Un vendredi en juin (2010), Bruxelles
La journée avait joliment démarrée avec la rencontre fortuite par touites interposés puis un café pris ensemble en vrai avec Tatiana de Rosnay dans le Thalys qui nous emmenait à Bruxelles.
Tu étais en pleine période de déménager tout en étant déjà d'avant épuisé.
J'avais proposé d'aider.
Tu avais consenti pour une cave dont l'ampleur du garnissage t'effrayait.
- Passe à la maison.
J'étais passée.
La cave était chez la voisine qui n'y était pas. L'après-midi après s'être un peu (trop peu, toujours, à mon goût) parlé avait donc été consacrée à quelques courses préparatoires au déménagement. Dans ta petite voiture sympathique nous étions allés au supermarché. Pour quelqu'un qui avait l'année d'avant prétendu avec véhémence ne rien vouloir partager de quotidien avec moi, c'était, avoue-le, un tantinet raté.
Mon cœur battait si fort que Pierrot l'a perçu, le meilleur ami de presque toujours et qui m'a envoyé un texto sur le mode Je te sens vaciller, ça va ? (ce n'était pas les mots exacts mais leur sens était là). Entre deux rayons, tandis que tu rassemblais balais et packs de bières pour les déménageurs (Je déteste la bière dis-tu à l'homme qui les vendait en lots spéciaux pour soirée football (coupe du monde en cours ou prévue)) comme si tu avais sur elle une sale revanche à prendre - quelle mauvaise cuite, quel accident t'a-t-elle provoqué quand tu en buvais ? -), j'ai répondu.
Comme toujours dans les lieux commerçants d'ailleurs je regardais les rayons en scrutant les objets et denrées qu'on ne peut pas par chez moi trouver. J'ai sans doute acheté un pot de Pasta Speculoos Crunchy qui ne s'exporte pas jusqu'à Clichy. Vers les produits d'entretien, pour nettoyer la nouvelle maison ou celle que tu quittais, il en fallait, je repérai parmi les lessives, une spéciale vêtements noirs, que je n'avais jamais vue. Ce détail m'a intriguée.
Plus tard, j'ai aimé remonter dans la voiture alors que tu m'attendais d'avoir reposé le chariot, je t'avais senti lors de l'emballage, énervé - tu n'es pas un homme facile à vivre, je sais -. Je me sentais à ma place même si de ton point de vue elle restait usurpée.
Je ne me suis pas attardée, malgré que je rêvais que tu me proposes de rester une nuit pour au lendemain aider, j'avais bien compris même si mon désir pulsait que le tien me concernant était (depuis quand ? L'avoueras-tu jamais au lieu de tout nier de tes tendres regards et mots des débuts) aux abonnés absents. J'ai rejoint Tatiana dans la grande librairie où elle signait, puis sagement pris mon train de retour.
Et comme d'habitude, pleuré.
Déjà tu me manquais.

