Sta sera, a pena tornata
J'avais passé une excellente soirée, plus tôt en bibliothèque des heures efficaces et studieuses, bizarrement sans (trop) souffrir du froid, compte tenu du reste c'était donc une journée heureuse ; je dois le concéder.
J'ai su cependant à l'instant où arrivée à la station la plus proche de mon appartement je rangeais dans la poche extérieure de l'un de mes sacs le livre du moment (1), qu'une mauvaise nouvelle m'accueillerait dès en arrivant. J'ai su aussi que ça n'était pas la peine de me précipiter à consulter des messages via le téléphone (2), car elle serait du type que je n'y pourrais rien. En revanche j'ignorais totalement (ce) qui serait concerné, s'il s'agissait de général ou de particulier, d'une 3ème guerre mondiale ou d'un accroc plus personnel.
Par chance ma fille était encore là et la famille au complet dont les autres éléments dormaient. Tout le monde semblait bien aller.
C'est d'autre chose qu'il s'agissait ou bien d'une fausse alerte.
Hélas non. Même si je ne suis pas touchée de près, je n'ai fait que voir quelques films et croiser il y a quelques temps un homme très âgé, l'annonce du décès de Mario Monicelli ne me laisse pas indifférente. Et qui m'a été faite à peine l'ordinateur allumé.
Bizarrement j'ai davantage de souvenirs de son passage à la cinémathèque que de celui à La Libreria (3). Un esprit encore si vif.
Souvenirs :
de rêver de vivre aussi vieux si c'est pour être alors en aussi bon état de notre part pensante, d'Ilaria qui était là, disparue depuis, d'une autre personne partie vers d'autres épisodes de sa vie, mais très présente ce jour-là et un peu hystérique, d'une jeune italienne fort sympathique avec laquelle j'étais allée déjeuner mais dont j'ai stupidement (une feuille volante ? un changement de carnet ?) perdu les coordonnées avant de pouvoir la recontacter et qui de son côté ne l'a pas non plus fait.
J'étais en phase de survie, encore dans un sale brouillard où m'avait jetée bien malgré moi ma vie. À écouter le beau vieil homme, j'avais trouvé certains motifs de soulagement, réflexions, réconfort et consolation. Sa façon d'être encore au monde alors faisait du bien.
Je ne saurais citer, sauf à retrouver mes notes, les paroles précises du cinéaste. Reste un souvenir d'humour. Et qu'il m'épatait.
Il le fait ce soir à nouveau. Par sa mort. La dignité et le courage n'ont parfois plus qu'un sentier désespéré, comme un bord de falaise, pour se prouver. Choisir de lâcher prise à cent ans moins cinq, sans laisser la victoire à l'extrême maladie ne manque pas de panache.
J'eusse aimé pour lui qu'une solution plus douce puisse être envisagée. Quand donc nos lois daigneront-elles évoluer ?
(1) L'intéressant "effondrement" de Horacio Castellanos Moya
(2) Sur le mien c'est malcommode et vite coûteux, mais n'empêche ça dépanne.
(3) À l'époque j'avais "Usine". Serais-je arrivée très tard ?

