Mardi "au bord du soir", Paris XIII, médiathèque Melville, bibliothèque Durand.
billet non relu
L'un va vers sa voiture, les autres poursuivent un bus à vitesse olympique, il fait si bon, j'hésite à prendre un vélib pour faire tout le trajet et puis j'ai dans mon sac un livre qui me tend les pages alors j'opte pour la ligne 14 ; en vélib on ne peut pas lire.
Je pense quand même qu'à Satin Lazare, j'en prendrai un plutôt que de poursuivre en train ou en métro.
Arrive ce terminus. Je suis restée scotchée, n'ai plus envie que de lire et pas de pédaler. Je prends le métro.
Viens la première station où je pourrais descendre. Je n'hésite pas : je reste et parcourrai tant pis le chemin à l'envers.
Je craignais d'encombrer, j'ai quand même finalement pour moi (2) demandé une dédicace. Vous m'avez parlé de la vie, ce sens qu'on lui donne, la cruauté des absences et cet effort (3) qu'on fait de se dire "Je n'ai rien fait" et que si l'autre ne veut plus, après tout.
Je pense alors : apprendre à prendre à son propre compte et sans remords ni regrets les bonheurs qu'en partant il ou elle aura délaissés. N'ose pas le dire.
Notre conversation est pourtant comme la suite d'une autre que nous aurions déjà eue. Je connais cette sensation de se connaître d'avant, n'exclus d'ailleurs pas complètement que nous ne nous soyons déjà croisées.
C'est juste que j'ai peur de peser, et que je ne suis pas encore capable d'aborder ces sujets sans devoir réprimer les larmes qu'ils m'apportent. Je m'en veux d'être trop sensible ; je sais un peu (pas tout) de l'état du monde et d'être une (très) privilégiée.
Votre expérience me rassure sur la mienne : ce n'est pas être fou que d'avoir en soi la poésie, les mots qui bousculent, quand on vit là où pourtant ça ne devrait pas. Que ça n'est pas nécessairement dans la langue où l'on est né(e)s.
Vous m'apprenez que les sentiments ne sont pas un luxe. Je suis toujours tentée de le croire (n'ai jamais souffert de la faim, mais de la peur de ne plus avoir les moyens d'accéder au manger, si). Vous avez le bonheur d'être en France comme moi d'être à Paris même.
C'est un livre de poésies. (1)
Simples, tout droit, sans artifices, et qui me vont au coeur. J'aurais pu à un mot près (un aussitôt qui ne colle pas à ma propre histoire) écrire deux d'entre elles, mais trop française, suréquipée, aurais sans doute inutilement compliqué les choses ou trop allusionné.
Je sors de la médiathèque, sens une fine odeur de poulet (rôti), ose improviser une bonne suite de soirée. Libérée par vos mots, j'ai moins peur d'être lourde. Ne gâcher aucune coïncidence favorable, laisser les bons vents nous porter dés que la moindre brise accepte de souffler.
Je sais à présent qu'être sans colère ni ressentiments envers ceux qui ont pu par le passé nous mettre en danger, n'est pas anormal. Et qu'on peut en guérir sans prendre ce chemin. Je m'en doutais, cette possibilité m'était trop étrangère. Je craignais simplement à force de souffrance enlisée, de faire fausse route en conservant l'affection, en restant par la paix. Me voilà (ré)confortée.
Et presque heureuse ?
Je lirai les autres.
(1) "Une petite plume cambodgienne" de Méas Pech-Métral (HB éditions)
(2) Je le fais rarement car pour moi une dédicace c'est avant tout pour offrir un livre à quelqu'un d'autre, ajouter un plaisir particulier et personnel à celui de la lecture confiée.
(bien sûr il y a par ailleurs les dédicaces des amis, mais c'est tout autre chose, celles-là ont de sens avant tout parce qu'on se connaît et témoignent d'une tendresse préalable ou de circonstances précises).
(3) Pour moi c'en est un, il semblerait que pour vous moi ou plutôt que vous parveniez à le faire quand moi j'y patauge encore, des années après.
[Photo : non loin de là en sortant ; en fait c'est une photo ratée, je voulais prendre le rouge (l'engin d'élagage) et le blanc (le car), mais j'aurais dû attendre d'être plus près]
Vous avez adoré lire Proust (1), ou vous regrettez de ne pas déjà l'avoir fait à haute voix.
Alors peut-être pourriez-vous participer à ceci :
Le Baiser de la Matrice
(1) Même que nous qu'on l'a fait maintenant on se la pète (et pas qu'en français, c'est dire)
PS : Si par mégarde, Proust vous effraie un peu (scories scolaires, parfois), lisez donc ce qu'en dit Clopine Trouillefou, ça commence par là.
et je suis bien triste.
J'ignorais qu'il fût malade. J'ai l'impression de l'avoir croisé hier encore, fatigué de travailler comme un forcené, assez peu capable de bosser autrement, mais pas d'autres choses.
Je n'ai pas la force ni le coeur d'en écrire davantage, je laisse la parole à Pierre Assouline, qui dit bien mieux que je n'aurais su faire :
Pour saluer Fajardie
Chapeau bas au travailleur.
addenda du 06/05/08, sortie d'usine :
Un très bel article de Serge Scotto à son sujet sur le Mague. C'est par là
Un de ces matins, ici
Stéphanot passe dans la cuisine, tout vif et assoiffé, ouvre la porte du frigo, hésite, la referme, regarde la réserve de bouteilles d'eau et de lait et de quelques plus rares boissons sucrées, et finit par prendre une canette de coca sans doute achetée par son père qui en consomme parfois.
- Ah tiens, je vais prendre un coca, ça faisait longtemps.
Moi (dans mon pur rôle de maman) : - Fais gaffe si tu as vraiment soif, ça ne te désaltérera pas, les trucs sucrés et à bulles c'est pas bon pour la santé [prends plutôt de l'eau].
lui : - Oui je sais, et puis ça fait grossir. N'empêche il paraît que le coca quand on a mal au ventre c'est bon pour soigner.
moi : - Tu sais c'est peut-être eux qui ont fait courir ce bruit afin d'en vendre encore davantage en particulier dans les pays où les vieux européens ne passent pas sans chopper la diarrhée.
lui (rigolard et se souvenant sans doute de mes protestations véhémentes face aux vêtements qui tendent à le transformer en homme sandwich de leur marque (1)) :
- Ma Maman n'aime pas les multinationales !
et il franchit la porte, perpétuellement ouverte et qui mène au couloir.
puis soudain recule d'un pas, repasse une tête, et malicieux ajoute :
- Sauf si elles produisent des livres ?
(bien vu)
Comment lutter ?
(1) Il est pratiquement impossible de résister : pour les garçons adolescents de leur taille et leur style on ne trouve presque plus que ça, sans parler qu'en un cadeau de Noël ou d'anniversaire ou de quoi que ce soit il y a toujours un grand-parent ou autre proche attentionné qui offrira LE sweat-shirt, le pantalon ou le pull qui portera frontalement (ou sur le cul en grand, fin du fin de l'élégance) et en gros caractères le nom glorieux de la firme qui au fin fond d'une Chine quelconque l'aura fait fabriquer au moindre coût possible. Le gosse a dû mal à voir ce qu'il y a de mal à ça, tous les copains ont le même ou le voudraient, et la parentèle est confite dans la certitude d'avoir fait le bon choix, offert le truc qui plaît qui répondra à une saine réaction de type : - Tu sais, mon fils pour leur faire de la pub il n'est pas payé.
par un incompréhensif et offusqué (c'est quoi cette gougnafière (moi) qui râle au lieu de remercier) : - Mais, c'est le dernier modèle et on l'a payé cher, il va être fier de le porter.
Quant aux pompes, je n'en parle même pas, celles de sport sont de plus en plus et comme cousues autour de leur logo, qui l'étoile, qui quelques bandes, qui une virgule virevoltante, un grand N (pour Neuneu Majuscule ?), un fauve en plein élan ..., et les non-marques finissent elles-mêmes par porter fièrement leur propre non-distinction qui à force aussi devient fameuse (2).
(2) Je suis moi-même tombée dans ce piège, que voulez-vous il faut bien marcher.
Je détiens et use également d'ailleurs des éléments de la liste dont certaines, car à une époque de jadis, certaines marques tenaient à justifier leurs prix par une réelle qualité, datent d'il y a plus de trente ans (1977 très exactement) et sont encore en bon état quoiqu'elles furent souvent portées (moins maintenant mais ça m'arrive). Bref, c'est de moi aussi qu'ici je me moque.
[PHOTO : On pourrait presque croire qu'ils en veulent davantage ; boîte aux lettres dans un immeuble, région parisienne, mai 2008]
Cet après-midi, là où je ne sais pas flâner
Je reviens d'un des lieux amis où j'aime à trouver refuge. Il fait beau, c'est pour moi jour de congé, j'ai déjeuné en fort bonne compagnie, me suis d'ailleurs attardée et une combinaison de circonstances m'a pourvue d'un gâteau 1/2 que je transporte allègrement dans un petit carton de pâtissier. Ils sont succulents, j'en sais quelque chose, la demi manquante c'est moi qui l'ai mangée.
Le moment partagé m'a offert bon moral, le soleil de mai complète le travail, je me surprends à rêver qu'il fait un temps parfait pour rencontrer Wytejczk, qu'il serait surpris mais pas mécontent, aurait deux courses urgentes à boucler mais me donnerait ultérieurement rendez-vous à l'Imprévu qui porte bien son nom. Qu'on reprendrait notre relation là où nous l'avions laissée, qu'il ne me parlerait de sa disparition que quelques années plus tard, mais qu'en attendant nous serions tout entiers au bonheur de nous retrouver.
Ce rêve éveillé n'est pas obsessionnel (1), il provient juste de la conversation qui précédait et évoquait un certain Robert que j'aime beaucoup lire, croisais régulièrement à l'automne dernier dans ce même quartier et n'ai plus revu depuis, ce qui semble à mon grand regret constituer un solide début d'éternité.
J'ai juste opéré un tendre glissement sur l'identité du croisé espéré.
Je n'ai d'ailleurs pas le loisir d'en profiter : j'aborde un kiosque qui aux jours de cours de danse me voit parfois cliente et manque alors de foncer dans Jean-Pierre B. qui s'en extirpait (2). Il semble en mode "On m'a invité pour le thé mais je suis trop d'avance et j'ai peur d'importuner si j'arrive avant l'heure, alors tiens si j'achetais le journal et en prenant mon temps et puis fumer une cigarette maintenant qu'on ne fume plus dedans (3)" à moins que ça ne soit la variante "J'habite le quartier et le plombier est enfin passé, mais bon sang que c'est bruyant, je n'en peux plus, pas moyen de se concentrer, je sors prendre l'air".
La conversation qui précédait m'envoie en zone éclat de rire, que je retiens, qui se mue en sourire mais dont je crains qu'il ne puisse être interprété comme moqueur (ce qu'il n'est pas du tout, ce n'est pas celui que je croise qui me fait rire, mais l'enchaînement entre la coïncidence et sa presque prophétie), j'éprouve le besoin de dire quelque chose,
stoppe in-extremis un :
- Ah ben vous tombez mal c'est Robert que j'attendais.
réprime un facétieux, mais qui au fond est sans doute juste :
- Vous pouvez y aller, François s'impatiente.
évite un tentant mais en raison du demi peu hygiénique :
- Tenez, voilà les gâteaux, et mon bonjour à Mélanie.
et ne trouve la bonne réplique :
- Parlez-moi de la pluie, je vous en prie.
qu'au moment où après avoir répondu par une esquisse polie à mon sourire incontrôlé il m'a depuis plusieurs pas dépassée et tourne le coin de la rue que je viens de quitter.
Par crainte de déranger et manque de répartie acceptable voilà perdue une occasion rêvée de prendre le thé avec lui.
Ma foi tant pis (et tant mieux pour ceux qui m'auraient subie).
(1) En plus que rien n'interdit de bloguer en méthode Coué.
(2) C'est l'un de ces kiosques en décor de "typiquement parisien" auxquels les annexes (présentoirs de cartes postales, de quotidiens et légère extension) rendent l'accès peu aisé dés lors que les clients sont plus de un ou deux.
(3) Le dernier point est une extrapolation absolue, j'ignore en fait s'il fume.
[photo : sur zone mais en février]
Je voulais lire avant qu'on m'apprenne et cette souffrance-là, le fait de pressentir qu'il ne me manquait pas grand chose pour piger mais qu'aucun adulte de mon entourage ne voulait consentir à m'aider (1), se réactive dés que les passeurs possibles refusent de transmettre.
Alors dés qu'on a consenti à m'expliquer enfin, parce que j'étais parvenue en âge où l'on voulait bien, je m'étais jetée sur tout ce qui passait à portée, ne glissant qu'en coup de vent déchaîné par la case Oui-oui puis Fantômette (en CE1).
Il y eu très rapidement les Club des Cinq et Clan des Sept publiés sous un nom, Enid Blyton, qui m'avait laissé croire, à moi qui ignorais enfant tout de l'anglais, que l'écriture des livres se faisait en usine, ou du moins dans des fabriques et par équipe. Quelqu'un, un chef sans doute, décidait après discussion de la trame de l'intrigue, les personnages avaient leur principales caractéristiques figées dans des sortes de portraits écrits au commencement et qu'il convenait de respecter (ce qui en faisait des êtres à mon goût un peu trop prévisibles), et les chapitres étaient répartis entre les différentes personnes dont c'était le métier de soigneusement les rédiger.
C'est pourquoi le premier vrai livre qui ait compté fut "La gloire de mon père" de Marcel Pagnol. J'étais en CM1, devais avoir 9 ans, on l'avait lu en classe, et cette histoire de bartavelles, à moi qui étais si loin de la chasse (2), m'avait scotchée. J'avais alors compris qu'un être humain qui écrivait avec du sentiment et des souvenirs était derrière ce travail, j'avais compris ce qu'être écrivain signifiait.
Dans la foulée j'avais dévoré tous ses Souvenirs d'enfance et j'étais probablement tombée (secrètement) amoureuse de Lili des Bellons au point que mon petit coeur bat encore quand au détour inattendu d'une conversation d'aujourd'hui revient cité son nom.
Les héroïnes filles qu'on nous proposait à l'époque étaient bien trop nunuches à mon goût, seule la Claude du club des cinq me paraissait un peu normale quoi que bien trop autoritaire (j'ai toujours eu un problème avec l'autorité), mais n'avais pas été insensible aux Alice (en bibliothèque Verte, nom de l'auteur oublié), adorais les Poly de Cécile Aubry (et les feuilletons télévisés y afférents), et n'avais pas dédaigné La comtesse de Ségur que je trouvais d'un exotisme forcené mais parfois un peu perplexifiant (ils vivaient bizarrement ces gens). J'aimais beaucoup ses dialogues avec les prénoms et deux points et puis ça causait. J'y trouvais (mais pourquoi ?) beaucoup de charme.
Mes passions de lectures suivantes sont moins datées et plus en vrac.
Pendant toute une série d'années, celles où j'étais au collège, ma cousine Anne m'offrait à chacun de mes anniversaires une oeuvre majeure dont je me régalais. Je devais être en 5ème pour "Les Misérables" de ce bon vieux Victor (quel choc, en trois tomes), et en 3ème pour Jules Vallès ("L'enfant", "Le bachelier", "L'insurgé", ma cousine était généreuse).
A côté de ça je m'étais prise d'intérêt pour les Safari Signes de Pistes dont les illustrations me faisait éprouver un malaise diffus que je n'ai compris qu'au siècle suivant (ou peu s'en faut), mais dont j'adorais les Enquêtes de Mick Chat Tigre, et dans une moindre mesures les avantures de Prince Eric (3). L'intérêt des textes pour moi primait. Et peut-être aussi le fait que pour y avoir accès j'avais obtenu des bibliothécaires du collège un léger surclassement me permettant d'aller taper dans les livres 4ème/3ème alors que j'étais encore en 6ème. Ces livres avaient donc comme un léger parfum de reconnaissance. Les aurais-je sinon tant aimés ?
Ont beaucoup compté les Agatha Christie qui garnissaient la bibliothèque familiale. Ma mère les avaient tous et tous lus. C'était au Masque, et déjà à l'époque usés par leurs relectures successives ils perdaient leurs feuilles comme un vieil oreiller ses plumes. J'en ai tant lus qu'ils sont en moi comme une tourbe (4) fondamentale indissociés les uns des autres fors quelques titres marquants (Ah "Le meurtre de Roger Ackroyd , "La mystérieuse affaire de Styles" et "Le crime de l'Orient Express").
Dans la foulée les Conan Doyle et les Jules Verne avec une tendresse particulière pour "L'île mystérieuse". Ceux-là s'empruntaient plutôt à la bibliothèque municipale.
Il y a aussi ceux qui ont compté "gâchés", c'est-à-dire qu'ils furent lus par moi trop jeune pour ma maturité affective. Je suis donc passée complètement à côté tout en ayant conscience qu'il se passait quelque chose de très intéressant mais bon sang pourquoi faut-il que l'histoire soit si bêtasse. Et puis les histoires d'amour qu'est-ce que c'est débile : tu prends un personnage, il a l'air sympa et tout et saint d'esprit, et puis hop soudain il se met à agir comme le dernier des mollusques mono-neuronal, c'est parce qu'il est tombé raide dingue amoureux.
Exemple typique : Madame Bovary qu'on nous faisait lire en 3ème. J'étais sensible à l'écriture mais incapable de rien piger aux motivations des gens qui s'y agitaient ou plutôt, en l'occurrence s'y ennuyaient ferme.
Dans une moindre mesure parce qu'il me plaisait bien au fond le petit Juju même si son ambition forcenée et calculative était (reste) pour moi un mystère, "Le rouge et le noir", lu en 3ème aussi.
Boris Vian m'a longtemps fait l'effet du jazz : je ne "comprenais" pas cette musique ni vraiment ces textes, mais j'y pressentais de la magie pour quand je saurais. Le déclic pour l'un comme pour l'autre fut simultané vers ma 23ème année. J'avais cependant lu "L'écume des jours" à 13 ou 14 ans.
Rimbaud, je le dois à celui qui fut mon prof de français en première et seconde, Bruno Plane, qu'il en soit encore et encore remercié.
Celui-là il m'allait comme un gant (5), contrairement à un Baudelaire que j'admire de loin, froidement et à son Verlaine, trop bourgeois pour moi.
Pourtant je n'étais pas sectaire, j'ai aimé Proust ("Un amour de Swann" pour commencer, vers 15 ou 16 ans peut-être) et ses phrases où l'on pouvait se caler bien au chaud, elles vous amenaient toujours à bon port comme lors d'un voyage en train sans retards ni correspondances, et c'était si reposant. Je lui en pardonnais ses duchesses et ses amours d'une subtilité à mes yeux incompréhensible. J'ai aussi aimé Chateaubriand mais son tombeau, son air malouin, son Combourg que je connaissais "pour de vrai" n'y sont pas pour rien. Les "Confessions" de Rousseau très tôt avaient comptée (piquée dans la petite bibliothèque "édition bon marché de grands classiques" de mes parents) et je me souviens d'avoir été mortifiée et de m'être sentie flouée quand j'avais appris (ou compris) que tous ses enfants avaient été "placés". Malgré l'expérience et l'âge, il m'en reste un peu de mal quant à ceux qui écrivent humain et si bien et agissent dans la réalité de tout autre façon.
Les autres chocs d'encore jeunesse sont Buzzatti et son "Désert des tartares", et Patricia Highsmith dont "Ces gens qui frappent à notre porte" n'a jamais en 25 ans quitté mes successifs chevets.
D'autres ont compté et ils furent nombreux et de plus en plus formidables à mesure que comme un oenologue qui serait né au Groenland et n'aurait pu se rapprocher des grands terroirs et bons cépages qu'après un long et éprouvant voyage, ma capacité de goûter s'affinait. J'ai totalement perdu en chemin le goût du suspens (6) qui enfant me faisait tourner les pages à une vitesse folle (tout en lisant quand même tout), mais voilà
la question était 10 ou 12 de l'enfance à l'apprentissage, et je crois qu'on y est.
(1) au fallacieux prétexte que ça m'embrouillerait pour apprendre vraiment au CP.
BANDE DE CONS
(2) Pure petite citadine j'étais incapable d'intégrer autre chose que chasser = tuer des pauvres bêtes qui ne nous avaient rien fait. Bambi était le premier film que j'avais vu au ciné.
(3) signées Mick Fondal pour les premières et Serge Dalens pour les seconds
(4) Je tiens à préciser que pour moi la tourbe n'est pas un élément négatif, en plus que ça peut même permettre de se chauffer ; j'aime les whiskies tourbés de l'Ile d'Islay au point d'en posséder one square foot (il paraît).
(5) Ce qui pour une Gilda est très dangereux, je l'ai appris à mes dépends.
(6) Franck, désolée.
[photo : trouvée sur mon téléfonino lors d'une sauvegarde aujourd'hui effectuée, date peut-être de janvier ou bien d'avant (un essai ?)]
Rajouti non secondaire 03/05/08, 11 heures 40 :
J'en avais oublié un et de taille, il était dans la bibliothèque de "classiques bon marché" de chez mes parents, je l'ai lu adolescente (mais je ne saurai dater, à moins de tout relire de mes carnets de bord) :
"Le comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas.
(primordial et fondateur)
et par ailleurs mais plus tardif (vers 20 ans) la version originale des souvenirs d'enfance et de jeunesse de Laura Ingalls Wilder, qui valent infiniment mieux que le feuilleton télé gluant de bonsentimentalisme qui en a été fait, et que sa V.F publiée à l'époque dans une collection pour enfants (et en passant édulcorée). C'est bête à dire mais malgré tout ce qui peut nous séparer, d'époque, de foi surtout, et de mentalités, aux heures noires il m'arrive de penser à elle, qui en a passablement cumulées (1), et d'y puiser du courage résiduel.
(1) Curieusement ou peut-être est-ce parce qu'elle n'en a rien publié ou rien d'assez diffusé pour me parvenir (tiens, si à présent grâce à l'internet j'essayais ?), je n'ai pas ou peu lu de récit direct de sa période de profondes difficultés (incendie de leur ferme, mort d'un fils bébé, maladie grave de son mari Almanzo), mais comme elle a écrit en sa maturité, ses mots choisis portent le poids arrière de ce qu'elle a connu. Et donc une force.
Parc de Sceaux, avril ou mai 1986
Nous avions alors peu de temps pour nous-mêmes, n'imaginions même pas que ça serait bien pire une fois voguant dans la vie professionnelle et dûment pourvus de bébés.
Nous n'imaginions d'ailleurs pas grand-chose, tendus vers l'objectif du diplôme qui nous pendait au nez (juin 1986) et que j'étais incapable de tenir pour acquis alors qu'il s'agissait de contrôle continu et qu'un minimum de sérieux et d'assiduité en garantissait l'obtention.
Le service militaire du garçon nous obstruait l'horizon. Il n'avait aucune envie de faire le trouffion, ni moi qu'il le fasse et qu'on vive l'un et l'autre au rythme de ses permissions. Le choix de tenter un service en tant que coopérant a déjà été fait. J'ignore si au moment où la photo est prise nous avions déjà ou non envoyé le fax en réponse à l'école d'ingénieur inter état de Ouagadougou que sa candidature intéressait. Je me souviens de cet envoi avec une précision inouïe. Je sais très exactement en y participant (il fallait rédiger efficacement en peu de mots chacun d'entre eux coûtait une fortune de notre budget rachitique d'étudiants), que notre vie bascule en cet instant.
J'ignore également si je sais déjà où je vais travailler. Je crois que j'avais attendu mai pour envoyer 4 ou 5 lettres de candidatures avec un CV qui ferait sourire les jeunes diplômés d'à-présent. C'est qu'on tape encore à la machine. Seuls les plus fortunés d'entre nous et encore uniquement quelques fous passionnés ont un ordinateur, généralement un IBM avec une grande disquette molle qu'on doit nécessairement insérer. Je crois qu'elles font 16 Mo de mémoire et pas encore 32. Les imprimantes peu familiales utilisent des feuilles trouées sur le côté et liées en continu. Elles font un bruit de crécelle quand elles projettent un texte sur le papier.
En tout cas à l'époque un(e) jeune diplômé(e) d'études scientifiques n'avait aucun mal à trouver un CDI même si les salaires avaient accusé un coup d'arrêt par rapport à ceux de nos aînés. Certains camarades de promo comme on disait alors (1), avaient opté pour une année supplémentaire d'école de commerce afin d'y pallier. Endettés pour payer nos études, nous devions pour notre part à tout prix travailler sans tarder.
La possibilité d'accompagner mon homme dans son périple de coopérant s'exclut comme d'elle-même.
Issue d'un autre milieu social, j'aurais sans doute su que le début des remboursements était fort négociable (2), suivi mon amoureux, été fort heureuse en Afrique (j'ai adoré y aller dés que j'en avais l'opportunité) et sans doute écrit pour occuper une relative oisiveté.
Non pas que j'y songeasse à l'époque, mais parce que sans le savoir je m'y étais déjà collée naturellement 3 ans plus tôt comme par inadvertance à la suite d'un chagrin d'amour que j'avais cru perpétuel. Puis j'avais complètement oublié l'avoir fait (3). Cette impulsion, face à l'Afrique, serait revenue.
En attendant de se tromper de chemin mais d'en être extirpée, dieu merci, 13 ans plus tard, je suis simplement amoureuse, heureuse dés que les heures nous sont favorables et hors des temps contraints.
Nous tentons quand nous pouvons de profiter du printemps.
Le parc de Sceaux est tout proche de la cité universitaire délabrée où nous logeons avec bonheur, alors dés qu'à nos
retour de week-ends
( nous les passons souvent, hélas,
séparés, accaparés que nous sommes par contigences (je donne des cours particuliers de maths) et parents), où aux rares jours où l'école nous libère tôt, nous y filons pour profiter en amoureux du printemps qu'il nous offre.
En particulier dans ce coin, un peu à l'écart et qui lors de sa floraison nous fait penser à l'idée qu'on se fait d'un jardin japonais ...
(1) J'imagine que le terme de camarade qui nous était naturel, à ceux d'aujourd'hui ne l'est plus.
(2) de même que mon salaire d'embauche. J'aurais aussi su, ce que j'ignorais, que les heures supplémentaires des cadres, en France ne sont pas payées.
(3) Jusqu'au jour où des rangements de papiers personnels consécutifs à la mort de mon père m'ont permis de retrouver un cahier complet, mal écrit, mais non dépourvu d'intérêts.
[photo 1 : Au parc de Sceaux avril ou mai 1986 (publiée avec l'accord du principal intéressé)
photo 2 : Cité universitaire d'Antony, avril ou mai 1986, ce qu'on voyait de nos deux fenêtres]
Lire la suite "L'idée qu'on se faisait d'un parc Japonais (ou même pas, ignorants qu'on était)" »
Suite de ce billet
Fin 2004, je bossais à fond sur un chantier d'écriture qui a depuis subi de plein fouet les péripéties de ma vie, et qui n'a pas vraiment de titre ou plusieurs ou qui varient mais que je considère comme des "Petits récits italiens".
Peu de temps pour bloguer, 20six alors n'était pas non plus d'une fiabilité sans limite et je n'avais pas e temps à perdre à charger et recharger des billets qui partaient vers le rien. Par ailleurs à l'usine je me bats pour obtenir dans le cadre d'un plan social le droit de travailler à temps vraiment partiel.
A cette époque je n'imaginais de toutes façons pas que ce que je produisais sur l'internet puisse être utile à grand-monde.
Tout bascule début 2005 quand par une cascade de circonstances liées au fait que j'étais d'elle une lectrice (son texte sur les Hazara (désolée pour ce lien en anglais, je ne retrouve plus de V.F.), entre autres, m'avait durablement marquée), que je connais quelqu'un qui la connaît, que mon temps partiel par une coïncidence d'une précision effrayante commence au 1er mars, je me retrouve à faire partie du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun alors prisonniers en Irak.
La plupart des participants sont écrivains, cinéastes ou journalistes. Ils peuvent donc s'engager au travers de leurs outils de travail habituels. Très vite le travail que j'effectue concrètement au local de l'association militante ne me suffit pas, j'ai le sentiment de ne pas contribuer assez, même si souvent mes photos bien que techniquement pas terribles sont utilisées sur le site en complément de celles de Marc Chaumeil.
Alors je prends la parole avec les moyens du bord, là où je peux causer, c'est-à-dire sur l'internet. Et comme j'en ai marre des objections et réticences politiques, qu'aussi ça me dépasse un peu, je décide de parler de façon très intime et terre-à-terre de l'effet que ça fait quand on aime quelqu'un de n'avoir plus de lui aucune nouvelles du jour au lendemain et pour une période dont on ignore la durée et l'issue, tout ça parce qu'il (ou elle) s'est trouvé dans un pays lointains au moment où ça s'est mis à dégénérer.
Ce n'est pas une idée venue de rien, c'est quelque chose que j'ai vécu presque 20 ans plus tôt quand l'homme que j'aimais s'était retrouvé au Burkina Faso exactement au moment du coup d'état qui avait porté Blaise Compaoré au pouvoir. Cet épisode douloureux de ma vie n'est pas pour rien non plus dans mon engagement : je ne peux pas ne pas me mettre à la place des proches des deux personnes retenues , parce que d'une certaine façon, j'ai connu ça.
Je demande alors l'autorisation d'abord à celui qui est devenu mon mari et le père de mes enfants puis aux proches d'alors avec lesquels j'ai encore contact : puis-je raconter ? Parler de vous ? Préférez-vous que je change vos noms ?
La grande majorité me répond oui, oui et non.
Alors c'est parti. On est le 28 février 2005 et parce que des fois je suis un peu dingue je me promets à écrire un billet par jour temps qu'ils ne seront pas rentrés.
Souvent c'est écrit n'importe comment, terminé à 23 h 55 alors que l'heure de bouclage est minuit, mais j'ai décidé une note par jour et je m'y tiens. Je me dis aussi que c'est absurde parce que je ne raconte qu'une vaste attente angoissée, du rien, que ça ne va intéresser personne.
Un truc étrange se passe aussi, moi qui étais incapable d'écrire un vrai "je" narratif, je m'aperçois que sous le poids des circonstances, je suis comme tout le monde capable d'y parvenir. Ça ne m'est pas du tout naturel, ça arrache au passage, mais je m'y tiens et par ailleurs cet exercice quotidien me tient. La concentration de l'écriture dés lors qu'elle s'insère dans les préoccupations du moment, est plus forte que tout et m'aide à leur faire face.
Le 12 juin 2005 la libération des otages est annoncée. Je fais pendant 48 heures (jusqu'à la conférence de presse de Florence Aubenas) l'apprentissage du bonheur. Je ne connaissais pas (1). Le choc pour moi est rude. J'ignorais à quel point le bon aussi peut être violent.
Pour autant je passe le cap (quand même plus facile à faire après un événement heureux), et comme à ma plus grande surprise j'avais attrapé au fil des mois tout un lot de lecteurs fidèles, je poursuis mon histoire jusqu'à son dénouement en lui mettant un terme (sous l'effet présomptueux de l' euphorie ?) par un clin d'oeil à un auteur dont le travail me tient à coeur et me donne l'exemple.
A ce moment je sais que je vais continuer à écrire sur l'internet, mais pour du collectif fictionné,
et si je pense continuer à bloguer c'est dans l'unique idée de causer ciné.
J'ignore encore que j'ai mis le clavier dans un fameux engrenage et qu'il contribuera très fort ensuite à me sauver (si tant est que).
(à suivre et à relire - pas le temps pour l'instant, pardon pour les fautes -)
(1) Fors les naissances mais c'est compliqué car quand on est la mère on est un peu cassées et puis c'est d'un tout autre ordre.

Les commentaires récents