En débouchant du métro, je tombe sur un amas d'objets, cartons, sac et valises, ressemblance certaine avec dans mon quartier certains tas de veille au soir d'encombrants. Sauf qu'on n'est pas le soir, et que les affaires si elles semblent avoir été balancées là dans un certain désordre sont propres et pas cassées.
A leur côté une vieille femme, menue, vêtue d'une veste hivernale comme qui aurait dû partir précipitamment et aurait emporté ce qu'elle avait de plus utile tout au long d'une année. Digne mais un peu raide, elle fait penser à qui serait rescapée d'un accident. Si elle s'était trouvée avec ce triste déballage au pied d'un immeuble, j'aurais aussitôt regardé en l'air pour voir d'où les objets avaient été lancés, comme suite à un incendie, une expulsion sauvage ou quelque chose de ce genre. Mais elle se tient à l'écart de tout bâtiment.
A l'instant où je parviens en haut des escaliers, une femme plus jeune lui parle avec énergie et qui lui pose une main protectrice sur l'épaule, me rappelant le geste du secouriste envers le guitariste accablé.
Puisqu'elle semble en de bonnes mains, je file vers mon rendez-vous, un peu perplexe quant aux circonstances qui ont pu la mener là avec tout son barda, en quantité telle qu'elle ne peut matériellement l'y avoir elle-même porté, ni même déposé au sortir d'un taxi - ou alors d'un taxi-brousse, assez rares à Paris ! -.
Après avoir traversé, je me trouve avec à nouveau l'étrange entassement dans mon champ visuel. La femme secourable est désormais en compagnie de deux autres, autour de la vieille dame qui n'a pas bougé.
Une solution temporaire sera sans doute trouvée. Quel drame financier ou familial aura donc conduit à une telle situation ?
Ma propre vie reprendra vite le dessus et au chaud de mes propres soucis "de riche" je passerai une journée formidable. Ce n'est qu'en développant mes photos sur le soir que je retrouverai celle-ci et mon élan embryonnaire de compassion, si vite délégué (1).
En très peu de temps quelqu'un dans la détresse s'était trouvée entourée par trois personnes spontanément prêtes à l'aider (2). Paris n'est pas une ville si dure qu'on ne le croit.(1) Je pense que s'il n'y avait eu personne à ses côtés je me serais arrêtée, mais que j'aurais été fort peu efficace. Quels secours appeler pour quelqu'un en apparente bonne santé, mais qu'on dirait mise dehors par un propriétaire inflexible ou une parentèle excédée ?
(2) Alors que s'il s'agissait d'une étrangère sans papier, cela aurait pu leur attirer des ennuis puisqu'à présent les lois sont inhumaines ainsi.
[photo : in situ]

