Jeudi après-midi, La Défense et plus loin
Afin de surseoir au coup de blues inévitable qui du fait de solitude me saisit désormais après chaque heureux moment entre amis, j'avais décidé après un doux déjeuner joyeux et bien accompagné, d'explorer la zone vers Nanterre préfecture et qui est depuis un moment en chantiers.
Il pleuvait mais j'étais équipée et dès lors que le froid est supportable, la pluie ne me dérange pas. Je me suis donc accordée une bonne chasse photos, malgré la météo défavorable. Je tentais en vain de me souvenir de ce qu'il y avait là avant.
Certains immeubles de bureaux montraient des signes tangibles d'occupation. Lumières aux étages. Grappes de fumeurs malheureux à leurs pieds. Ici ou là un point de restauration plus ou moins rapide. Rues désertes et droites. Seuls les véhicules qui passaient rapidement sous l'averse semblaient vraiment vivants. Perdus dans les zones en travaux, quelques relativement vieux immeubles tentaient de surnager. J'ignore si on peut le dire encore de leurs habitants auxquels je trouve bien du mérite d'ainsi résister. Je suppose qu'ils n'ont pas le choix. Me souviens des temps où Nanterre était constituée pour partie de bidonvilles pour les abrités desquels une HLM toute récente était un progrès social et quotidien immense.
Je retrouvai sans l'avoir voulu le bâtiment sinistre et très préfectoral où j'avais fin 2005 croisé Wytejczk pour l'une des dernières fois avant qu'il ne sorte entièrement de ma vie. Cette étrange réponse qu'il avait eue "Je n'y peux rien" quand je lui avais donné des nouvelles de mon aînée alors malade et que sur le moment je n'avais pas comprise mais 6 ou 7 mois plus tard lors d'un déjeuner avec une amie qui m'avait rapporté les mêmes propos tenus par quelqu'un d'autre sur un problème de boulot. Et combien j'avais été à Nanterre ce jour-là si préoccupée que je n'avais pas su prendre en compte cette petite alerte ou au moins lui demander ce qu'il entendait par là.
Ce qui était à présent curieux était que tout, tout autour, avait totalement changé. D'anciennes friches étaient devenues d'orgueilleux immeubles. Des chantiers mettaient de la vie dans tout ce gris. La démolition d'un vieil immeuble pièces par pièce ajoutait de la mort.
Et c'était un peu à l'image de ma vie, l'élément de tristesse qui avait peu bougé, ou s'était trouvé substitué, et le reste, tout le reste sauf mon lieu d'habitation qui s'était trouvé bouleversé. Et les travaux, tant de travaux, en cours.
À un moment donné, la pluie qui commençait à travers mon manteau à percer eût raison de ma résistance. Je me mis donc en quête d'un endroit où prendre un café et autre escale technique.
Dans mon sac le livre "Feu" de Régine Vandamme que je relis en vue d'une chronique que je souhaite rédiger. Il m'a profondément touchée et j'aimerais le partager. Le temps de boire un café je repris ma relecture d'où elle en était.
La radio du vague mais accueillant estaminet où j'avais trouvé refuge distillait d'anciens tubes des années 80, et pratiquement à l'instant même où je reconnus d'Eurythmics "Here comes the rain again", si particulièrement adapté à la météo du jour, je tombais sur cette page :
Et l'on a beau se dire qu'il s'agit des fruits d'un malicieux hasard, ça reste très troublant, comme si l'esprit des lieux avait quelque chose à me communiquer.
La lecture, hélas, n'en a apporté aucune clef.
Plus tard il fut temps de rentrer sans plus s'attarder.
[photos : in situ]
PS : sur l'effet Zahir, voir David Madore son inventeur.
