Je l'avais oublié : depuis 6 ans déjà je ne regarde pratiquement plus la télé, et par ailleurs les postes modernes s'allument me semble-t-il très rapidement.
Je l'avais oublié : ceux d'antan, c'est-à-dire des années 60 et 70, étaient pour chauffer parfois si longs qu'on les allumait volontairement avant l'émission, parfois même en rentrant à la maison, on allumait le poste, puis on passait aux toilettes et dans la salle de bain, se rafraîchir un peu, se laver les mains et quand on revenait dans la salle à manger, car en ce temps-là les télés y trônaient, pas plus d'une par foyer, l'image arrivait à peine que le son précédait.
Mes parents eurent pendant près de 20 ans le même poste en noir et blanc. On le changerait quand il tomberait en panne.
Ce qu'il ne faisait pas.
L'image était de bonne qualité, les tons de grisés parfaits. Mais son inconvénient majeur, outre le temps de chauffe, était qu'il fallait syntoniser à la main chaque chaîne et déplacer imperceptiblement la petite antenne intérieure que son dessus portait. Les magnétoscopes n'existant pas ou alors pour les riches, il convenait donc de se mettre en place au moins 10 bonnes minutes avant le début d'une émission préférée si l'on souhaitait avoir la moindre chance de la suivre dans son intégralité.
Le fait d'avoir vu longtemps en noir et blanc tous les films ou feuilletons m'a laissée dans l'illusion que certains l'étaient vraiment. J'ai passé une partie des années 80 et 90 à découvrir que non et à trouver bizarres certaines colorations, et beaucoup plus classe leur regrettée absence.
En 1980 mon père et ma mère acquirent un poste en couleur sur lequel, luxe suprême, il suffisait pour avoir une chaîne d'appuyer sur un bouton. Le paterfamilias était aller jouer les accrobates sur le toit du pavillon afin d'installer l'antenne - enfin une antenne, une vraie -. Comme tout ce qu'il entreprenait, l'opération avait été entourée d'une aura de C'est difficile, épique et compliqué. Avec mes parents tout (ou presque) l'était.
Je me souviens des visites de deux cousins (pas le même jour, successivement) voire trois, jusqu'à notre banlieue perdue, et qui en avaient profité pour regarder avec nous les J.O. de Moscou (1). C'était un ravissement, toutes ces couleurs, tous ces mouvements. On avait l'impression qu'ils allaient plus vite que du temp de notre télé d'avant. Si entre les jeux de Montréal et ceux de Moscou les performances des athlètes se sont spectaculairement améliorées, ne pas y voir un effet du dopage : c'est tout simplement que nous avions changé de télé !
Cependant elle ne possédait pas de télécommande, il fallait donc se lever pour chacune des opérations pourtant si fréquentes, de changer de chaîne ou modifier le volume du son.
Et pour chauffer, ce poste aussi mettait un moment.
(1) Les visites n'y étaient pas liées, c'est simplement qu'on était en juin ou bien début juillet, qu'ils étaient peut-être encore étudiants ou débutants professionnellement et que ça devait correspondre à une accalmie dans leur emploi du temps, examens faits, ou début de période de congés.
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