De la peur (retrospective) à l'action (projetée)

Ce matin, tôt + 10 jours plus tôt + mardi prochain (?)

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1. Je possède peu de bijoux. Ce n'est pas qu'un manque de fortune ou une preuve supplémentaire que mon mari a servi d'inspirateur pour le personnage de Luchini dans "Le coût de la vie", c'est qu'aussi un bijou n'a pour moi de sens que s'il me parle de quelqu'un (généralement qui me l'a offert) marque un événement précis (1) de façon à prendre courage pour la suite à sa vue.

2. Pour autant, je fréquente régulièrement (une fois tous les 9 mois - 1 an) une bijouterie voisine.

3. Ma montre que j'ai depuis longtemps parfois s'arrête net : la pile est à plat.

4. Les bijoutiers sont accueillants. Ils ne marquent pas leur déception quand ils voient que je ne viens que pour une brève manipulation d'un objet qu'ils n'ont pas vendu et pour laquelle ils ne gagneront (presque) rien.

5. Depuis 25 ans voire plus, notre radio-réveil est branché sur la même radio qui jadis correspondait aux jeunes que nous étions et désormais nous exaspère. C'est très efficace pour se tirer du lit.
Une période France Inter du temps où je l'appréciais c'était traduite par des retards fréquents.

6. A nos heures du matin cette radio passe quelques minutes d'informations aux heures piles et aux demies.

7. A la veille du 1er mai, ma montre s'était arrêtée.

8. Au matin du 30 avril, quand à la bijouterie nous étions passés, celui qui sait changer les piles vite et bien, était absent. Nous sommes convenus avec la commerçante (sa femme ?) que nous lui laisserions la montre et viendrions la reprendre dans l'après-midi.

9. Ce jour-là, j'ai bien travaillé. Complètement oublié.

10. Le vendredi suivant (jeudi était férié) c'est Stéphanot qui, serviable, s'est gavé la corvée d'aller récupérer la tocante, j'avais différents rendez-vous pour (tenter de) soigner quelques choses de ma carcasse  et  son contenu.

11. Réveillée ce matin par l'annonce d'une fusillade, hier, à deux pas. La bijouterie a été victime d'un braquage, les forces de l'ordre comme ils disent (2) sont intervenues, heureusement pas de victimes, malgré la panique consécutive qui a autorisé la fuite (à pieds) des malfrats, délestés de leur bref butin.

12. Ma vie et ses aléas et mes (mauvaises (?)) fréquentations ont beau m'avoir rendue imperméables aux craintes sécuritaires, la peur rétrospective m'a fait bondir du lit.

13. Désormais j'irai seule  chercher (ou déposer) ma montre.

14. Je pense en passant que les braqueurs devraient éviter les zones de fêtes des mères. En cas de dérapage, potentiellement, c'est encore plus moche.

15. Et soudain, parce que la vie est courte, et peut à tout moment basculer pour une pile usée, de mauvaises circonstances, des combinaisons fatales même si on est en bonne santé, la décision de ne plus me résigner à attendre Wytejczk, ni non plus fataliser de ne l'attendre plus.

16. Une idée avait germé depuis la veille l'usine, elle-même issue du week-end qui précédait.

17. Je n'en étais pas consciente. L'information captée l'aura catalysée.

18. Advienne que pourra.
Et sans doute rien (pour changer). Au moins j'aurais tenté.

19. Une bijouterie, des pieds-nickelés, un chien, un chagrin.
A quoi parfois nos (ré)actions tiennent ...



(1) Si un jour je parviens à vivre enfin de mon vrai travail virtuel (!), je raconterais peut-être.

(2) Ce n'est pas bien, je sais, mais un vestige d'esprit matheux ne peut s'empêcher de me faire associer les contraires dés lors que j'entends ce type d'expressions toutes faites. Aux faiblesses du désordre, je dois donc un sourire.

[photo : 20 avril 2007, circulation agitée après un autre (type de) fait divers mais au même endroit]

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Comment je ne me suis pas fait inviter à prendre le thé avec Jean-Pierre (le pauvre s'il savait)

Cet après-midi, là où je ne sais pas flâner

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Je reviens d'un des lieux amis où j'aime à trouver refuge. Il fait beau, c'est pour moi jour de congé, j'ai déjeuné en fort bonne compagnie, me suis d'ailleurs attardée et une combinaison de circonstances m'a pourvue d'un gâteau 1/2 que je transporte allègrement dans un petit carton de pâtissier. Ils  sont succulents, j'en sais quelque chose, la demi manquante c'est moi qui l'ai mangée.

Le moment partagé m'a offert bon moral, le soleil de mai complète le travail, je me surprends à rêver qu'il fait un temps parfait pour rencontrer Wytejczk, qu'il serait surpris mais pas mécontent, aurait deux courses urgentes à boucler mais me donnerait ultérieurement rendez-vous à l'Imprévu qui porte bien son nom. Qu'on reprendrait notre relation là où nous l'avions laissée, qu'il ne me parlerait de sa disparition que quelques années plus tard, mais qu'en attendant nous serions tout entiers au bonheur de nous retrouver.

Ce rêve éveillé n'est pas obsessionnel (1), il provient juste de la conversation qui précédait et évoquait un certain Robert que j'aime beaucoup lire, croisais régulièrement à l'automne dernier dans ce même quartier et n'ai plus revu depuis, ce qui semble à mon grand regret constituer un solide début d'éternité.

J'ai juste opéré un tendre glissement sur l'identité du croisé espéré.

Je n'ai d'ailleurs pas le loisir d'en profiter : j'aborde un kiosque qui aux jours de cours de danse me voit parfois cliente et manque alors de foncer dans Jean-Pierre B. qui s'en extirpait (2). Il  semble en mode "On m'a invité pour le thé mais je suis trop d'avance et j'ai peur d'importuner si j'arrive avant l'heure, alors tiens si j'achetais le journal et en prenant mon temps et puis fumer une cigarette maintenant qu'on ne fume plus dedans (3)" à moins que ça ne soit la variante "J'habite le quartier et le plombier est enfin passé, mais bon sang que c'est bruyant, je n'en peux plus, pas moyen de se concentrer, je sors prendre l'air".

La conversation qui précédait m'envoie en zone éclat de rire, que je retiens, qui se mue en sourire mais dont je crains qu'il ne puisse être interprété comme moqueur (ce qu'il n'est pas du tout, ce n'est pas celui que je croise qui me fait rire, mais l'enchaînement entre la coïncidence et sa presque prophétie), j'éprouve le besoin de dire quelque chose,

stoppe in-extremis un :

- Ah ben vous tombez mal c'est Robert que j'attendais.

réprime un facétieux, mais qui au fond est sans doute juste :

- Vous pouvez y aller, François s'impatiente.

 

évite un tentant mais en raison du demi peu hygiénique :

- Tenez, voilà les gâteaux, et mon bonjour à Mélanie.

et ne trouve la bonne réplique :

- Parlez-moi de la pluie, je vous en prie.

qu'au moment où après avoir répondu par une esquisse polie à mon sourire incontrôlé il m'a depuis plusieurs pas dépassée et tourne le coin de la rue que je viens de quitter.

Par crainte de déranger et manque de répartie acceptable voilà perdue une occasion rêvée de prendre le thé avec lui.

Ma foi tant pis (et tant mieux pour ceux qui m'auraient subie).


(1) En plus que rien n'interdit de bloguer en méthode Coué.

(2) C'est l'un de ces kiosques en décor de "typiquement parisien" auxquels les annexes (présentoirs de cartes postales, de quotidiens et légère extension) rendent l'accès peu aisé dés lors que les clients sont plus de un ou deux.

(3) Le dernier point est une extrapolation absolue, j'ignore en fait s'il fume.

 

[photo : sur zone mais en février]

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Never more

Sur les Grands Boulevards, dans différents cafés, il y a deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans ...

(j'avoue avoir un chouille fictionné et condensé à 1, 17 ; en revanche non transposé, distillé une seule fois, filtrage à froid, vieillissement en tête de bois). Pour une fois la forme (une "note en tu") est délibérée, même si ça peut paraître un peu surfait, c'est le meilleur moyen narratif de préserver toute identité.

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Tu m'écrivais, Allez on se voit, appelle-moi lundi (ou jeudi ou Est-ce que vendredi ça te va ?). Il y avait une vraie raison ou il n'y en avait pas.

 

Il y eu un temps où mon père se mourait et là, tu téléphonais, Je peux passer tout à l'heure, c'est bon ?
Tu l'as fait au jour précis où son transfert de l'hôpital de banlieue où son cas les désemparait vers Jeanne Garnier en soins palliatifs se révélait plus compliqué que prévu, que tout le monde avant m'avait appelé comme un messie possible et où je ne savais plus à quel saint me vouer en plus que sauf pour Rita je crois qu'ils n'existent pas. Quoi qu'il ait pu se passer après, je ne l'oublierai jamais.

Tu passais donc comme ça me prendre à l'usine que je quittais avec une légèreté qu'aux autres jours j'ignorais. J'admirais ta ponctualité. Je sais et déjà savais combien il est difficile d'être à l'heure dés lors qu'on écrit (ou qu'on peint ou qu'on compose bref ces travails dont pour passer à autre chose il faut s'arracher). Tu me surprenais par ta rapidité, matérialisée près de moi comme si la rue n'avait qu'un pas.

On avait choisi d'avance le café (Le jaune ou le rouge ? (le noir n'existait pas)) ou pas. Tu attachais ton vélo aux grilles du métro, quand tu n'étais pas venue à pied.

On buvait des bières que souvent tu payais. Parfois tu faisais ta bourgeoise, choisissait un vin blanc et ça me faisait marrer. Mais je m'en tenais à la bière, fièrement, avec ou sans Picon.

Je m'étais promis que quand pour moi ça marcherait, ça serait mon tour de régaler.

Mon tour ne viendra pas. Une part tient de nos histoires personnelles et n'a pas sa place là, une autre du déterminisme social contre lequel je me battrai jusqu'à mon dernier souffre puisque finalement il m'en est resté. La dernière est dicible et vient tout juste aujourd'hui de changer.

Parce je ne fume pas. Parce que tu fumais.

Tu n'avais encore ni arrêté ni arrêté d'arrêter.

Le plaisir c'était de papoter des heures, reprendre un coup, tu en allumais une, puis bien plus tard une autre et enfin un café, une dernière pour la route, relançant la conversation. La première fois tu m'avais demandé si ça me dérangeait. Ben non, sans doute pour un motif peu louable et pessimiste qui est qu'estimant l'air passablement et dangereusement pollué, je pense qu'on n'est pas à ça près et que mon cancer ultérieur sera problablement plus dû au stress d'une vie trop laborieuse, des particules émises par les diesels sur le périph. que j'entends d'où j'écris, de la radioactivité ambiante du lieu de mes vacances, de l'amiante dans les bureaux où j'ai perdu tant d'heures au nom de mes fins de mois, bref de tas d'autres saloperies bien plus toxiques que ton tabac blondinet. Quant à l'odeur, si je n'étais pas enceinte, je pouvais la supporter.

Parfois tu tombais à court, le plus souvent de briquet, égaré ou vidé. J'avais repris cette habitude de jeunesse d'avoir au fond du sac à main de quoi secourir le fumeur en détresse. Ce n'est pas parce que je ne possède pas cette dépendance-là que je n'en tiens aucune. La mienne est aux livres. J'imagine donc la frustation du consommateur de tabac à l'aune de la mienne quand une attente s'ouvre devant moi sans lignes imprimées pour l'accompagner. C'est insupportable, alors si je peux lui épargner ça, je le faisais (1) volontiers.

Souvent tu l'oubliais, et demandais du feu à une table voisine. Je m'amusais des regards à mon égard interrogateurs de ceux qui te reconnaissaient (2) et savourais mon anonymat (3). Plus sérieusement j'ai toujours, je crois, aimé assister à ces échanges rituels pratiquement silencieux entre gens de fumée,  le paquet tendu pour en offrir une (et jadis, classe ultime, l'étui à cigarettes qui s'ouvrait (dans les films (5)) d'un geste élégant), la main habile allumant l'extrêmité prête à rougeoiller quand l'autre a déjà le filtre au bec, les coups d'oeils échangés parfois faits pour charmer, les merci dits ou muets. Je nous trouve nous autres un peu bêtes, les tenants d'air frais, avec nos riens à échanger. Les chewing-gums s'est pas pareil (4) et ça donne l'air bovin.

Alors voilà on partageait du temps comme ça, on se parlait sans compter,  nos contraintes familiales seules limitaient les heures, ou parfois pour toi, un travail à boucler. Mais je t'avais fait rire et tu y arriverais.

Si jeudi tu m'appelles et me dis, Tu es d'usine ? Je peux passer, que j'accepte avec joie, que nous nous retrouvons, je prendrai une bière et toi un court café, non pas un café ça te donnerait trop envie de fumer, remarque une bière aussi, oh allez un Coca. - Tiens je croyais t'aimais pas ça ? - Ben en fait non mais c'est le seul truc que je peux boire sans avoir envie de fumer, ça doit être parce que c'est sucré, donc un Coca et nous parlerons le temps de nos boissons. Puis tu seras nerveuse, rien à voir avec la conversation, tu auras envie de sortir, je le sentirai. J'irai discrètement aux toilettes pour tenter le sursis, si à mon retour à table je te vois dehors en train d'écraser un mégot au cendrier, peut-être qu'on pourra encore un peu rester, mais peut-être aussi que tu diras, il se fait tard, je m'en vais. Le bon moment entre amies en sera raccourci.

On ne rallonge pas nos vies en rendant leurs bonheurs brefs, on rend seulement nos jours plus gris.

(1) Le passé n'est pas lié aux lois promulguées mais à mon manque de budget devant des prix devenus prohibitifs. 

(2) C'était avant que je ne devienne une stâââr de la blogosphère (non je rigole, en fait c'est une allusion personnelle à une série de coïncidences grenbloises l'an passé)

(3) Schadenfreude

(4) malgré un gros effort récent des fabricants pour les présenter en paquets ordonnés. J'ai du mal à croire à un pur hasard.

(5) Parce que dans la vraie vie j'imagine que plus souvent qu'à leur tour ils le faisaient avec difficulté, tombaient parfois, et que les clopes n'en finissaient plus de se casser la gueule. merci Alain pour le terme envolé.

[photo : l'un des cafés, mais récemment, et plus tard qu'au bord du soir]

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Les boules (à zéro et ailleurs)

Rue Laumain hier à la nuit

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Ça m'est tombé sur les épaules en sortant de la librairie
. Il y faisait chaud, on venait d'écouter une remarquable lecture,
il y avait du vin (italien) et quelques personnes que je ne connaissais guère mais avec lesquelles il était agréable de converser : ce qui nous réunissait c'était la passion des livres, et particulièrement ceux de l'un de mes pays.

   
Je me sentais à ma place. Pour une fois.

 


Et puis voilà, je dois partir, je sors et c'est la nuit et novembre. Même s'il ne fait pas froid, je l'ai à l'intérieur celui-là, depuis 9 mois et plus en fait. J'essaie de penser aux phrases, aux mots que je viens d'entendre. Non qu'ils soient très réconfortants, l'écriture de
Vitaliano Trevisan  est impitoyable et son humour d'un désespoir brillant, mais c'est tout autre chose que mes tristesses et tracas. Je me sens mieux au loin de moi.

   

Comme les extraits lus étaient formidables, les paroles prononcées me reviennent facilement. Et même dans l'oreille le son de sa voix qui est posée et qu'il maîtrise en lecteur ou acteur averti. Il porte le crâne rasé, celui qui l'accompagne aussi.

 

L'absence de cheveux met en valeur son regard, calme, vif. Il m'a intimidée, un peu. Sans doute aussi car je n'ai encore rien lu de son travail. J'étais précisément venue pour apprendre.

   

Absorbée par mes pensées, je ne vois ni n'entends la voiture sur ma gauche qui surgit de ce que j'ai cru un porche quand il s'agissait d'une rue dont la sortie passe en dessous d'un immeuble.

 

Heureusement l'endroit est étroit et elle ralentissait déjà. Elle s'arrête et je recule. Tout se passe bien, à peine le temps d'un éclat de peur.
Mais j'ai repéré la rue, que je ne connaissais pas, ce qui n'est pas sans m'étonner car je fréquente ou j'ai fréquenté assez souvent ce quartier, l'an passé pour militer, depuis de longues années pour un cours de danse où je suis assidue, sans parler d'une call and internet-box accueillante qui me sert de refuge proche et loin de l'usine exactement comme il convient.

   

Je l'emprunte, appareil photo déjà en main sans que j'ai rien fait pour, un vieil automatisme.

 

La ruelle est pavée et peu fréquentée. J'en profite pour quelques essais, avec flash ou sans, ou adouci. J'essaie de capter l'humidité sur le pavage, les reflets que ça a et que j'aime.

   
Certaines fenêtres sont allumées et sans rideaux, j'entrevois une bibliothèque qui atteint le plafond. Je rêve que j'y habite et d'une toute autre vie. Je pourrais aller au travail à pied, luxe inouï. Ou plutôt non, si je logeais dans ce quartier j'aurais un tout autre métier, enfin un vrai.

   
Mes divagations prennent fin avec le chemin. Je sais qu'il me faut aller vers la droite pour rejoindre les grands boulevards et le plus
proche métro. Je dois faire sans traîner je vais à un concert, Dominique A , au Bataclan.

 
Je tourne, range l'appareil, reprends un pas hâtif. Ce n'est qu'au bout de 10 ou 20 bons mètres que je prends soudain conscience de mettre mes pas d'un soir dans mes pas d'antan. Je n'ai pas besoin de lever les yeux, ce trajet m'est familier ou plutôt me le fut. Le rêve s'efface, le chagrin revient. J'accélère comme on fuit.

   
J'atteins le métro comme un nageur essoufflé le bord du bassin qu'il traversait à bout de forces. Comme une compensation, la chance me sourit, une rame arrive quand j'aborde le quai. Tout va alors vite, je suis en retard sur l'horaire du concert, la première partie est déjà finie, mais je peux ainsi sans tarder entrer dans la salle, trouver une place dans les hauteurs et un coin où je profite du noir pour me laisser aller ; à pleurer.

   

Les paroles s'accordent à mes sentiments, le chanteur chauve pourtant plaisante avec son public. Je m'amuse de son apparence si conforme à celle de l'homme qui tout à l'heure lisait. Peut-être ont-il le même âge, s'agit-il d'une mode de génération.

   

Parmi nous, visiblement des connaisseurs dont certains n'hésitent pas à lui réclamer telle chanson, tel morceau, de ceux de ses débuts. Il esquive ou s'exécute, non sans humour. On rit.
A nouveau j'ai moins froid. J'aimerais rester longtemps mais le départ vient vite. Les rappels sont ceux prévus.
Pas plus.

   

Alors reviens la nuit, la pluie et marcher seule dans la nuit chauve fauve.

[photo : in situ, une des tentatives de pavés mouillés (résultat décevant)]

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Les clos de hurlements (1) (Howling heights ?)

               
S'il est aisé pour qui a de la souffrance et tendance à la liquéfier de trouver en ville toutes sortes de lieux pour pleurer en toute quiétude, en passant je vous déconseille fortement le métro où il se trouve toujours une âme consolatrice, je soupçonne Wim Wenders d'être passé par là et d'y avoir semé quelques anges en mission,
le tissus urbain manque cruellement d'endroits clos où hurler en paix.
      
Fussé-je fortunée, j'ouvrirais sans plus attendre un cyber-café doté en sous-sol de salles individuelles mais suffisamment spacieuses afin qu'une personne claustrophobe puisse venir comme une autre, dûment insonorisées, où pour une somme la plus modique possible on pourrait venir crier sans déranger personne.
         
Je ne suis pas née de la dernière pluie, ni même de l'avant dernière ou encore de celle d'avant, je me doute que ce que les murs entendraient seraient plutôt de basses injures, d'honteuses invectives et de la haine crachée, mais au moins y trouveraient un havre les amoureux éconduits qui pourraient sans inquiéter quiconque hurler leur désespoir, en évacuer un peu, appeler à perdre haleine la personne qu'ils ont perdue et les endeuillés leur dernier mort.
            
Ca ne serait pas remboursé par la sécurité sociale mais ça contribuerait sans doute à n'en pas accroître le déficit, ni non plus les statistiques policières de coups et blessures.
 
De ses salles de libérations de nos ancestrales douleurs, les murs seraient bien entendu sérieusement capitonnés, on veillerait que chacun en sorte physiquement en bon état et qu'ensuite, selon les nécessités et les tempéraments, une tisane douce, un narguilé ou un sérieux cordial soit offert par la maison, ainsi qu'une bribe de conversation au coin d'un comptoir afin que personne ne se retrouve directement livré à la solitude noire du dehors et que chacun ait repris ses esprits avant de poursuivre son chemin de croix ou d'autre chose.
      
 
(1) oui, bon, je sais, d'accord.
Emily, I do apologize I just couldn't help I just suffer from a chronic severe sunday evening five and later o' clock blues, these kind of things are part of it

Mortel marketing

mardi 4 avril 2006, intérieur jour puis nuit mais toujours en cuisine
      
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16 h 46
Stéphanot, bon enfant, remonte le courrier en rentrant de l'école. Il le dépose sur la table de la cuisine, là où tout finit toujours par arriver, salue Eugène au passage et se dit en voyant deux enveloppes à des formats de livres que sa mère sera contente, elle qui les aime tant.
Puis il craint d'être en retard pour l'entraînement à la piscine. Alors il file.
   
23 h 56
Le coeur déjà chancelant d'une simple chanson qui faisait le rappel (1), je rentre d'un concert, très beau, en italien. Décalquée de fatigue, le jour d'usine dans les pattes plus le spectacle et le retour, aujourd'hui en métro.
Pourtant il me saute aux yeux ;
le paquet.
En fait il y en a plusieurs, aussi quelques factures et un document sérieux que j'attendais non sans impatience et qu'à l'enveloppe je reconnais.
De paquets, c'est comme s'il n'y en avait qu'un.
      
Je ne vois que lui. La flamme tout près du timbre est celle du journal où Wytejczk travaille.
Je ne trouve pas illogique qu'il me fasse suivre un livre, allez savoir pourquoi. Sur le coup, je pense à un cadeau, peut-être commercial mais dont il aurait eu l'opportunité et qu'il aurait pensé à m'envoyer. Sa façon de me dire que tout va bien, et aussi qu'il ne m'oublie pas, même si comme je pressens, sa vie l'entraîne ailleurs.
L'enveloppe est déjà dans mes mains, ouverte en déchirure. L'impatience rend mes gestes précipités et brutaux.  Il y a deux livres, et puis une lettre.
   
Je l'ouvre à son tour, non sans solide fébrilité. Las, papier chic à en-tête et phrases presque standards, signées d'un inconnu avec moi "bien cordial" et qui me stipule que ma participation à leur dernier forum en ligne me vaut cette récompense plutôt inattendue.
L'un des ouvrages faisait partie de ceux que déjà j'avais failli acheter, différant l'opération par prudence financière.
Ce cadeau est donc plutôt (très) bien choisi.
         
Pourtant il me tombe des mains, celles-ci soudain trop occupées au geste intemporel de retenir ses larmes en y plaçant la tête. J'avais cru. J'avais cru à quelques nouvelles que mon ami enfin m'envoyait. Eût-il été d'or massif ou même de platine, que le bouquin n'aurait pas mieux retenu mon attention, ni fait obstacle à mon chagrin.
Marketing, quand tu nous tues. Je piquerais bien à Paul son plus beau pistolet.
Sans illusion mais plutôt par acquis d'un reste de conscience, je feuillette les deux ouvrages à la recherche d'un éventuel message qu'on y aurait glissé.
      
Je ne trouve rien (bien sûr).
    
C'est décidé, demain je passerai au journal pour prendre des nouvelles de mon ami coursier ; le silence a assez duré. Si je ne veux pas mourir il me faut le briser.
En attendant, je dors. Mon coeur bat mal, en contrepoint. Le sommeil me console. De mes rêves je ne sais plus rien.
 
(1) la même que là, cette précision n'est pas fictive (!) :

French Breakfast

    
Clichy the Garenne, this very morning
   
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Au coeur de mes difficultés, j'appréhende les réveils, l'instant cuisant de la conscience retrouvée et son accès d'extrême solitude. Je tente de m'en secouer en me levant tôt pour accompagner Stéphanot à l'école bien que ma présence, étant donné son âge, ne soit plus nécessaire. Ce n'est pas une contrainte, plutôt un plaisir. Nous devisons tout au long du trajet. Temps partagé où en m'annonçant ce qu'il en attend (un devoir, à recevoir ou à rendre, une excursion scolaire, une séance de sport ...) il se prépare à sa journée active.
         
En chemin de retour j'achète le pain, parfois un croissant, et surtout les journaux, jours fastes un magazine.
       
Ce matin c'était juste Libé. Depuis juin, c'est souvent Libé. Je n'y prends pas tant des nouvelles du monde que de ceux que j'ai aimé côtoyer en travaillant, une rude saison militante et passée.
      
Un nom me rappelle une étreinte heureuse, un souvenir du grand jour, l'euphorie immense du malheur fini. Je revois soudain Wytejczk, à Répu il était là, prévenu par un collègue, mais sans doute déjà loin. Nous avions peu parlé. La fête ne s'y prêtait pas. A l'époque peu m'en chaulait. Je m'attendais à d'autres retrouvailles, des moments ultérieurs amicaux et calmes d'intimité retrouvée.
      
Ils n'eurent jamais lieu.
   
Je revois des embrassades, le champagne qui circule et que je n'attrape pas, comme un premier flottement ; quelqu'un qui débarque et vers qui l'ami file, un pas de côté, le bonheur qui soudain peine à se partager, un regard détourné. Le film m'en revient en lame, me transperce de part en part. Souvenir réel ou reconstruit ?
      
J'écarte le journal et le passe à Eugène. Il n'en demandait pas tant, l'accueille pourtant d'une flamme de contentement joyeux qu'il prend soin de détourner du papier. C'est un dragon prévenant.
      
Je me prépare un café ristretto par goût et désir de compensation envers l'assoupissement chimique qu'induit mon traitement, ouvre en grand la fenêtre que protègent ces barreaux qui enferment et qui sauvent, mesure l'état du ciel.
      
Il fait enfin printemps.
            
Bizarrement mais peut-être pas tant que ça, c'est ce billet de Yû , "Douche écossaise",
qui bien que d'une tonalité tout à fait différente, m'a conduit vers celui-là.
Et puis aussi que le (vrai) pain était chaud et le croissant très bon.

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Captivité relative

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Ces temps-ci, en gros

Alors que grâce à mes proches et à l'automobile, l'horizon de mes dimanches s'élargit peu à peu, que dans ma ville je peux à présent sans trop de crainte marcher, je me demande pourquoi un esprit solide peut résister à l'enfermement réel, réduit et dangereux quand je vois des barreaux au simple ciel de mon quartier ; pourquoi aussi le souvenir d'un mourant l'an passé accompagné zone mes chagrins présents qui pourtant n'ont rien à voir.

 

Pourtant le secours retrouvé de Stéphanot grandi, qui désormais prend ma main dans la sienne et la guide et me console devrait déjà me libérer.

En sortirais-je un jour dés lors que j'ai lâché prise ? Le lien salvateur et un travail digne me sont arrachés pour toujours ou peut-être à jamais (1). Dans ces conditions moindres l'avancée en âge a-t-elle encore un sens ?

         

Je compte cinq fois 157 pas de chez moi au cyber-non-café et j'enrage d'être en cage.

(1) l'expression d'origine n'est pas de moi

mai 2008

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