[note en 3ème personne, par effort volontaire d'apaisement et rationalité, mais je pense encore en tu, tu sais]
J'avais cru, soulagée, en novembre, tenir l'explication de la désaffection inexpliquée de qui était ce qui m'était arrivé de meilleur.
Evidemment, je me trompais.
Je ne tenais qu'un début de piste.
Un film de qualité qui m'a à la fois atterrée (ma loyauté, pour l'instant, n'a pas bougé) et secourue est venu changer bien des choses.
Il m'a enfin soulagée de cette culpabilité rampante que j'éprouvais et qui si je dois être honnête envers moi-même, se résume bien dans la question suivante :
- Qu'ai-je pu faire de si terrible pour que ma meilleure amie souhaite m'éliminer ?
Et m'éliminer sans même prendre en compte ce que je pouvais éprouver, ni que se faisant elle me mettait en danger, alors qu'à peine auparavant elle se souciait de moi comme personne ne l'avait fait. Ci vogliamo bene.
M'éliminer sans rien expliquer puisque s'il n'y avait pas eu cette rencontre de fortune (d'infortune ?) en février 2006, où j'ai quand même pu glisser la question, Mais tu es fâchée ?, j'aurais dû me contenter de son seul silence. Comprendre parce qu'elle s'était mise aux abonnées absentes que j'étais censée me volatiliser, m'effacer, me dissoudre de son existence même.
Le film m'a permis puisque l'un des personnages est elle-même à peine retouchée, et qu'elle fait subir un même sort de bannissement pas très explicable à un autre, de comprendre comme l'écrit un ami que "Le noeud [était] chez l'autre".
Je conserve dans mon cas un tort inévitable : j'ai par messagerie parlé de mon enfant malade et des difficultés que j'éprouvais pour l'aider sans penser que chez elle je réactivais par le choix de mes mots mêmes si proches de ceux qu'elle a utilisés (1) pour décrire son état d'alors, la souffrance immense éprouvée quand son fils avait été atteint d'un genre de mal qui peut briser tout lien [affectif ultérieur]. On m'a dit qu'à présent il allait bien (2), mais ça ne suffit pas pour que rappeler la pire période ne fasse pas de moi un élément oppressant.
Mais pour le reste, il était donc probablement vrai que je n'avais rien fait. Forte de cette conviction nouvelle, j'ai réfléchi, creusé, repris l'usage d'une écoute professionnelle (heureusement avant la sortie du film, sinon elle aurait pu croire que j'avais brodé "à partir de" tant les similitudes sont lourdes), pour finalement parvenir à un mélange de trois éléments, celui de l'automne, qui n'était au fond pas faux, mais n'expliquait en rien la chronologie qui eut lieu (pourquoi une affection qui semblait si bonne à l'instant T à deux personnes, à l'instant T + 1 deviendrait soudain insupportable si rien n'est survenu qui puisse à priori la troubler), une question de porosité d'écriture à laquelle seule je n'aurais jamais osé songer et le fait que pour un lien d'amitié très grande couplé à du travail créatif, il n'y a pas place simultanée pour plusieurs dans une seule vie d'humain.
J'en étais restée à la non-exclusivité de l'amitié (par rapport à l'amour où survivent rarement les seconds violons), mais c'était ignorer la part de travail qui d'ailleurs s'accroissait au moment même où s'amorçait ma collection de malheurs. Et effectivement la place s'était trouvée prise, par une dame que j'admire d'ailleurs beaucoup, et qui ignore probablement le prix qu' à quelqu'un d'autre a coûté son bonheur [présent]. C'est sans doute mieux ainsi, à moins qu'elle ne figure déjà sur la liste des prochains bannis laissés sans explication.
Je pense que je vais veiller, ce que naturellement m'intéressant à son travail je faisais déjà, et au premier indice que le cas aurait eu lieu, à moins directement qu'on m'en prévienne, entrer en contact, raconter, et ainsi lui épargner la phase pénible et risquée de culpabilité. Deux ans de gagnés sur le désespoir noir. Et je dois survivre pour pouvoir aider, si besoin s'en présente. Après tout, c'est une bien moins mauvaise motivation que celle de payer les traites de l'appartement.
J'ai tenté en juin car l'occasion s'en présentait via des camarades que j'étais venues aider et qui avaient convié entre autre mon amie disparue, pour demander à celle-ci qu'on puisse au moins se parler à présent que ma vie fors son absence s'était retapée et que j'avais à nouveau du bon à partager.
Elle m'a dit Non, ça va pas être possible d'un air navré. Comme si elle obéissait à quelque chose ou quelqu'un d'autre.
Devant ses clients et admirateurs, je n'ai pas voulu insister.
On me dit que je n'ai pas à respecter qui ne m'a pas décemment traitée. Peut-être ai-je encore trop d'amour et de reconnaissance pour qui a changé ma vie en me faisant comprendre quel était mon travail. Même si sa désaffection a failli me tuer.
Je n'exclus pas que comme j'en ai lu, sur un tout autre sujet un exemple frappant chez Philippe de Jonckeere, nous ayons vécu à partir d'un moment donné (mais lequel ?) deux histoires parallèles qui ne se touchaient pas ; que j'ai peut-être moi aussi servi de culpabilité lavante pour une première action qui ne m'avait pas concernée, que j'ai été la victime d'un enchaînement dont le début ne m'appartient pas et que j'ignore. Et je suis extrêmement consciente comme il l'écrit fort bien, qu'on "se fait si facilement tout un monde de ses propres souffrances et [qu']on est alors sourd à celle des autres". Et que ce mécanisme nous a été fatal dans les deux sens : dépassée par ma collection de difficultés et ma peine de mère à faire face à la maladie sérieuse d'un enfant, je n'ai pas su sentir que ma présence (même par simples mails) devenait source d'oppression, et elle qui peut-être ne me lisait plus, n'a pas su combien en ce recentrant sur elle-même à ce moment-là sans en mesurer les conséquences et surtout sans rien dire, elle me mettait en danger.
Il aurait suffit de très peu, à l'automne 2005, un simple "Ecoute je n'ai vraiment plus de temps, là", quelque chose de cet ordre qui m'aurait au moins avertie d'une non-disponibilité et je serais peut-être encore bien triste à l'heure qu'il est mais intacte et en vraie vie, la confiance non entamée, comme la capacité d'aimer. Son silence m'a condamnée.
Personne ne semble prêt à intercéder, même si l'effet du film, a rapproché de moi certains amis communs (qui n'étaient d'ailleurs pas éloignés, et je leur suis extrêmement reconnaissante de ne pas avoir profité de ma disgrâce pour me tourner le dos). Il me disent en substance, C'était donc ça. Ou : on n'aurait pas cru [qu'elle puisse faire ça] ; et aussi Ça ne lui ressemble tellement pas, et ils sont alors malheureux comme moi et je me dis que je le pense aussi. Ils comprennent ma détresse. Je prends sa défense, mais c'est maladroit.
Il faudrait que je trouve en moi la force de tourner la page même si nous ne parlons plus jamais avec intimité (3). J'en suis consciente. J'ignore comment y parvenir.
De la même façon que je ne parviens pas à trouver le chemin pour enfin désaimer qui ne veut plus de moi après avoir tant partagé.
(1) mais alors je l'ignorais puisque je n'ai pu les entendre qu'au printemps 2008 lors d'un spectacle de danse + lecture où son texte évoquait la maladie de son fils.
(2) Je suis bien incapable, sur commande, de ne plus me soucier des personnes que j'aimais. On me le reproche. Mais j'ignore comment faire autrement.
(3) Nous serons de toutes façons amenées à nous revoir ne serait-ce que par nos connaissances communes ou par raisons professionnelles.
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