Ailleurs mais partout, hier soir.
Ils sont touchants si jeunes, en tête à tête à la pizzeria, il lui dit Mon amour par endroit, et tous les deux mangent d'un appétit joyeux d'avant ou juste après l'accord des corps. Encore étudiants ou débutants travailleurs. A cet âge où l'on croît que le boulot mal payé et peu choisi qui occupe nos journées, non, bien sûr c'est juste en attendant - mais en attendant quoi ? - avant plus tard mais trop de comprendre qu'il ne reste que celui-là ou rien ou presque le même.
C'est son anniversaire. A elle. Et son beau-père, j'imagine donc celui du garçon, à moins que le nouvel amant de la mère de l'un ou l'autre, leur a offert le dîner, sans s'y imposer, fort élégamment.
Ceux du restaurant y mettent du leur, et le menu standard leur est amélioré : choisissez votre dessert, prenez comme vous voulez, leur assure la jeune femme, guère plus âgée ni plus jeune qui les sert ce soir-là. Mais c'est plus cher qu'une mousse au chocolat, s'inquiète celle qui a vieilli d'aujourd'hui, C'est pas grave, prenez celui qui vous plaît, répète l'autre, tranquille.
Tout irait pour le mieux.
Mais voilà que le garçon tripote son téléfonino qui peut-être a vibré et c'est lui qui à son tour s'agite. Apparemment des nouvelles de sa mère ou d'un frère et qui bouleversent ses plans pour juillet, rapport à son job entre autre, soit qu'un déplacement familial prévu est annulé soit lui-même déplacé à une date qui ne convient guère au fiancé soudain nerveux. - Je vais les appeler, ce n'est pas possible. Si c'est ça tant pis, je laisse mon boulot. Et il triture le clavier.
L'amoureuse l'interrompt, d'un geste doux du bras, et apaisant.
Attends un peu, tu verras, ne panique pas, on (ou ça ?) s'arrangera ; et l'autre d'approcher l'appareil de son oreille, puis l'éloigner, le reposer, le reprendre, démarrer un texto, s'en déprendre, recomposer un numéro.
Et elle patiente qui ne se fâche pas, attends, lui touche à nouveau le bras lors d'une hésitation et là ça marche, il pose l'appareil et revient vers elle.
Mais on sent bien, maintenant, qu'il n'y est pas, centré sur son propre problème quand c'est elle qu'il devrait fêter.
Je pressens pour elle de longs moments de solitudes, à moins plus tard d'enfants affectueux.
Ce n'est pas le propre des gars, c'est parfois la femme, capricieuse de combat - j'en connais, il y en a - qui joue le rôle de qui ne se soucie pas. Pourquoi faut-il qu'il y en ait toujours un attentif, et l'autre pas ?

