Ce sont ces jours où tout ne va pas si mal, ou rien de grave ne nous est advenu, où l'on profite d'une sorte de routine. Nous en devenons réceptifs à de petites choses qui nous seraient sinon passées inaperçues.
Elles sont rarement fatales, sauf pour quelqu'un qui était déjà par ailleurs au bord d'un précipice, auquel cas l'une d'elles peut servir de pichenette qui pousse au vide.
Mais en temps normal elles se contentent d'être un petit pincement désagréable du côté du cœur et d'instiller un doute : est-ce que j'existe ou bien presque pas ? Qui suis-je au fond pour eux quand je me croyais aimée (ou s'il s'agit de travail : appréciée) ?
Cette semaine il se trouve qu'elles ont semblé s'agréger, peut-être aussi parce que la période m'est particulièrement favorable et moi très réceptive puisque dégagée du moindre lourd tracas - ce qui est loin d'être fréquent -. Par ordre d'en vrac de comme ça vient :
Il y a l'amie qui aura du recrutement à faire et ne m'en parle pas alors que le job serait dans mes cordes. Sur le moment j'ai pensé et c'est sans doute la raison, qu'elle savait que sur la période je serais occupée. Puis je me suis dit qu'il est parfois bon de poser la question même si l'on se doute que la réponse sera négative, simplement pour marquer le fait qu'à l'autre on avait pensé.
Il y a celui que j'ai contribué à se relancer d'écrire, soutenu, encouragé, qui met en scène dans son ouvrage une femme qui pour part me ressemble, ainsi qu'une histoire de rencontre qui est un peu la nôtre, émet une liste de dédicatrices presque aussi fournie que celle de remerciements émises par les anglo-saxons, et m'en omet. J'étais au courant qu'il avait déjà oubliée celle qui avait été déterminante pour son précédent roman, laquelle avait en dernière minute fait l'objet d'un "pour ..." précédant les "à ...", donc je me dis que c'est peut-être un mécanisme de défense chez lui d'effacer la plus proche. Et que ce serait précisément au fait de l'être que je dois celui de n'y pas figurer. Mais sur le coup, ça fait un peu mal. Toi aussi, tu m'effaces ? Après m'avoir si bien fait croire que je comptais pour toi ?
(Heureusement tous ne sont pas ainsi, j'ai le bon souvenir de Martin Winckler qui m'a toujours très délicatement remerciée y compris dans un livre auquel je n'avais pas participé, mon père étant tombé malade puis mort dans la période où lui l'écrivait, je n'avais donc pas pu honorer ma tâche de béta-lectrice. Et puis je suis bien placée hélas pour savoir que les travaux où l'on a le plus grand rôle sont souvent ceux où l'on ne figure pour l'extérieur pas).
Il y a l'amie perdue qui sort bientôt un nouveau livre écrit en collaboration. Je n'ai plus de nouvelles directes, l'apprendre par la bande n'est donc pas surprenant. Mais ça fait toujours mal, lorsqu'on était très proche de quelqu'un de constater qu'on ne lui est plus rien. Au point de ne pas même savoir un long projet en route, puisque l'écriture à deux suppose au moins une période d'entretiens.
(En plus que ça fait mal aussi qu'elle ait cessé d'écrire pour ce qui est des livres de fond, ceux qui ne viennent pas d'une commande ou d'une idée légère et brièvement traitée, mais d'une nécessité).
Il y a le livre de quelqu'un qu'on aime et qu'on reçoit, c'est déjà ça, mais tardivement, via l'éditeur et sans aucune dédicace - en même temps il ne s'était pas déplacé pour signer ses SP (ou alors c'est encore pire, il serait et mais sans se signaler), mais je croyais quand même qu'un peu je comptais au point sinon du privilège d'un envoi personnel du moins d'une première fournée et non de ce qui ressemble à une cession de rattrapage (Oups, je l'avais oubliée) -.
Heureusement qu'il y a parfois dans l'autre sens des surprises formidables, comme un mot ou un appel que l'on attendait pas (merci encore Ariane A.).
Heureusement, heureusement que d'autres sont là, et pas des moindres (un grand merci particulier à Tatiana même si elle n'est pas la seule), pour me témoigner leur affection. Je penserais sinon vraiment que je suis Celle de trop, et que dorénavant c'est irréversible.
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