Avis de chute de livres force 4 mollissant 2 à 3 en fin de nuit
Nuit de vendredi à samedi, chambre à coucher
message personnel : Kozlika, je ne t'en voudrais pas si tu ne lis pas ce billet (les autres non plus d'ailleurs, mais disons celui-là particulièrement pas)
J'avais bien remarqué qu'à force d'entasser sous prétexte de ranger et qu'on évite de marcher dessus, l'empilage atteignait un niveau critique.
Mais tout ce que j'avais songé à faire était ... de le photographier.
Il existe plus grande efficacité, je sais. Peut-être que je souhaitais concurrencer ce personnage d'Edgar Poe (1) qui meurt enfoui sous ses livres. Peut-être que les objets réussiraient là où l'un de leurs auteurs a échoué (2). Je n'avais aucune crainte pour les enfants, c'est un endroit de la maison où ils passent rarement.
Je me disais que les bouquins sauraient sans doute faire cet effort de tenir jusqu'au prochain dimanche pendant lequel j'espérais avoir enfin un peu de temps à consacrer à leur mieux-être et classement.
C'est juste qu'ils n'ont pas su ; que j'avais sans me rendre compte dépassé de l'équilibre les bornes, que peut-être deux d'entre eux se souvenaient d'une inimitié sauvage entre leurs créateurs, qu'une vieille rancune concurrentielle s'est entre eux réveillée alors que nous dormions.
Dans la nuit soudain un bruit de chutes combinées en cascade décalée. Pour nos voisins se fut sans aucun doute du plus bel effet.
Habituée aux nuits partagées avec un cauchemardeux de compétition, je n'ai pas bronché. Il est vrai que les livres en tombant cassent rarement fors les très vieux aux fragilités singulières, mais cette zone d'attente n'en comportait pas. Je connais mon désordre sur le bout des doigts.
C'est le cauchemardeux, courageux, qui s'est réveillé pour en ramasser, de surprise il en oublia même de maugréer.
J'ai fait par la suite quelques rêves inavouables d'un paradis perdu où ils vivent aussi en semi-liberté. Pourvue d'une besace en malheurs trop chargée, j'en fus bannie l'an passée pour m'être trop approchée d'une pome ignorée. Ceux qui avaient cette nuit tenté de bouger espéraient-ils rejoindre là-bas leurs frères ? J'aimerais en douter.
Au matin j'ai déploré n'avoir plus aucun inconnu du Milan-Paris à qui le raconter. Il aurait su avec humour et bienveillance enfin me conseiller, non sans avoir au préalable ri aux éclats de ma mésaventure. Exactement ce qu'il fallait.
A présent qu'il n'est plus, je dois faire avec ; ou plutôt sans. Et envoyer en attendant mes livres en cours du choir (3).
(1) dont j'ai hélas oublié le nom ainsi que le titre de la nouvelle concernée. D'ailleurs me vient un doute, était-ce bien d'Edgar Poe ?
Pourquoi pas Cortazar après tout ? Buzzatti aussi, aurait pu l'écrire.
(2) VPJ je tiens à préciser. Ne fera probablement rire qu'une seule personne mais bon tant pis.
(3) L'expression n'est pas de moi mais de Raymond Devos. J'abuse un peu, je sais. C'était simplement trop tentant.
[photo prémonitoire prise la veille au soir]
Billet écrit à la demande générale de Pablo, il lui est donc spécialement dédicacé.



Je le savais, je le savais : les livres c'est dangereux ! ;)
Rédigé par: Kozlika | 17 décembre 2007 at 07:06
L'important est de trouver le coupable, celui qui a cédé, pour l'autodafé \o/
Si ça se trouve, c'est un vieux magazine inséré pour je ne sais quel raison, qui, plutôt que de supporter le poids des concurrents, aurait préféré la voie de l'attentat-suicide !
Bon courage pour la … reconstruction !
Rédigé par: Franck | 17 décembre 2007 at 07:43
Je savais aussi qu'ils ont une vie hors de nos mains, des affinités et inimitiés entre eux.
J'imagine un cauchemardeux à moitié réveillé ramassant les bouquins épars, et honnêtement, je rigole. Ca aurait été le mien, j'aurais entendu un "je te l'avais bien dit, qu'ils se reproduisaient tout seuls pendant qu'on dort" !
Rédigé par: Anne | 17 décembre 2007 at 10:17
Merci de l'avoir raconté (et du clin d'oeil du titre, très savoureux !). Je m'attendais à pire : en te lisant l'autre jour j'ai eu le souvenir d'une nuit de mon adolescence, chez mes parents, dans la chambre que je partageais avec mon frère : là, c'étaient les étagères (fixées au mur) qui s'étaient écroulées à cause du poids du savoir – quel vacarme. (Depuis, je tiens à ce que les étagères s'appuient fermement sur le sol, et si possible avec quelques petit degrés d'inclinaison vers le mur...)
(Dommage que tu n'aies pas de photo du "cauchemardeux" en train de patauger dans les livres ! Je dis 'patauger' parce que c'est la première image qui m'est venue :-) )
Pour le conte ou la nouvelle dont tu parles, je ne sais pas, sauf que je suis (presque) sûr que ce n'est pas de Cortázar...
Rédigé par: Pablo | 17 décembre 2007 at 10:54
Kozlika : et moi je me doutais bien que tu avais raison. !!! Mais malgré les "risques", j'ai besoin de la proximité physique de ces papiers imprimés, depuis deux ans plus que jamais.
Merci Franck, je ne saurais jamais le fin mot de l'histoire, dans la mesure où la pile a été partiellement reconstituée, mais pas forcément avec les mêmes. Non, non il n'y avait pas de magazines : j'ai le désordre finalement assez ordonné !
Anne, alors en fait les livres chez moi, j'ai plutôt le sentiment d'en faire une plantation qu'un élevage, ils poussent très bien, le plancher est fort fertile. Les BGM (Bouquins Génétiquement Modifiés) sont proscrits sauf en période de prix (quand j'ai fait jurée on m'en a bien refilé un ou deux, c'était inévitable).
Pablo : ça devait effectivement ressembler à patauger mais il a eu ce grand mérite de ne pas rouspeter.
En fait mon problème provient d'un manque de place résiduelle pour installer des étagèes : j'ai déjà mis des Billy (1) partout où ça pouvait. D'ailleurs on en a profité pour oublier de se préoccuper de changer le moindre papier peint. C'est probablement de la sansougnerie murale ;-) .
Si pas Cortazar, alors donc
ça doit bien être Poe (ma première impression, souvent la bonne dans ces cas-là). Merci Pablo.
(1) oui *k**, je sais, mais bon elles sont pas chères et très pratiques et discrètes et j'ai pas trop de sous. La belle bibliothèque sur mesure avec la petite échelle intégrée pour grimper prendre les oeuvres du haut, ce n'est pas pour moi. :-(
Rédigé par: gilda | 17 décembre 2007 at 13:45
J'ai des Billy aussi !(même impression, mêmes raisons)
Rédigé par: Pablo | 17 décembre 2007 at 14:41
J'ai une Billy aussi ; il va falloir que je m'en fasse livrer une autre ; en attendant, je me retiens d'acheter trop de livres avant d'avoir fait fondre ma PAL à moins d'une vingtaine d'unités (64 aujourd'hui). Quand j'étais en thèse, j'avais sur mon bureau à la maison des montagnes d'empilements de papiers et de livres (renouvelés régulièrement, et donc réfractaires au rangement), et de temps en temps, ça s'écroulait :)
Rédigé par: Joël | 18 décembre 2007 at 10:57
Une solution : tu te fais copine avec une bibliothécaire et elle te commande en prédilection tes ouvrages chéris.(elle est payée pour ça normalement d'ailleurs) L'inconvénient, tu dois rendre au bout d'un moment lesdits ouvrages une fois lus pour que tout le monde en profite , l'avantage, ils ne risquent plus de te tomber dessus par surprise , bon courage !
Rédigé par: Chicorée | 18 décembre 2007 at 22:16
Une plantation de livre ! Très drôle Gilda.
J'admire ton calme, et là je dirais presque ta perfidie, tu as laissé le cauchemardeux se dépatouiller de l'Affaire des livres tombés ! En faisant semblant de dormir ?
Rédigé par: Fauvette | 19 décembre 2007 at 13:16
J'avais l'habitude de piles comme ça avant, mais la solution est de prendre un chat, voire deux. Lors d'une escalade nocturne ou pas, la pile cède bien avant d'avoir atteint la hauteur critique. Le miaulement courroucé du chat avertit alors la lectrice un rien flemmarde du rangement qu'il serait temps de faire quelque chose :-)
Rédigé par: Lily | 19 décembre 2007 at 19:37
Quelle PAL ! Javoue que je suis un peu jalouse, n'ayant absolument pas la place d'entreposer ne serait-ce que l'ébauche d'une PAL de livres achetés avec mes propres deniers (qui vont d'ailleurs s'épuiser, chômage oblige). La bibliothèque municipale est une très bonne solution : communauté, développement durable, ralentir la consommation, blabla...
Rédigé par: canthilde | 21 décembre 2007 at 19:27
@ Chicorée et Canthilde : mais je suis aussi inscrite en bibliothèque, celle de l'usine et celle de ma commune.
Le seul inconvénient est que j'ai parfois (souvent ?) du mal à trouver le temps d'y passer rendre les livres empruntés.
(I'm a total bookalcoolic, I know)
Rédigé par: gilda | 21 décembre 2007 at 19:37
@ Joël : merci je me sens moins seule.
Cela dit (je fais ma vieille, là) à ton âge j'étais plus ordonnée, j'ai cédé devant un afflu de paperasses début 1995 (nous avons récupéré tous les documents du père de mon mari tombé soudainement malade) et quand mon bureau (à l'usine) a cramé alors que j'étais restée tard à faire des sauvegardes et que j'y maintenais mes affaires bien rangée, ça m'a dégoûté de le faire.
Rédigé par: gilda | 21 décembre 2007 at 19:43
@ Fauvette : pas de perfidie, non, en fait je n'ai pas compris l'utilité de se précipiter à ramasser, ils ne pouvaient pas tomber plus bas. Je n'ai fait semblant de rien.
@ Lily : On a déjà assez à faire avec le chat des voisins qu'ils nous confient quand ils voyagent :-) ! Je le savais, même sans miaulement, qu'il fallait ranger. Mais bon, demain ...
Rédigé par: gilda | 21 décembre 2007 at 20:00