Je n'ai pas trop compris pourquoi, à part qu'il pleuvait, que mes cheveux étaient mouillés, que j'avais une personne au moins à voir ensuite, que c'était un peu sérieux même s'il ne s'agissait pas à proprement parler d'un déplacement purement professionnel.
J'ai éternué, je suis entrée dans la pharmacie.
Peut-être aussi parce qu'elle était ouverte, que j'étais en avance mais pas le printemps, et que le climat peu clément comme la non-fermeture étaient remarquables.
C'était le 1er mai.
Je pensais confusément à des pastilles pour la gorge, qui peut-être empêcheraient le rhume sinon d'advenir du moins de choisir cet angle d'attaque particulièrement pénible quand on doit causer. Pourtant quand mon tour est venu après une longue attente, les maladies et les souffrances ne fêtent pas le travail, je me suis entendue prononcer ces mots :
- Auriez-vous s'il vous plaît un peigne à me vendre ? J'en cherche un petit, en écaille.
La pharmacienne m'a regardée non sans perplexité, mes cheveux sont très courts, j'en avais marre de leur indépendance, lasse d'être ébouriffée je leur avais un vendredi plus tôt imposé la colonisation du ciseau. Je venais de remporter haut la main la palme des demandes incongrues de dimanche et jours fériés.
- C'est pour vous ? laissa-t-elle échapper en ajoutant très vite comme pour réparer une gaffe ou maladresse,
- En écaille, non, mais en plastique il m'en reste un.
Elle m'a indiqué sous son blister suspensif un petit peigne noir, au prix fort abordable. Ca faisait mon affaire.
Je l'ai pris. J'ai reposé par la même occasion le dentifrice au fluor et la brosse à dents dont j'avais, pendant l'attente au milieu des présentoirs, garnis mes mains alors que je n'en avais aucun besoin immédiat.
Un homme derrière moi s'est marré, et m'a dit d'une belle voix d'enrhumé parfait que complétait le même accent légèrement oriental que celui de mon ami Bachir qui habite à Beyrouth,
- Remarquez, ça peut toujours servir.
Puis secourable et presque en chuchotant afin d'être discret : - Si vous voulez je peux vous dépanner.
J'ai mis un instant à comprendre qu'il croyait que je les reposais à cause du prix du peigne, quand c'était juste par absence de réelle nécessité.
Ma tenue avait tout pour l'induire en erreur, j'avais de mes jeans celui qui est troué, mon vieux caban râpé à force d'être inusable, des chaussures héritées d'un refus de Stéphanot à qui une amie les avait d'abord cédées car elles ne convenaient plus à son propre fils, et cet air un peu misérable des gens qui sont mouillés.
Confuse mais touchée par sa gentillesse, je l'ai remercié d'un sourire contrit, puis pour faire bonne mesure et payer par carte bleue acquérais 25 grammes de gelée royale à consommer de préférence avant le 15.07.2006 et à tenir au frais (emballage isotherme).
Eussé-je été plus jeune, plus blonde et moins minable (1), j'aurais peut-être pris mon temps afin de ranger mes emplettes et que nos sorties coïncident de façon prometteuse, mais j'ai lâchement filé. Le sale temps, mon passé et le froid m'enlèvent toute audace et sapent mon énergie. Voilà pourquoi parfois je ne me ressemble pas.
A Stéphanot et de retour j'ai offert au bord du même soir un livre, acheté non loin et peu après.
Le peigne de plastique est resté dans mon sac. Servira-t-il un jour ?
(1) puis pourvue par ailleurs d'un échantillon publicitaire utile et rassurant.
Oh lala Gilda, si vous saviez combien de fois on me regarde bizarrement à cause de mes tâches propres (celles qui restent après lavage avec une lessive non polluante) ou de mes chaussures montagne... mais au fait que fait Clopine ici ? vous vous connaissez toutes les deux ? C'est encore une de ces coïncidences de blog ? Si vous saviez comment on s'est croisées, la clopine et moi (voir blog de clopine : "Coïncidences, timidité et solitude") et je vais lui dire tout de suite, à la Clopine, comment je vous ai rencontrée pour la première fois car en plus ça a un rapport !
Emmanuelle (je reviens à peine d'Arras)
Rédigé par: Emmanuelle Pagano | 03 mai 2006 at 16:49
J'allais justement dire qu'il me rappelait un certain sac à main, ce post...
J'adore "cet air un peu misérable des gens qui sont mouillés", et pourtant c'est drôle, moi quand la pluie m'a mouillée, je me sens forte, vivante (même si effectivement j'ai peut-être l'air un peu misérable). Ca me rappelle il y a quelques années, mon jeu préféré était ensuite d'aller m'ébrouer auprès de camarades secs, leurs cris de surprise indignée me faisaient toujours éclater de rire.
Désolée, je m'égare, mais j'aime bien être mouillée, voilà !
Rédigé par: Milky | 03 mai 2006 at 20:27
Emmanuelle, nos commentaires se sont croisés, dans le même temps j'allais chez Clopine m'étonner qu'elle parle juste maintenant du "Tiroir à cheveux" !
En plus vous passez quand je parle d'un peigne ;-)
Bon là il se fait trop tard pour moi pour lire ailleurs et demain c'est "l'usine" mais j'espère à vendredi.
Milky, ben oui forcément. Merci parce que ça veut dire que c'est pas trop foiré par rapport à l'intention initiale malgré la déviation vers le triste que je n'ai pas maîtrisée.
Par ailleurs, effectivement quand on se sent en forme on peut trouver vivifiant d'être mouillés, moi j'ai plutôt la version grelottante. Il faudrait que je tente les pluies tropicales peut-être ...
Rédigé par: gilda | 04 mai 2006 at 00:52
Ah cette Gilda, comme elle a le sens des formules ! "La déviation vers le triste" : en un mot on y est. On a quitté l'autoroute du consensus joyeux et aveugle et on est parti ailleurs, là où il pleut même quand il fait beau.
Rédigé par: fuligineuse | 04 mai 2006 at 08:54
Il n'est pas impossible que je raconte un jour aussi la "naissance" ou les aventures d'un accessoire fragile destiné à errer au fond d'un sac, oublié... Merci Gilda
Rédigé par: Traou | 05 mai 2006 at 07:41
merci Fulie, mais tu sais je ne cherchais pas une formule, simplement les mots justes.
Vas-y Traou, vas-y (air connu, encourageant et enthousiaste des supporters ... de foot ;-) ! )
Rédigé par: gilda | 05 mai 2006 at 10:21