Vestiaires de la piscine, Clichy la Garenne, pas mercredi là mais l'autre
Ils sont joyeux et plein d'énergie, ils se préparent à l'entraînement. Des gars et des filles, d'un peu tous les âges.
Pour l'instant, ça s'agite, chahute, échange des blagues d'une cabine de vestiaire à l'autre, qui a perdu ses lunettes, qui déchiré son bonnet de bain, le troisième cherche les palmes qu'un copain lui a planquées.
J'attends auprès de son casier que Stéphanot ait fini de se mettre en tenue pour la nage, afin de lui faire gagner un peu de temps. Nous sommes (légèrement) en retard et j'en suis coupable : toujours quelque chose à terminer au tout dernier moment. Je tente par mon assistance de compenser ma négligence pendulaire.
Dans l'agitation et la rumeur ambiante, on ne s'entend pas, je regrette un instant que leur vitalité ne soit pas contagieuse.
S'envole soudain vers les douches un premier lot, le plus nombreux, d'enfants et de jeunesse pressée.
Une sorte de silence s'installe soudain, ceux qui restent se sentent tenus à la hâte et celle-ci ne bavarde pas.
Emerge alors cette question, posée à voix bien haute car faisant suite à un échange que je devine parlé fort pour couvrir le bruit des autres qui vient juste de s'éteindre :
- Tu es homosexuel alors ?
C'est un gosse de 10 ans qui a parlé à son copain, et je ne sais fichtre rien de ce qui dans la conversation a amené cette demande. Mais à part le volume sonore, peu adapté aux couloirs désormais calmes, elle est exprimée avec le plus grand naturel, pas une once de curiosité placée ou déplacée, il se demande juste si, exactement comme il dirait :
- Est-ce que c'est toi, chez toi, qui va acheter le pain ?
ou encore
- Et ta grande soeur, elle est au lycée ?
voire même
- Tu es venu à pied ?
On est dans la constatation quotidienne, de l'intérêt amical pour la vie d'un copain.
Lequel, pas bien plus vieux, répond tranquillement :
- Non, je crois pas.
et puis après la pose réflexive de qui cherche à être sincère mais sans aucune angoisse :
- En fait j'en sais rien. Je saurais plus tard, non ?
L'autre répond par un
- Grouille-toi, on est en retard !
qui clôt la discussion par abandon d'un sujet dans leur avenir immédiat secondaire, alors que l'ire de l'entraîneur est une menace concrète.
A peine après, ils filent vers les douches et l'accès aux bassins.
Je me dis que l'avenir n'est peut-être pas si sombre si les futurs grands larguent ainsi les préjugés tenaces qu'ont tant de leurs aînés, tends ses palmes à Stéphanot qui, heureux, me sourit et savoure ce bref instant de paix et d'apaisement.
(1) pardon Jane, j'ai pas pu m'empêcher.
[photo sans lien direct si ce n'est le lieu : piscine de Clichy la Garenne, le 16 mars 2006]
La question a vraiment été entendue et prononcée telle qu'elle par un petit gars dont l'absence totale d'à-priori qu'il y mettait m'avait fait chaud au coeur.
Une colère hier me l'a par réaction remise en mémoire. Du bureau, je ne peux la plupart du temps pas accéder aux blogs ce que généralement j'admet, nous ne sommes pas payés pour ça, même si dans certains cas ça me dépannerait bien de pouvoir procéder à un bref ajustage sur l'un des miens ou mon fotolog, répondre vite fait à un commentaire, ou entrevoir les photos posées par une amie sans attendre au soir tard, ni non plus me heurter à des refus ainsi formulés :
La ligne de conduite appliquée par votre organisation pour l'utilisation d'Internet limite actuellement l'accès à cette page Web. |
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variante :
Seulement ça tombe qu'hier j'ai voulu consulter le carnet du Capitaine et me suis heurtée à un refus choquant :
La ligne de conduite appliquée par votre organisation pour l'utilisation d'Internet limite actuellement l'accès à cette page Web. |
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Raison : |
La catégorie "Homosexuels, lesbiennes et bisexuels"
de Websense est filtrée. |
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URL : |
http://embruns.net/
Toute protestation est hélas impossible puisque
de l'internet nous ne sommes censés faire
un accès que professionnel et que, je le déplore,
la consultation des sites amis n'entre pas
dans ce cadre aride et restreint.
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Encore un problème de police, je ne peux pas lire le bout des trois lignes qui concluent ton post. Mais je suis fort choquée par ce que je lis (en entier, cette fois) plus haut (et du coup, j'aimerais pourvoir lire pourquoi toute protestation est impossible !!)
Espérons que le qui-ne-sait-pas-s'il-est-homo-ou-non rencontrera toujours autant d'"indifférence"...
Rédigé par: Milky | 07 avril 2006 at 19:26
Milky, j'ai essayé de corriger comme j'ai pu (e problème est que la mise en page finale n'est pas exactement celle que j'obtiens à l'écran avant d'enregistrer en particulier sur la taille de la police et j'ai pas la force d'aller tripatouiller le html dans le texte)
Rédigé par: gilda | 07 avril 2006 at 20:47
peut-on dire d'un gamin de dix ans 'il est homosexuel ? Dieu sait quelles étaient les bases de la question... ou le préjugé...
Rédigé par: JC-Milan | 07 avril 2006 at 22:10
J'aurais personnellement plutôt tendance comme son copain à dire Il saura plus tard, non ? (encore que dans le fond qu'est-ce que j'en sais ?) mais dans la mesure où c'était un gamin de 10 ans qui posait la question, je ne trouve pas ça gênant.
Effectivement, je ne sais rien de se qui précédait. Qu'avait bien pu lui dire le premier qui entraîne cette question comme allant de soi ?
En tout cas elle était posée d'un ton qui à lui seul montrait que le gosse qui l'émettait n'était pas dans le préjugé, plutôt dans la réflexion logique et que si son copain avait dit oui il ne s'en serait aucunement formalisé. C'est précisément ce qui m'a semblé réconfortant.
Rédigé par: gilda | 08 avril 2006 at 00:14
Gilda, je suis sûre que Jane ne t'en voudra pas.
Dans le rôle de l'emmerdeuse de service, je voudrais te dire que j'ai dû relire trois fois la phrase : "Je me dis que l'avenir n'est peut-être pas si sombre si les futurs grands sèment ainsi les préjugés tenaces qu'ont tant de leurs aînés..." qui me semblait dire le contraire de ce qu'elle dit, à cause du verbe "semer". Je suppose - ou le reste serait incohérent ! - que tu voulais dire "larguer, abandonner, laisser tomber". Mais cela peut se comprendre autrement, donnant exactement l'inverse...
Rédigé par: fuligineuse | 08 avril 2006 at 10:38
Au contraire Fulie, tu me rends service, je viens de corriger.
En fait pour l'indécrottable citadine que je suis et qui ne fait même pas pousser un brin de menthe sur son balcon, on sème qui vous suit dans la rue et non pas des graines pour qu'elles poussent. Mais tu as parfaitement raison de souligner que pour la plupart des gens qui ont su, eux, garder un lien avec la nature c'est cette deuxième acception qui est la plus courante. J'envie sans espoir l'habileté de Katherine Mansfied à donner dans ses nouvelles vie aux plantes des jardins lointains ;-) !
Rédigé par: gilda | 08 avril 2006 at 10:45
Quand même, ça me chiffonne ; intedire l'accès à un site parce que c'est un blog, je le conçois fort bien (même si, bon), l'interdire parce qu'il est homosexuel (d'ailleurs je me demande bien comment ils effectuent ce filtrage), c'est super politiquement incorrect, et pour une fois dans le mauvais sens du terme...
Rédigé par: Milky | 08 avril 2006 at 11:38
Milky, tu sais, c'est bien pour ça, parce que ça m'a mise dans une colère d'autant plus noire que je ne peux pas l'exprimer
ni même me renseigner pour comprendre d'où ils ont sorti un filtrage pareil (1)
sous peine de me heurter à un catégorique "mais vous n'avez rien à faire là-dessus sur votre temps de travail"
(d'ailleurs dab, j'essaie même pas, mais ce jour-là je voulais juste transmettre un lien avant d'oublier)
que la tolérance du gamin qui était d'une si belle et rassurante évidence, m'est revenue en mémoire mettre un peu de baume au coeur, et que j'ai écrit ce billet
(1) à double titre :
- qu'on souhaite filtrer les sites de sexe afin d'éviter les abus, je peux comprendre, même si c'est humiliant en tant que salarié(e) d'être ainsi infantilisé(e), mais pourquoi la catégorie "Homosexuels, lesbiennes et bisexuels" ;
c'est quoi cette assimilation abusive à la con ? Même s'ils y en a de nombreux dans ce cas, ce critère de (dé)sélection ne suffit pas à en faire systématiquement des sites de cul ou de rencontre, c'est quoi ce mépris ?
- et ensuite, selon quels étranges critères le carnet de Laurent Gloaguen est-il "tombé" dans cette catégorie jugée indigne de libre accès ? La fréquence d'emploi de certains mots ? Non mais, c'est quoi ces procédés fascisants ?
Rédigé par: gilda | 08 avril 2006 at 12:06
D'une certaine manière ça me rappelle un peu l'histoire de Garfieldd, cet absurde amalgame : homosexuel = sexuel...
Je comprends bien sûr pourquoi tu ne peux pas aller t'en plaindre plus haut ; mais c'est quand même super retors, à ce moment-là ils peuvent inventer les pires filtres discriminatoires en toute impunité puisque-vous-n'avez-de-toute-façon-rien-à-aller-fouiner-par-là.
Rédigé par: Milky | 08 avril 2006 at 12:17
Tu me connais, je vais encore pas pouvoir m'empêcher d'ouvrir ma gueule et d'en causer à quelques collègues sympas, compréhensifs et mieux placés que moi (c'est pas difficile) que je connais à titre personnel, en espérant déjà que ça les fera réagir et qu'en plus ils aient un peu de pouvoir de lutter contre. Mais par la voie officielle, c'est même pas la peine.
En attendant, tu as parfaitement raison, une telle ségrégation, déjà révoltante en elle-même, c'est la porte ouverte à pleins d'abus.
Rédigé par: gilda | 08 avril 2006 at 12:35
le "ça"
oui, à dix ans, les enfants parlent de ça, pense à ça, font de la provoc avec ça, se posent des questions sur ça , se donnent des réponses de ça , se font leur tambouille entre eux et font, à leur manière, ce que chacun d'entre nous fait, c'est-à-dire se démerder avec "ça".
Ca s'appelle, d'après Freud "la période de latence", et d'après moi, c'est une période où le bouillon s'agite fortement. La réponse si sage du petit garçon, qui "attend de voir", est surprenante de sagacité/ La question de son pote me fait penser que décidément, les enfants précoces ne sont pas les plus heureux.
Mais comme "j'en étais", comme on dit, je n'ai qu'à fermer mon large bec !
Clopine
Rédigé par: clopoine trouillefou | 08 avril 2006 at 15:12
Large ou pas, Clopine, votre bec j'adore quand vous l'ouvrez.
Je ne sais pas grand chose de Freud ou d'autres psychologies, philosophies, analyses du monde et de ses habitants.
En revanche pour les croiser souvent, je peux dire que les enfants nageurs de ce groupe que mon fils fréquente, sans être jusqu'à précoces sont vifs et bien dans leur peau. Ils ont la chance d'avoir des parents, sinon fortunés (il y a des aides pour les inscriptions de qui à des soucis financiers) du moins de bonne volonté et prêts à accompagner. Je veux dire par là qu'ils ont autour d'eux des grands à qui poser leurs questions sur ça ou sur le reste. Probablement que ça alimente leur réflexion.
Sans doute aussi qu'ils ne penseraient pas déjà à ces sujets ou à d'autres "de grands" s'ils ne voyaient ou n'entendaient pas à la télé ou bien ailleurs toutes sortes de choses. Nous autres du siècle dernier étions, me semble-t-il, maintenus plus longtemps dans un monde enfantin. Je ne saurais dire si c'est mieux ou moins bien.
Personnellement, j'ai souffert, pas tant au sujet de "ça" (j'étais assez douée pour trouver mes réponses dans des livres et pas non plus très tracassée) que des difficultés du quotidien et de leurs points de vue sur la marche (certes souvent terrible) du monde que les adultes refusaient de partager avec nous, sous prétexte que nous étions "trop petits".
Peut-être que ceux de maintenant sont au contraire trop bombardés d'images (dans nos contrées), assaillis de préoccupations qui ne sont pas les leurs. Je n'en sais trop rien. J'essaie de témoigner à ma façon de ce que je vois ou j'entends.
Et aussi d'être là quand ils ont des questions, même si j'ai si rarement moi-même des réponses satisfaisantes à leurs proposer.
Rédigé par: gilda | 09 avril 2006 at 09:29
Moi quand je vais sur mon blog du boulot, ça me colle un sympathique : "Forbidden : mature, lifestyle". ;-)
Rédigé par: Matoo | 09 avril 2006 at 15:22
Voilà qui ne manque pas d'hypocrisie comme motif.
Ca n'en demeure pas moins inacceptable.
Je me demande bien quels sont les critères d'attribution de ces catégories à vos sites. Je crains le pire.
merci Matoo d'être passé.
Rédigé par: gilda | 09 avril 2006 at 23:15