... pour me dire que ce livre n'était pas une fiction (je lis toujours les romans et regarde les films comme des fictions pures jusqu'à preuve du contraire, comme si je les présumais innocents) et que non seulement mais qu'en plus je savais celui dont il était question.
Et que non seulement je savais celui mais qu'en plus j'avais entendu il y avait un lot de mois son successeur ou, selon le livre, éjecteur, déplorer son départ, sa santé défaillante et exprimer sa tristesse. Quand je dis entendu c'était en face et de vive-voix.
Et je n'avais pas douté un seul instant de sa sincérité. Je n'avais aucune raison de le faire, ne sachant rien de leur passé respectif et commun puis disjoint.Il était sans doute convaincu qu'il l'était (sincère). Ou bien diablement efficace dans la feinte.
Est-ce parce que je tente (entre autre) d'écrire ce qui est survenu de si romanesque dans mon existence ces dernières années ? Mais je me suis dés lors posée la question, concernant V. comme concernant S. et même mon régulier, mes anciennes intimes ou ma parentèle, de la version des faits qu'eux-mêmes pourraient donner.
V. verbaliserait peut-être enfin ce qu'elle avait eu à me reprocher au point de mériter à ses yeux un tel bannissement, et serait sans doute surprise par l'étendue des dégâts de sa désaffection mal ou si peu expliquée, l'étendue du danger où je me suis subséquemment trouvée.
S. me reprocherait de lui avoir prêté une trop grande proximité et pourrait argumenter que ce qu'il a fait pour moi était la moindre des choses, que j'avais vu de la tendresse où il n'y en avait pas. Sauf que personne de ceux qui auraient dû être tendres ne m'a jamais traitée comme ça (aussi bien).
Les autres ont une vision si partielle, qu'ils me reprocheraient sans doute un monceau de choses imaginaires ; me rappeler de la femme jadis proche, en train d'être quittée par son époux de moi grand ami, et qui me soupçonnaît d'être une de ses maîtresses précisément à la pire période de solitude de ma vie (enfin disons que j'espère qu'il n'y aura pas pire après) ; de l'amie qui en avait après l'internet et m'a accusée soudain de tous les maux qu'elle attribuait à cet outil formidable simplement parce que contrairement à elle je m'y sentais bien, et me reprochait l'influence pernicieuse de "mauvaises fréquentations" que je n'avais plus depuis un moment (et qui au contraire en avaient eu une bonne, c'était leur départ qui me laissait sombre et désemparée). Aigrie par sa propre vie, elle avait pris le fait que j'allais mal, n'était plus enjouée, me taisais, comme une offense personnelle.
Décidément, ce livre (1) qui m'a happée avec force, au delà de ses sujets principaux mêmes, me fait me poser bien des questions beaucoup plus personnelles. Et comprendre des choses qui me faisaient question.
Le propre d'une œuvre réussie c'est de parler à chacun de nous intimement.
(1) "BW" de Lydie Salvayre