l'enfant bondissant est de lui) et que cette transmission possible m'aide un peu chaque jour.

Parce que l'ami qui m'a sauvé la vie est le même qui me mit il y a 20 ans la première fois entre les mains un réflex et que c'était formidable et cette confiance (inouïe) qu'il me faisait. C'était à l'occasion de Roland Garros où je fus assidue. J'en ai rapporté quelques photos facétieuse (1) et pas seulement sportives.

J'y ai pensé, à écrire enfin un billet, sur la photo. La place majeure qu'elle a pour moi depuis la nuit de mes temps, même si les mots me tiennent et qui en moi sont les plus forts.

Mais que pourrais-je en dire qui n'ait été dit ?

(1) mise en ligne ultérieure si je parviens à prendre le temps de les retrouver.

[photo : mon déjà presque vingtenaire Minolta Dynax 5000i et que j'use encore aux envies d'argentique]

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Le chagrin du gain

ces jours-ci, à Paris mais pourquoi pas ailleurs

billet et photo à venir

(décidément ça ne s'arrange pas, en fait c'est pour ne pas oublier l'idée venue alors même que je dois aller dormir de toute urgence).

Désemparée par la bonne nouvelle, j'ai eu une mesure d'incapacité blanche bien plus longue qu'une demi-pause, mon coeur ne battait pas plus que ça, je n'éprouvais rien d'autre qu'une pure stupéfaction en cours ou prévue (car avant d'entrer j'ai su, j'avais pensé, Pourvu que le chèque ne soit pas à aller chercher à l'autre bout de Paris, puis aussitôt, c'est donc que j'ai gagné - c'est que je passais à l'officine un midi d'usine, et devais me hâter -).

Heureusement la préposée aux gains était joyeuse pour deux,

- Je vais devoir vous faire un chèque, me confia-t-elle d'un air gourmand.

Un peu plus tard elle m'annonça une somme, de celles qui ne changent pas une vie mais deux fins de mois si.

J'ai probablement fort mal remercié, bien insuffisamment, fait cependant tous les gestes requis par ailleurs sans rien oublier, puis me suis retrouvée à marcher vers l'agence bancaire où je pourrais sans tarder déposer avant de le perdre, ce qu'au loto j'avais gagné.

Je pleurais.

Ce n'était ni de joie, et pas même d'émotion.

C'était le souvenir d'un film (1) qui ravivait soudain le chagrin avec une violence inouïe. L'histoire en est celle d'un milliardaire lassé de la rapacité de ses courtisans et qui organise qu'à sa mort 8 personnes soient tirées au sort dans un annuaire à qui sera attribué un million chacune.

L'un des millions échoie à un homme jeune, qu'on voit en cellule. Il est condamné à mort. Je ne sais plus comment on l'apprend mais on pige qu'il n'a commis de crime que dans une tentative désespérée de se procurer de l'argent, il a une femme et peut-être un enfant (ou bien elle en attend un, je n'ai pas revu ce film depuis au moins 15 ans).

L'annonce de son gain le fait bondir de joie, sauvé, sauvé, je vais pouvoir me payer enfin un bon avocat, on saura que je ne suis pas si coupable que ça. Sa femme partage ce bonheur infini d'une providence confirmée.

Seulement le bourreau vient et l'escorte assortie. Le gars est condamné à mort, la sentence et lui doivent être exécutés, peu importe qu'il soit ou non désormais millionaire.

Je risque infiniment moins que cet homme, à présent en tout cas. J'ai d'ailleurs également gagné 1000 fois moins au moins. Mais l'enjeu ressemblait. J'apprenais et la bonne nouvelle et qu'elle ne changerait en rien l'attitude implacable de qui m'a condamnée.

Tout s'est passé comme si intérieurement, j'y avais cru. A un retour possible en même temps que la chance.  Quand bien même longeant la Bourse qu'il me fallait moi-même contourner, Wytejczk fût au même moment passé, je ne l'aurais pas vu tant je fabriquais de liquidités [occulaires].

Il ne me restait plus à prévenir qu'un seul de mes amis et ce n'était plus lui.

   

(1) If I had a million de Cruze, Humberstone, Lubitsch, Mc Leod, Roberts, Seiter, Taurog, Mendes, + une douzaine de scénaristes, 1932

I'm afraid I've missed Tom

near home, today

Pict0002 BILLET QUAND ÇA POURRA

Ma vie est si pleine et en même temps si vide, je cours si vite pour que l'ombre du chagrin ne me prenne plus pour proie, que j'en oublie parfois d'habiter chez moi.

C'est avec la légère surprise de qui voit un élément anodin de ses courts parcours changer,  que j'ai constaté qu'un mur jusqu'alors d'un gris ciment parfait était devenu tout  blanc.

Peut-être qu'il en est ainsi depuis 3 bonnes semaines et que je n'en ai rien vu.

Dans l'absolu peu me chaut, si ce n'est que le gris pardonnait quand le blanc encaisse et que très prochainement il faudra s'attendre à longer un mur sale quand auparavant il se faisait absent.

Seulement voilà, depuis qu'en CM2 (1) une institutrice formidable nous avait fait lire Tom Sawyer, je ne sais plus entrevoir un mur blanc sans songer à lui qui punit par sa tante (Polly ?) devait repeindre la barrière de la maison où ils logeaient et avait si bien fait croire à ses copains qu'il s'agissait d'un grand privilège et d'un amusement parfait que ceux-ci au bout du compte l'avait supplié (voire même soudoyé ? Il me semble qu'en tout cas il y gagnait au moins une pomme) pour pouvoir à leur tour essayer.

Alors à voir ce mur non loin de ma maison, je pense inévitablement que j'ai dû louper Tom, qu'il n'était pas bien loin, qu'il a hélas pour moi travaillé trop vite, que j'aurais bien aimé le convier dans ma cuisine ou Huckleberry Finn s'il avait été là. Ils m'auraient raconté leur monde et moi à eux le mien.

Je suis certaine qu'internet leur aurait plu très bien et qu'ils en auraient rapidement fait les plus beaux mauvais usages possibles. Et puis je pense que j'ai échoué à faire croire aux miens que les corvées ménagères étaient des privilèges (quel dommage, à croire que je ne sais pas y faire) et j'ai dû lâcher le ciel et éplucher les pommes-de-terre.

Il faudrait que je relise ces livres. Presque 35 ans plus tard, leur souvenir est encore tout frais, mais de nombreuses péripéties s'en sont échappées. Et cet humour que Mark Twain avait, que déjà enfant j'appréciais, et qui devrait toujours convenir à l'adulte fatiguée que ma vie a engendrée.

Peut-être qu'ils plairaient bien à Stéphanot, aussi.

Ce matin en partant pour l'usine, je suis passée près du mur blanc ; exprès. Je voulais vérifier que je n'avais pas rêvé et que ce n'était pas un souvenir du livre, soudain et très fort qui m'aurait fait imaginer ce blanc étonnant.

(1) ou CM1 la précision de ma mémoire ne va pas si loin.

[photo : in situ]

De l'autre côté en bas à droite

hier au Louvre, puis en cuisine

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billet en chantier, suite dans la soirée

finalement non, trop pas le temps, restera donc en l'imparfait état.

Je rêve de Wytejczk en manteau de fourrure d'un animal rare et qu'on ne devrait pas tuer. A l'instant où je pense que s'il a à ce point changé son absence à mes yeux ne devrait plus compter, survient le réveil, coupant et cruel, un réveil en cran d'arrêt (1).

Ça augure mal de la journée.

Mais c'est un temps de liberté. Quand on l'a ainsi qu'un peu de santé sur laquelle s'appuyer, il est toujours possible de réagir et s'en tirer.

Je propose donc à Stéphanot un Louvre impromptu. Nous y filons sans plus attendre.

Une expo. qu'il choisit m'y sauve. Rien ne vaut une séance d'irradiation par la beauté pour chasser le vulgaire du monde, et les pensées mortelles.

Un brin de bonheur en profite pour se glisser par la porte entrouverte, c'est un jour de livres envoyés et reçus, quelques Gracq et un autre joliment personnalisé (2), un jour de livre découvert comme par hasard,  comme un Noël, un vrai.

"Non siamo soli" chante un type de mon âge dont l'accent et la voix me vont (3). Je m'efforce de le croire. Et me laisse tenter sans remords ni regrets par l'arnaque marketing.

Il sera temps demain, de retomber sur terre, se heurter au désert, se confronter à nouveau aux absences, aux trop-pleins, aux cruautés et aux violences.

(1) je n'en suis pas certaine mais il me semble que la formule est de Tonnino Benacquista.

(2) merci x 1000 (au moins). Bien arrivé (enfin).

(3) même si les airs sont nuls et les arrangements primaires, je sais (il y a des daubes qui font du bien ; elles nous rincent les neurones et peuvent nous faire croire qu'on va presque bien. C'est de l'art simple et nécessaire)

[photo : au Louvre, vendredi 28 décembre 2007]

Avis de chute de livres force 4 mollissant 2 à 3 en fin de nuit

Nuit de vendredi à samedi, chambre à coucher

message personnel : Kozlika, je ne t'en voudrais pas si tu ne lis pas ce billet (les autres non plus d'ailleurs, mais disons celui-là particulièrement pas)

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J'avais bien remarqué qu'à force d'entasser sous prétexte de ranger et qu'on évite de marcher dessus, l'empilage atteignait un niveau critique.

Mais tout ce que j'avais songé à faire était ... de le photographier.

Il existe plus grande efficacité, je sais. Peut-être que je souhaitais concurrencer ce personnage d'Edgar Poe (1) qui meurt enfoui sous ses livres. Peut-être que les objets réussiraient là où l'un de leurs auteurs a échoué (2). Je n'avais aucune crainte pour les enfants, c'est un endroit de la maison où ils passent rarement.

Je me disais que les bouquins sauraient sans doute faire cet effort de tenir jusqu'au prochain dimanche pendant lequel j'espérais avoir enfin un peu de temps à consacrer à leur mieux-être et classement.

C'est juste qu'ils n'ont pas su ; que j'avais sans me rendre compte dépassé de l'équilibre les bornes, que peut-être deux d'entre eux se souvenaient d'une inimitié sauvage entre leurs créateurs, qu'une vieille rancune concurrentielle s'est entre eux réveillée alors que nous dormions.

Dans la nuit soudain un bruit de chutes combinées en cascade décalée. Pour nos voisins se fut sans aucun doute du plus bel effet.

Habituée aux nuits partagées avec un cauchemardeux de compétition, je n'ai pas bronché. Il est vrai que les livres en tombant cassent rarement fors les très vieux aux fragilités singulières, mais cette zone d'attente n'en comportait pas. Je connais mon désordre sur le bout des doigts.
C'est le cauchemardeux, courageux, qui s'est réveillé pour en ramasser, de surprise il en oublia même de maugréer.

J'ai fait par la suite quelques rêves inavouables d'un paradis perdu où ils vivent aussi en semi-liberté. Pourvue d'une besace en malheurs trop chargée, j'en fus bannie l'an passée pour m'être trop approchée d'une pome ignorée. Ceux qui avaient cette nuit tenté de bouger espéraient-ils rejoindre là-bas leurs frères ? J'aimerais en douter.

Au matin j'ai déploré n'avoir plus aucun inconnu du Milan-Paris à qui le raconter. Il aurait su avec humour et bienveillance enfin me conseiller, non sans avoir au préalable ri aux éclats de ma mésaventure. Exactement ce qu'il fallait.

A présent qu'il n'est plus, je dois faire avec ; ou plutôt sans. Et envoyer en attendant mes livres en cours du choir (3).

   

   

(1) dont j'ai hélas oublié le nom ainsi que le titre de la nouvelle concernée. D'ailleurs me vient un doute, était-ce bien d'Edgar Poe ?

Pourquoi pas Cortazar après tout ? Buzzatti aussi, aurait pu l'écrire.

(2) VPJ je tiens à préciser. Ne fera probablement rire qu'une seule personne mais bon tant pis.

(3) L'expression n'est pas de moi mais de Raymond Devos. J'abuse un peu, je sais. C'était simplement trop tentant.

[photo prémonitoire prise la veille au soir]

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Telle une Tour Eiffel cachée

Ici et maintenant

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Alors que je sortais hier du métro pour une course brève et amusante dont la nécessité cependant m'affligeait, la Tour Eiffel en me voyant arriver s'est cachée derrière l'immeuble le plus proche.

Elle en a assez d'être par moi et quelques autres, sans arrêt photographiée. Je la comprends, remarquez, mais elle n'a qu'à pas être si belle de l'art des ingénieurs qui m'a jadis tant motivée.

(pas de chance pour elle, elle dépassait)

Tandis que Samantdi met la dernière main dans ses récents billets ( billet du 10 juillet , billet du 8 juillet ) au concept révolutionnaire de "blog à l'intérieur des commentaires même", je m'apprête à imiter l'illustre dame en fer, et à tenter de me planquer :

quand mon temps est libéré, j'aime commencer mes journées de travail par de l'écriture courte puis passer à la concentration longue de celle pour papier ; j'avais donc pour ce blog rédigé un billet ce matin comme tant d'autres.

Seulement ce qui est venu était trop personnel et concernait d'un peu trop près d'autres que moi, dont je ne souhaite pas parler (1) de peur de les froisser. J'ai déjà fait par ailleurs tant de dégâts "à l'insu de mon plein gré".

Comme je n'ai pas le temps matériel d'écrire sur tout autre chose, j'ai un programme en retard et chargé, je me vois contrainte d'innover : je vous propose ainsi le concept du billet publié du billet non publié.

Après tout, c'est jour férié ...

(1) à moins de transposer au point qu'eux seuls puissent au pire des cas se sentir vaguement concernés.

[photo : la Tour Eiffel vue du musée Guimet]

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