tonight, cuisine
De cet être-là je m'étais depuis longtemps, croyais-je, désintéressée. Il avait glissé sans danser des lieux de concerts ou sommets de classements musicaux, vers les unes de caniveaux-magazines, des apparitions furtives qu'on voyait ici ou là, nous laissaient entrevoir un spectre blanc aux cheveux teints, et comme il est étrange de se dire soudain qu'à présent il en est un, vraiment.
Comme il est étrange de l'écrire alors que ce matin j'avais déposé un touite où je constatais la similitude de ma vie actuelle avec mes 16 ou 17 ans. Et s'y retrouver balancée en plein.
Parce que ce Michaël J., dont je n'étais pas fan (1) mais solide admiratrice, à cette époque avait compté. Ses musiques étaient la bande son de la vie quotidienne, qu'on le veuille ou non, on l'entendait partout et nos amours et nos déroutes et nos plus beaux slows aussi c'était sur ambiances Michaël J. Ses clips, depuis si copiés, innovaient. Et je trouvais qu'il dansait, certes pas aussi subtilement que Fred Astaire (la preuve), mais drôlement bien.
Ça donnait envie d'essayer. Alors que Fred et Cyd, trop parfaits, inaccessibles, paralysaient.
J'avais commencé la danse dans mes dernières années de lycée. Modern Jazz qu'on disait. Michaël n'y était pour rien. En revanche, que je m'accroche, malgré mon peu de qualités naturelles pour l'exercice, que j'en maintienne une pratique malgré les classes prépa, que je poursuive par la suite et sans interruption (sauf grossesses et quelques aléas) jusqu'à maintenant - et encore cet après-midi -, lui est sans doute pour partie dû, et de ce fait mon corps de rêve <- mais non, c'était pour rire.
Il avait insufflé et je crois pour une entière génération un rythme, un tempo, une façon, une envie et celle de se dire, ben moi aussi (2) je peux danser.
Et ses concerts comme ceux de Madonna, valaient pour la danse bien plus que le chant, des chorégraphies simples, mais spectaculaires et qu'on pouvait à notre tour maladroitement tenter quand eux les effectuaient avec toute perfection.
J'ai du mal à croire qu'il soit mort, le jeune homme noir (3) bondissant. Et j'en ai encore plus à concevoir que j'ai survécu et jusque-là tenu.
Merci pour la danse et jadis un peu la musique aussi.
(1) Je suis incapable d'être fan de qui que ce soit, probablement un gêne qui manque, avec celui qu'il faudrait pour croire en une divinité.
(2) Les chorégraphies étaient faciles, les airs et les rythmes de ceux qui restaient.
(3) A l'attention des jeunes générations : si, si, il était noir, pas blanc et il avait un beau visage, harmonieux et équilibré.
[photo : place de concert, Parc des Princes, 1988, 21 ans et je suis là, étonnée]
(spéciale dédicace à qui ne viendra pas)
Ce billet est également dédié à mes enfants afin qu'ils sachent que la chimère exsangue qu'ils avaient parfois sous les yeux de leur télé avide, avant d'être un mort-vivant puis un mort-mort, fut quoi qu'on en pense un artiste d'exception.
Bon allez, j'avoue, c'est moi qui le conseillais ;-)
(mais, non, je rigole - je suis juste pas surprise, c'est tout, et ça m'énerve que les gens le soient)


Un beau visage, harmonieux et équilibré qu'il ressemblait trop à celui de son père violent, qui l'aura battu tant d'années et qu'il voyait dans le miroir chaque fois qu'il s'y regardait. La "tarétitude" ne naît pas de nulle part... :/
Ca vous spoile un homme la violence...
Rédigé par: Kerdekel | 26 juin 2009 à 04:42
Je ne m'attendais pas à trouver un billet sur lui chez toi !
Rédigé par: Fauvette | 28 juin 2009 à 17:26
@Kerdekel : Le fait même d'être propulsé star à 5 ans, me semble déjà d'une grande violence. C'est une vie certes glorieuse mais volée d'emblée.
@Fauvette : hé si, je danse (mal mais assidûment) depuis mes 19 ans. Et l'engouement soulevé à l'époque, qui était aussi celle des clips, de l'avènement de Madonna, qui bougeait plus que bien, de Fame et de Flashdance, avaient accompagné un effort que j'amorçais déjà. Et comme la danse, la nage, plus tard le chant, m'ont permis de tenir sur la durée et aux jours pires et difficiles, je garde une grande reconnaissance à mes guides vers ces chemins-là. Donc au petit Jackson, pourquoi pas.
Rédigé par: gilda | 29 juin 2009 à 08:52
Oh, c'est dingue ça, c'était toi, Gilda, là-bas dans le noir?
J'ai également retrouvé mon billet (plastifié) du concert de 88 (avec en première partie Kim Wilde). Je ne me souviens pas d'un show incroyable. Il faut dire que j'étais situé très très très loin de la scène.
Rédigé par: chondre | 29 juin 2009 à 10:40