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Il suffira d'un cygne, un matin

mercredi 23 mai 2007, opéra Bastille, Lohengrin de Mozart Wagner mise en scène de Robert Carsen

Cimg4955

(pour des raisons bassement alimentaires, suite du billet seulement ce soir

si tout va bien)

Depuis le temps que je vais à l'opéra (1), c'est la première fois que des voix je n'entends rien. Les chanteurs n'y sont pour rien, ni non plus que l'orchestre qui ne les couvrait pas, c'est moi, juste moi.

J'étais probablement au bout de mon impasse, l'acier moral qui m'a blessée mutilait mes sens et ma capacité à apprécier les chants.

Seuls ont survécu dans l'immédiat et au souvenir les choeurs qui chez Wagner sont souvent si puissants si anguleux si soudain et si forts, qu'ils me rappellent non sans frémissement les 80000 spectateurs d'un stade de France chaviré de bonheur et de surprise à mon 1/253 d'entrée en scène en 1998. J'exagère ? L'énergie y est ainsi qu'une certaine touche d'harmoniques légèrement dissonants et pointus.

A plusieurs reprise je les trouve remarquables, étrangement émouvants (2).

La tête ailleurs, je suis l'histoire de loin aux mouvements de foule et de lumières, comme si seule la mise en scène devait tout me raconter ou le récit m'être révélé par ce curieux cygne passablement raidasse qui détonne avec la fluidité et la beauté du reste et débarque un jour de détresse du principal personnage féminin, charmante et blonde Elsa. Une bécassine presque béate dans mon genre qui se la fait accroire par une méchante optimale, et laisse le doute en elle s'insinuer jusqu'au maléfice. Aurais-je aussi gâché mon cygne dans ces moments où l'on teste la force de nos amours ? Je n'ai plus que ces questions-là au bout de mon impasse et n'aurais probablement jamais tout ce qui brille dans mes mains, quand Elsa, au moins, un temps en profita. Elle aura eu les yeux qui brillent, elle, avant de gaffer fatal et être à l'origine du retour de l'oiseau muet et du départ de son amour (grand).

Je comprends l'allemand, pas assez pour l'opéra. Seulement j'oublie que ce n'était pas écrit dans le livret en latin français, et omets de lire les sous-titres sauf certaines phrases qui décontextualisées me restent, Jurons vengeance dans la nuit sauvage de nos corps, ou cet extraordinaire Devant lui (3) tout message est vain, il dissipe les ténèbres de la mort, trop perdue sans doute dans les miennes propres et sans Graal à disposition immédiate. On n'en trouve pas déjà dans les distributeurs. Ni des saints, ni des lights, ni des Graal zéro, ou décaféïnés. Notre société de consommation n'est donc point encore à son paroxysme. Ça ne saurait tarder. Marchands de tous les temples, je pense que pour le Graal de poche, il y a un marché surtout pour ceux qui seraient Wi-Fi compatibles.

Pendant ce temps deux hommes solides en costumes trois pièces s'affrontent au sabre ou bien à l'épée. Le temps qu'on s'habitue, l'un des deux est salement tué.

La femme en robe blanche git de tout son long sur le sol de la scène grise, je comprends que je ne l'ai pas vue tomber, cherche encore à saisir ce qui a pu lui arriver, y renonce en voyant entrer en scène un petit Nicolas (4) tout de blanc vêtu et qui plante un arbre porteur d'espérance (c'est souvent le boulot des arbres qu'on plante) et marque de la fin, la fin de quoi déjà ?

Je mets même un moment avant de comprendre qu'il est temps d'applaudir, soulagée à la pensée qu'un concours de circonstances pour une fois favorable me permettra en juin une séance de rattrapage (5). Et rassurée sur ce point précis que la durée de l'oeuvre est plutôt supportable. 

A peine plus tard, je rentre chez moi sans pour autant regagner ma vie. Celui qui ce soir-là sans grommeler m'accompagne fredonne l'air nuptial si souvent emprunté, quand traîne dans ma tête une chanson morticole (6) dont je ne sais d'où elle me vient, ou plutôt trop bien.

(1) Kozlika, savoure cette phrase, c'est à toi que je dois ce sentiment soudain et surprenant  d'être une vieille briscarde du rang 9
(2) ce qui est dit ou chanté à toutes forces l'est relativement rarement.
(3) le Graal pas le cygne
(4) Pavsic
(5) je suis pas contre une intercession bénévole de ceux qui en sont capables auprès des mânes de Robert S. et François-René de C. afin qu'un séjour prochain en leur cité bien-aîmée me soit enfin l'occasion de guérir d'un des mals qui me minent, et que je puisse ainsi accessoirement assister à la session de rattrapage l'esprit serein et concentré au lieu de divaguant comme l'allure de ce billet.
(6) je ne peux hélas pas faire de lien, mais le terme m'en a été remis en mémoire par un certain Kael commentant sur le blog de monsieur Le Chieur ; la chanson était effectivement "C'est aujourd'hui dimanche, tiens ma jolie maman, voici des roses blanches, toi qui les aimais tant"

[photo : station Bastille, ligne 1, détail ; mercredi 23 mai 2007]

Bon allez, pour ceux qui ne connaissaient pas ce chef d'oeuvre impérissable (1) de la chanson française

Il suffira d'un signe de Jean-Jacques Goldman

(je ne suis pas allée au bout de ma contrainte, désolée pour les amateurs du genre, je ferais mieux la prochaine fois)

(1) Je me moque mais au même titre qu'Abba, Eros Ramazzotti et probablement quelques autres, ce vieux JJG, fait partie de mes facilités inavouables des moments bas, le pr*zac auditif (et efficace) pour tenter de chasser le gris avant qu'il ne vire au noir. Les premiers sont quand même auteurs et interprètes de la seule chanson d'amour perdu joyeuse et entraînante que j'aie jamais connue.

Y en a d'aucun c'est Dido, hein, même qu'il l'a dit sur son blog (j'essaie de m'adapter à l'air du temps, là, je délate, delete, délationne) mais comme en même temps il parlait de Gilda, indulgence...

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Bien, bien, j'attendrai !

Trop fort le titre!

attends de voir le billet !!
(non, je rigole, je viens juste de rentrer et terminer de dîner et l'idée un peu marrante que j'avais ce matin au moment où je me suis rendue compte que damnaide il était plus que très grand temps de filer pour l'usine, ben elle n'a pas résisté à la journée de labeur.)
Je vais voir ce que je peux faire.

PS : Cela dit je ne sais pas si le clin d'oeil est causant pour les moins de 30 ? 35 ? ans.

PS' : c'est millésimé 1981 quand même.

merci de ta patience, Fauvette

Aurèle a utilisé le même jeu de mots, devant Fûulion qui a eu l'air de saisir l'allusion, il semblerait donc que la chanson soit passée à la génération suivante !
(j'avais pas fait gaffe qu'Elsa mourait à la fin (de désespoir tout simplement, ça arrive dans les opéras) tout occupé par les travaux horticoles du petit, je suis soulagé d'apprendre que ce point du livret fut respecté)

Me voilà rassurée, je ne suis donc pas seule (pour le jeu de mots un chouille Vermot) ! Cela dit, Fûulion connaît bien des choses que d'autres de son âge ignorent, je ne voudrais pas qu'elle en prenne ombrage si elle passait par ici, mais j'ai dû mal à la considérer comme révélatrice de ce que connaissent ou non ceux de sa génération des "trucs de vieux" (et puis c'est bien connu sa maman écoute Goldman à fond tous les matins :-) :-) :-) :-) :-) :-) :-) :-) :-) :-)

Au sujet d'Elsa je ne suis pas tout à fait certaine qu'elle soit morte, j'ai juste capté (c'est bien le mot, j'étais assez brumeuse) qu'elle était répandue peu avant les travaux pratiques de jardinage enfantin. J'étais même si peu présente que j'ai mis un moment à me rendre compte des applaudissements, ah tiens, c'est donc fini.

J'ai bien fait d'attendre !

Nous avons vu le même spectacle mais pas n'étions pas du tout dans le même état d'esprit ! J'avais moi besoin d'évacuer un trop plein d'ambiance tendue au travail, et ai été ravie de me plonger dans les cuivres, les choeurs, l'histoire étirée comme un vieux chewing-gum, et ai suivi sans éprouver un moment de lassitude.
Et j'étais avec une bel équipe de blogueurs...
Je ne prononce pas sur la qualité des interprêtes, je suis débutante moi ma petite dame ! Et n'ai pas de culture musicale...
En revanche je connais par coeur les Roses blanches chantée par Berthe Sylva que Greta ma mère écoutait très, très souvent !
(Pardon je m'étale). Je te souhaite un heureux Etonnant week-end à Saint-Malo, et t'embrasse.
A bientôt.

L'histoire étirée comme un vieux chewing gum, je crois qu'on ne peut pas mieux dire.
La fin ressemblant davantage a un vieux précipité de TP de chimie.

"Etonnant week-end à Saint-Malo" : étant donné que je suis en pleine phase Chondresque ( http://chondre.free.fr/blog/?p=364 ) je ne doute pas un seul instant que ce sera le week-end lui-même qui sera étonnant, tu ne pouvais pas mieux dire.
J'espère que tes voeux seront entendus (mais par qui ?)


J'ai la flemme de faire un roman ici, mais le coeur y est.

Juste pour signaler qu'un mome de 25 ans connait bien JJG, et en fait ce mome (moi) pense que tout le monde connait JJG, et connait "il suffira d'un signe" "minoritaire" aurait été moi connue, mais ne se pretait pas aux jeux de mots, d'ailleurs minoritaire ne se prete à aucun jeux de mots visible au premier abord. Ni même au second en faite.

Non juste pour dire que si c'était là le petit jeu de mot caché, je ne suis pas encore assez jeune pour ne pas le connaitre, d'un autre coté ... suis je vraiment jeune ?

Pardon Sissere d'avoir sous-estimé les connaissances de chansons française des 25 ans et moins, alors. C'est vrai que j'ai en cas de doute tendance à demander à mes enfants s'ils connaissent ou non et qu'ils sont à la fois plus jeunes et pas forcément représentatifs de toute une génération.

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