Je n'y avais jamais pensé et ce matin me suis levée avec, en quasi première pensée du matin. La première fut :
Trois ans, aujourd'hui, l'enlèvement ;
La seconde,
Allez, arrête (j'essaie toujours ma Gavalda-thérapie : apprendre à me parler à moi-même plutôt qu'aux autres qui peuvent tous un jour me désaimer et me laisser dans le vide), cesse d'y penser
et la troisième avant même que j'ai pu l'en empêcher :
Et si ?
Et si tu avais fait tout cela à l'époque, toi l'écrivain qui peinait alors sur trop de projets, pour te faire à toi-même une période de publicité ? Et si vous n'étiez pas aussi intimes que tu le prétendais ? Et si c'était ça avant tout autre chose la raison principale de ta désaffection pour moi si incompréhensible ? Car continuer à me fréquenter eût été devoir un jour où l'autre admettre que vous vous connaissiez, certes, que vous étiez amies effectivement, mais plutôt à bonne distance et sans aucun plus près ?
Tu aurais préféré m'éloigner, plutôt que d'admettre cette peu reluisante réalité, d'autant que les coups durs que j'encaissais à l'automne 2005 en cascade, m'éloignaient chaque jours davantage de l'image d'une personne en devenir qu'en moi tu avais cru déceler.
Je n'y avais jamais pensé avant ce matin et cet amer réveil. Pas en ces termes, certainement pas.
Je sais même d'où vient le soupçon : cette semaine mon adresse IP du jour (1) bloquée sur wikipédia, sans doute par suite de malversations de qui un jour récent a eu la même que moi. Le souvenir soudain de celle qui de la BNF avait saboté l'article te concernant et que j'avais écrit un soir en constatant leur appel à contribution puisqu'il n'existait qu'à l'état d'ébauche. Le souvenir soudain et presque précis d'une phrase qui disait en substance "essaie par tous les moyens de faire parler d'elle lors d'actions militantes". Le fait que ton soutien à d'autres, les sans-papiers, les prisonniers, ne s'effectue qu'avec une relative visibilité et sans partage : si leur sujet te tenait à coeur, et puisque pour les premiers avant toi je tentais d'aider, je t'aurai croisée parmi les diffusions aux personnes concernées, où lors d'actions de terrain pas de celles qu'on médiatise ; tu m'aurais logiquement fait suivre, même "fâchée", certaines infos que je n'ai eues que par d'autres voies.
Depuis ce réveil affreux, je tente en ma mémoire blessée de trouver une image, une parole, une seule et qui irait contre cette hypothèse qui me désespère. A cette heure je n'en vois pas.
Tu fus à peu des rendez-vous d'après où était présente ton amie libérée. Vous vous êtes rarement croisées ces jours-là du moins en temps collectifs fors sur un plateau télé, pas vraiment l'endroit, j'en conviens, pour des effusions chaleureuses. Le fait que tu ne nous aies pas présentées, ni ce jour-là, ni par après. Qu'il n'y ait pas eu de fête (chez toi ?) organisée. L'image d'une bise froide et conventionnelle au moment du retour me revient, le peu de personnes autorisées sur le tarmac, et comme une absence de connivence, quelque chose dés à l'époque perçu mais que j'avais mis sur le compte d'une réserve estimable, ne pas se donner en pâture aux caméras du monde entier mais au fond de soi on sait et le coeur bat la chamade.
Quand même, si je retrouve quelqu'un pour qui j'ai eu très peur, pendant 5 mois durant du matin jusqu'au soir et la nuit dans mes rêves, caméra ou pas, quand je l'embrasse, je la prends dans mes bras, même brièvement si je crains le surcroît d'émotion et au moins ça : nos regards se croisent.
Je m'aperçois que j'écris ici dans l'espoir d'un démenti, que quelqu'un qui me lit et nous et te connaît, vienne m'engueuler, me dire, Mais non tu te goures, pauvre conne, ça va pas la tête et m'explique enfin ce qui s'est (réellement) passé. Le doute a déteint et il est insidieux : si ton silence, si inexplicable, n'était qu'un piteux aveu et que j'avais été sacrifiée comme ceux qui en savent trop ?
L'hypothèse séduisante et tendre qu'un lecteur attentif m'a offerte en septembre, m'a soulagée un temps, mais manque d'ancrage calendaire : elle n'explique en rien ton revirement à mon égard, que soudain ce lien ne t'ait plus convenu, sans que rien de précis ne soit survenu. Celle-ci plus pragmatique s'inscrit au contraire dans la chronologie, qui impitoyablement dans un tel cas implique d'effacer qui sait.
Je sais qu'on n'oblige pas les gens à vous aimer. Seulement je ne parviens pas à supprimer ma part du lien qui nous uni quand tu sembles avoir arraché la tienne sans merci. Je n'y parviens pas car je n'ai pas compris.
Si tu passes par ici, sache que je ne demande qu'à respecter ton souhait de m'éloigner.
Seulement pour partir, il me faut marcher, et pour marcher au préalable reprendre pied. En l'absence d'explications (2), parce que tu étais mon amie, que c'était profond et pas juste en surface, je n'y parviens pas. L'effacement total que tu m'as imposé dépasse l'entendement. On ne glisse pas comme ça d'un seul coup de tant de tendresse et d'affection et de souci de l'autre (personne ne s'est jamais soucié de moi comme tu l'as fait et tout ce mal que tu t'es donnée pour me mettre au travail) à rien. Zéro. Rien. Nada. Rien. Va mourir. Disparais.
A moins d'un élément important que j'ignore. Je t'en prie, parle, enfin, même si ce que tu dois dire est terrible ou triste, ne me laisse pas en désespoir en proie au pire des pires pensées. Tu veux que je t'oublie, aide-moi à t'oublier.
(1) puisque chez mon opérateur elle change, j'ai cru comprendre, par tranches de 24 heures
(2) dire que tu ne veux plus de moi, parce que c'est toi, que tu ne peux plus, n'explique pas, même en ajoutant (surtout en) que je n'ai rien fait.
J'ai retrouvé par hasard technique (une panne informatique, un changement de bécane, une restauration de pros) mes messages de l'époque : OK j'ai eu des malheurs, je les ai même collectionnés mais aucun n'était de mon fait et mes mots n'étaient pas oppressants, je me suis aperçue à relecture que pour ne pas t'inquiéter j'avais eu tendance à tout minimiser (sauf l'état de santé de ma fille, car c'était difficile), y compris la fin d'un amour de 22 ans dont je ne fais qu'un post scriptum bref à l'humour triste ; en fait mes mots de l'époque envers toi ne vont qu'en un sens : j'ai peur qu'à toi aussi il soit arrivé du mal, ton silence me tracasse. Je ne t'ai pas téléphoné, ni non plus envoyé tant de mails sauf peut-être en janvier après qu'on se soit revues à une soirée où j'étais comme toi conviée et que j'ai cru que tu m'aimais toujours, que je m'étais donc sentie à l'aise pour t'écrire à nouveau.
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