
J'étais sans doute rentrée une fois de plus désespérée de Bruxelles, il n'y avait aucun espoir alors que pourtant tout y était et comment sortir de ce piège affectif qu'on m'avait si bien tendu et dans lequel j'étais tombée. Les parois étaient lisses et ne subsistait aucun doute : je l'aimais et peu lui chalait que je souffre de son essai trop bien réussi de séduction, auquel il ne souhaitait donner aucune suite autre qu'échanges écrits. Ça ne lui aurait pourtant pas fait de mal quelques baisers fougueux, même si la suite éventuelle dépendant de ce qui en lui ne dépend pas de lui eût été plus hasardeuse.
Une fois de plus dans cette déjà un peu longue vie, j'ai donc tenté de tenir le chagrin à distance par l'acharnement au travail, boucler "Sans nouvelles" devenait urgent et Label D se finirait mal, tant pis, après tout si aucun homme n'était capable de me faire l'amour je ne voyais pas pourquoi, ni même comment, mes textes devraient en faire passer aucun pour un correct amant.
J'avais donc sur mon tableau de travail établi une nouvelle liste de ce qui était urgent, à faire, ou simplement à prévoir / à penser. Peu après nous avons eu quelques vacances en Normandie. Je m'aperçois qu'elles ne m'ont laissé aucun souvenir précis, du moins distincts des autres années si nombreuses, trop nombreuses, où nous y sommes allés. Notre fils, sans l'internet et les jeux en réseau, s'ennuyait. Je suppose que j'ai pu quand même m'y reposer. Et que j'attendais avec impatience de pouvoir retourner à la BNF où j'avais obtenu le privilège de pouvoir m'inscrire et des conditions de travail rêvées.
En tout état de cause je n'avais donc en août rien inscrit ni rayé comme fait, sur le tableau.
Est arrivé septembre, le coup de fil étonnant, du travail à la clef, une tentative d'autant plus désespérée d'achever "Sans Nouvelles" que des pages me manquaient (je croyais être au bout je n'en étais qu'à la moitié), puis trop de fatigue, l'hiver si rude, si froid, et plus de temps pour moi.
C'est seulement aujourd'hui, après avoir changé la pendule de côté et mis dedans une pile afin qu'elle puisse fonctionner, que j'ai pris conscience du tableau en jachère. La date m'a rendue triste : plus d'un an écoulé et rien n'a changé : pas d'homme digne (de ce nom) ou si peu, ou intermittent - et aucun qui m'ait fait physiquement vraiment du bien -, pas de manuscrit proposé, fors deux nouvelles l'une déjà refusée, libraire, oui mais incertainement payée, et la confirmation que je me débrouille en radio mais pour l'instant sans lendemain - le patron est rentré, c'est lui qu'on va, c'est logique, interviewer -. La conscience depuis quelques jours que l'amnésie partielle dont je souffre ne concerne pas seulement la part physique de l'amour mais aussi d'autres choses dont j'ignorais l'effacement, n'a rien arrangé.
Mais comme il s'agissait sur ce tableau de travail, j'ai tenté d'avancer et vérifié avant d'effacer si je ne risquais pas de pousser à la trappe quelque idée importante qu'il n'aurait surtout pas fallu laisser tomber.
Je me suis alors rendu compte que j'avais quand même fait entre-temps quelques bricoles :
- Invecchiando, grâce au Daily Mugshow a repris ;
- Le blog concernant la thalassémie est créé ;
- de l'idée de One day in a life, j'ai fait one evening ("La nuit Marlow"), et qui narrait au fond l'épisode d'après. Quelque chose me dit que ce travail n'est pas perdu même si cette version étriquée n'a pas convenu ;
- j'avance lentement mais sûrement sur les Petits Cailloux ; je ne vais pas tarder à entrer au collège ;
- je rapatrie à chaque séance BNF des photos de 2005 ; 2006 suivra.
- le blog des trouvailles (de rue) et celui des objets et gestes disparus ont été créés à défaut d'être régulièrement alimentés.
- de la présence de B. j'ai fait un texte ici-même et qui se finit là (pour l'instant ; et s'il revenait ?) ;
Et ce malgré le travail, le chagrin, l'absence de m. qui pèse encore, et d'avoir aidé d'autres. Je crois qu'il faut que je ne désespère pas.
Et puis "Premières pensées" qui s'est entre-temps invité, dessine quelque chose déjà, j'ai ce matin tout imprimé afin de voir l'effet fait.
Il faut simplement que je parvienne à oublier les hommes puisque pour eux je n'existe pas.