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Le loufoque du truc

dans le métro il y a 12 minutes et 45 secondes

[billet provisoire et non relu]

Il est toujours un peu étrange même pour qui en est coutumier, d'être confronté à léger posteriori avec la réalité d'une réflexion à part soi qu'on s'était faite.

Ainsi en entendant hier soir à la radio d'une voiture embouteillée (la nôtre, hélas), que la recette du Grand Bal de Polytechnique avait été dérobée et l'ordre de grandeur impressionnant du montant de celle-ci (à la mémoire, 50 000 euros), passé le premier sentiment élémentaire de se dire que ça semblait n'avoir pas dégénéré et que c'était là l'essentiel, j'avais songé non sans une brève arrière-pensée personnelle aux étudiants du BDE en charge, à l'ardoise que ça allait leur laisser s'ils n'étaient pas assurés. Et quand bien même, à la sécurité défaillante qu'on n'allait pas manquer de leur reprocher compte tenu de la somme engagée.

J'ai pensé aussi à ceux qui s'étaient trouvés directement menacés par le ou les agresseurs. C'est le genre de petits aléas de la vie dont on se remet fort mal parfois et qui peut vous rattraper par les pattes des années après alors qu'on croyait avoir définitivement réglé la question avec sa mémoire. Non pas que ça me soit arrivé, je n'ai été flinguée que moralement pour ma part, mais j'ai de la parentèle et des connaissances qui exercent de ces métiers ou pour par cher on risque sa peau quotidiennement (1).

Je rentrais à l'instant d'une course rapide et qui ne pouvait être différée pour cause d'utilité de travail personnel. A côté de moi, dans le métro, un jeune homme élégant à la coiffure faussement hirsute et aux chaussures très coûteuses. Malgré le bruit de la rame il causait à un(e)  ami(e) via son téléfonino. Fatalement il hausse un peu la voix ; inévitablement j'entends tout.

- Oui j'ai lu dans le journal, ... Je t'appelais ... pour toi personnellement, ça te met dans la merde ou ça va ? ... Vous étiez assurés ?

Je sais immédiatement, sans pouvoir objectivement dire pourquoi, qu'il parle de cette affaire, que son interlocutrice (je suis également persuadée qu'il s'agit d'une jeune femme, allez  savoir pourquoi) est l'une des élèves directement concernée et la suite des propos me le confirme.

- Ah oui, les assurances ne prennent pas ... J'espère que pour ta part tu n'auras pas à vendre ton ...

L'autre parle un moment, elle ne doit pas être désespérée ou bien conserver de l'humour car le gars esquisse un bon sourire, puis ajoute

- Oui, le loufoque du truc c'est que ça arrive à des militaires.

Je me dis qu'on a le loufoque qu'on peut, qu'avec ma chance traditionnelle, et mes engagements divers et variés et associatifs et estudiantins (jadis) je devais probablement à quelque miracle en erreur d'aiguillage d'avoir  échappé à ce genre d'ennuis.

Il quitte la rame à Opéra, le ton plus léger qu'au début de sa conversation et presque plaisantant :

- Alors comme ça si la prochaine fois que je passe chez toi je vois plein d'huissiers, je m'étonnerai pas.

J'envie soudain très fort l'insouciance de la jeunesse, comme de ne l'avoir jamais connue et songe non sans affliction aux amis perdus, ceux qui lors de coups durs, certes moins "loufoques" que celui de la plytechnicienne avaient soigneusement oublié d'appeler.  Je souhaite alors mentalement au garçon attentif et soucieux des siens de ne pas changer.

(1) cf. l'histoire du "Serrurier volant" de Tonnino Benacquista (+ Tardi) aux éditions l'Estuaire

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Eh oui, tout le monde n'a pas votre faculté à dramatiser, alourdir, plomber n'importe quelle situation. Certains êtres sont légers, quel que soit leur âge.

Comme toi je trouve rassurant que ce jeune homme passe un coup de fil au moins pour donner un petit signe d'amitié, cela fait toujours chaud au coeur tout simplement...
C'est rien, mais parfois c'est beaucoup...

Décidément j'aime bien tes traces et trajets.

J'ai lu ce billet hier et je me suis demandée toute la journée si prendre la vie avec légèreté c'était un tempérament ou le témoignage d'un certain confort de vie...? J'ai pas tranché...Ce billet et le 1er commentaire me laisse songeuse.

bonsoir Mavie,

Je ne peux répondre qu'en ce qui me concerne : de tempérament j'aurais été plutôt légère si ma vie l'avait bien voulu. Quand les circonstances vous plombent de bonne heure, et à répétition sans que vous n'y puissiez rien ou si peu, l'insouciance finit par disparaître.

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