Ce matin, parmi mes liens, hier soir une conversation
Alors qu'ils concernent des domaines très différents, voilà que deux liens, ou plutôt un billet de blog et un message d'information, me font même écho ainsi qu'hier soir une conversation.
C'est une amie qui a croisé dans sa vie professionnelle une de ces personnes que je qualifierais d'incompétente péremptoire. Vous en avez tous vus au cours de votre vie active : ceux et celles qui soit de façon permanente soit ponctuellement sur une décision, un projet, ont cafouillé et font glorieusement peser la faute sur un ou des autres sans hésiter à balancer au nez des principaux intéressés leurs soi-disant(es ?) erreurs.
Et je pense qu'on est un paquet parmi ceux qui écrivent, car ce n'est pas un hasard sans doute si l'on se sent (plus) à l'aise avec les mots posés qu'avec les mots dits, à avoir subi ça : savoir au fond que l'autre parle faux, mais sous le feu roulant de ses accusations être pris d'un doute qui nous paralyse.
Combien de fois n'ai-je été victime de ça, l'autre qui affirme en toute mauvaise foi, et moi qui du coup ne sais plus. Il est si sûr de lui. Et si j'avais oublié quelque chose, commis une erreur dans le travail donné, cru avoir terminé ou envoyé un élément mais qui au fond manquait ?
Après coup, vérifier ce qui peut l'être. Et s'apercevoir que l'autre avait monté la pure fiction qui l'arrangeait.
Un ami nous raconte une autorisation accordée oralement, puis oubliée, et un coup de fil plus tard tempétueux de l'accordeur oublieux, Mais comment avez-vous osé ? et jusqu'aux insultes. Mais heureusement le furieux n'était lui pas de mauvaise foi, et sa mémoire lui revint sans qu'il y eût combat.
Un article me rappelle une discussion datant d'il y a plusieurs années, un homme qui certes avait commis des erreurs dans son passé mais que pour convenir à un politicien de son pays qui en possédait les médias ceux-ci avaient présenté comme un monstre sanguinaire. Il était entre autre présenté comme ayant tiré sur un adolescent devenu ensuite paraplégique. Or j'avais lu un livre soigneusement documenté avec citation des actes du procès. Le jour de cet échange de balles encaissées et perdues, le coupable était ailleurs et à moins de capacités quantiques particulières, il ne pouvait matériellement pas être l'auteur du tir. S'il y avait un lien entre le fait-divers et lui, il ne pouvait en aucun cas s'agir de celui-là.
Or dans la discussion que j'avais, mon interlocutrice, confiante en ce qu'elle avait lu dans les journaux de son pays, m'affirma que non, c'était lui qui avait tiré, que c'était un crime, qu'il fallait payer.
Je me souviens du gouffre de doute soudain, même s'il ne changeait en rien ma position finale, établie sur une question plus générale d'asile politique accordé puis remis en cause. Mais j'ai douté de ce que je savais. Alors même que j'avais lu des copies de documents officiels attestants du contraire. S'ajoutait que j'aimais beaucoup la personne avec laquelle je discutais et qu'elle était de bonne foi (c'était les médias locaux qui entre pression politique et emballement (1) n'y étaient pas).
Il y a enfin la disparition douloureuse d'une amitié qui m'était fondatrice. Malgré parmi le peu de paroles prononcées, certaines qui disaient que je n'avais rien fait, j'ai mis deux années et il a fallu un bien curieux secours extérieur, pour me sortir du doute terrible d'une culpabilité que je croyais porter. Une culpabilité dont, et pour cause, j'avais beau chercher dans chaque recoin de ma mémoire, je ne trouvais pas la clef. Et cette épouvante d'avoir pu faire du mal à quelqu'un qu'on aimait - tout en ne sachant pas quoi ni pourquoi -.
J'ai peur que du doute on ne sorte pas. Qu'il soit de tempérament ou acquis ou renforcé par une éducation brimante (l'enfant a toujours tort et l'adulte raison) qui était de mise encore au mitan du siècle précédent, je crains qu'une fois acquis cette sorte d'automatisme qui nous fait chercher l'erreur en nous, le vacillement en notre jugement, on ne puisse plus s'en départir.
Et cette société du "moi d'abord", du "moi je" ou du "C'est comme ça, ça se discute pas" dans laquelle nous vivons n'a pas de place pour les "moi peut-être" ou "je suis pas tout à fait sûre, mais pourtant il me semblait".
Je crois pourtant qu'à remettre en cause par nos façons de questionner et de refuser les trop faciles certitudes, non seulement pour nous-même mais pour ce qui nous entoure, nous faisons oeuvre utile. Et que si nous sommes trop faibles, paisibles ou doux pour atteindre à des positions rendant un pouvoir possible, notre rôle assainissant n'est pas à négliger.
La victoire des certitudes n'est jamais qu'un regret.
(1) cf. en France l'affaire d'Outreau, triste et parfaite illustration du phénomène
En rapport direct ce billet de Satsuki
Le soulagement
En lien plus lointain une interview de Fred Vargas, par Josyane Savigneau, parue dans Le Monde

