Ligne 13, hier
Les métros fonctionnent, l'affluence forte est celle supportable d'une fin d'après-midi quand la fréquence y est. Contre les strapontins repliés, nous sommes plutôt coincés, mais sans empêchement de pouvoir respirer. Pour une fois je ne suis pas chargée. Ma voisine si. Sacs et paquets, boutiques de fringues, boîte à chaussures. Voilà quelqu'un de prévoyant qui fait les soldes avant leur temps.
Une fois installée, elle extirpe son téléfonino. Légèrement ça m'exaspère : j'ai toute indulgence pour les appels entrants, j'en reçois moi-même ; ainsi que pour ceux qu'on passe lorsque tout est bloqué et qu'il convient de prévenir qu'on sera retardés. Mais appeler pour papoter comme si l'on était seul(e), me semble toujours impudique et peu respectueux des voyageurs environnants. Sans doute sommes-nous tous censés avoir un appareil à musique dans les oreilles qu'on écouterait perpétuellement.
Je lui en veux, quand elle n'y est pour rien, de ne pas pouvoir déployer un minimum de mon Canard afin de lire plus loin que la page sur laquelle j'étais calée quand dans la rame je suis entrée. Je sais qu'inévitablement et puisque je ne pourrai me concentrer sur rien d'autre, je vais me gaver sa conversation dont je n'aurais que faire. Si seulement il y avait une chance pour que ce soit un peu marrant.
Ça ne l'est pas. J'ai hérité d'une jeune adulte qui appelle ses vieux parents. Elle se géolocalise à peu près honnêtement, mais en minimisant légèrement la progression, puis ajoute "Ils m'ont mise en retard mais je me dépêche, je passe maintenant" avec un point d'interrogation implicite dans le ton.
Je me demande vaguement quels paquets "ils" peut désigner et me reproche intérieurement d'avoir mauvais esprit.
En bonne Bécassine béate, je me dis aussi qu'elle fait bien de prévenir avec une marge sage de sécurité sur la ligne 13 on ne sait jamais. Et si l'on atteint Liège mieux vaut dire qu'on vient de quitter Place Clichy plutôt que d'annoncer Saint Lazare avant d'y être arrivés.
Cependant voilà que ma voisine enchaîne : - Ah, vous sortez ?
Mais son ton sort d'une (mauvaise) série télé. Et son attitude, entièrement relâchée ne dénote ni surprise ni regret.
Elle insiste : - Tu crois que ça ferait trop juste pour moi pour passer ?
J'ai rêvé ou ai-je entendu l'espoir d'un oui ? Après un passage reporté du coup à la semaine d'après, elle raccroche rapidement avec un petit sourire, tout se passe comme prévu, et elle descend à la station où sans doute dés le départ elle comptait bien quitter par ses petites emplettes tout à fait bien lestée.
Je me demande si son interlocuteur était dupe et me sens globalement dans ce monde mal armée.


Tant qu'il existera des rallongis de raccompagnade (en bout de ligne notamment), j'espère que le monde ne sera pas qu'un lieu où être armé :)
Plus sérieusement, quelle teigne, celle-là, dis donc. Je comprends ton désarroi...
Rédigé par: Anne | 19 juin 2009 à 09:20
Le pire c'était de se dire que l'autre au bout du fil était peut-être dupe, croyait qu'elle avait eu sincèrement envie de passer, alors que nous ses voisins de transports savions bien que non, qu'elle était simplement en train de faire en sorte qu'il lui dise Ce n'est pas la peine, c'est gentil cependant d'y avoir pensé.
J'en suis souvent la victime consentante (j'applique toujours le principe : je crois ce que l'autre tient à me faire croire tant qu'il n'y a pas d'enjeu dangereux et me contente d'éprouver une solide gratitude envers ceux qui ne se croient pas obliger d'inventer quelque chose mais disent la vérité), mais je supporte mal de voir les autres se faire manipuler. Trop vu les horreurs que sur un lieu de travail, par exemple, ça pouvait donner. Et surtout vu combien c'est formidable et efficace quand personne n'essaie et que tout le monde y met du sien dans un but commun (comité de soutien).
Rédigé par: gilda | 19 juin 2009 à 09:31