Ma première pensée est pour lui. Son silence annoncé mais qui se prolonge au delà des "quelques jours". S'agissait-il donc d'un appel au secours que je n'ai pas su honorer ?
Ou bien à l'opposé d'une façon de me congédier, J'ai rencontré quelqu'un, ton rôle de pas même intérimaire amoureuse s'est ici achevé ?
Prévenir d'un silence c'est aussi le réclamer. Passé ma réponse immédiate que Mitternacht a si bien, sans la connaître, résumée "si tu as besoin de moi, je suis là. Je ne t'embêterai pas, mais tu sais où me trouver", je n'ai plus osé rien tenter de peur de trop peser. Alors j'attends. Si possible sans (trop) pleurer.
Comme au temps du comité (1), l'inquiétude se complète d'une alerte SMS. Un signal au moindre message reçu, plutôt que de passer de toutes façons son temps à surveiller la messagerie et à flipper² quand j'en suis. Alors le premier geste est pour le téléfonino au pied du lit. Mais rien n'était arrivé, ni au petit matin, ni dans la nuit.
J'en profite pour regarder si l'épisode du jour a été déposé, histoire de faire contre-feu à l'absence. Hélas non. En désespoir de cause, je relis le précédent, lentement.
"Quand il m'a vue arriver, il a souri. C'était un sourire courageux. Exactement celui qu'on prend quand on a une catastrophe à annoncer. L'horrible sourire du désastre." (2)
Si c'était pour cesser de penser à celui qui, c'est solidement raté, j'en suis à ne plus pouvoir imaginer une réapparition sans annonce de malheur.
Je ne l'ai pas su, mais je me suis rendormie alors que je tentais d'atteindre le livre en cours (3), lequel, même lui, m'a joué cette nuit ce sale tour de parler pour moi à la virgule près.
Par chance pas de rêve, rien qui n'est resté après le vrai réveil. La première conscience est celle d'un chantier, cette année il y en a tout autour et depuis de longs mois, comme si à la main à la pelle on creusait. Arbre (à planter) ou bien tombeau ?
Toilettes, salle de bain, cuisine et son café. Page de l'éphéméride. Ordinateur en route. Lundi 2 novembre. Cinq jours sans. Le mal de ventre mensuel chez moi plutôt diffus m'empêche gentiment d'éprouver trop fort la souffrance physique de l'absence d'amour. Coordination pour une fois favorable.
Acheté la veille ou arnaque du matin, le pain n'est pas frais. Il n'y aura donc pas même ce réconfort français d'un optimal petit déjeuner. Mon agenda indique une journée Finzi Contini que je n'ai pas vue arriver. À la fois bien venue, je suis fatiguée, je dois travailler, et effrayante puisque chaque heure risque de compter.
Le téléphone tintinabule : un texto. Je bondis. C'est un ami qui répond en décalé à un message de la veille à cette heure du lundi matin où arrivant au bureau on s'aperçoit qu'on a parcouru l'essentiel du week-end, depuis le ciné du samedi soir au moins, téléfonino éteint. Injuste combat entre l'intime et l'amical : je serais si heureuse qu'il m'ait répondu si je n'avais été par ailleurs en attente.
Combien de fois ai-je été moi-même pour les autres pourvoyeuse de fausses joies ? Qui attendaient leur belle et qui n'ont eu que moi ?
Les commentaires de Traces ont été négligés depuis toutes ces journées. Un nouveau arrive. J'y réponds sans tarder. Au moins ça.
J'en fabrique un faux espoir : le message qui apparaît, là, en bas, ce n'est que le signalement de ma propre réponse. Je peux ajouter + 1 à ma question précédente ; jamais si bien servi que par soi-même. Il a mal choisi ses jours d'effacement : le projet d'un cadeau collectif en vue d'une fête prochaine multiplie les mails. Il est inutile que j'aille voir à chaque fois. Cruelle coïncidence que cet afflux par temps vide.
Je n'ai plus souvenir du plus récent cadeau. Il m'en a fait pourtant, malgré son manque d'argent. Déjà ils se confondent. Restent ceux des amies. Un bel agenda rouge.
Je ne rêve de plus rien que d'un signe de vie.
Mon meilleur ami, grand frère électif n'a plus l'internet depuis des mois. Il a changé de vie, déménagé et fou amoureux fou comme on ne l'est qu'une fois (ou deux) n'éprouve plus le besoin d'échanger avec le monde entier. Je n'ose pas non plus lui téléphoner. Son conseil pourtant m'aiderait. Je suis amoureuse unilatérale après séduction. Frérot, comment s'en sort-on ?
Mon café est froid. Le fiston me signale que j'ai oublié une tartine : préparée puis délaissée. Je la mastique sans goût. Sont à écrire des lettres de banque, à demander un certificat, deux en fait, à envoyer trois chèques, à écluser quelques corvées. À achever le manuscrit-qui-n'en-finit-pas-d'être-presque-terminé. À avancer le principal chantier lequel tissé d'arrachements piétine dés qu'il est sans soutien.
Il est si difficile d'écrire le nécessaire ce qui vient du fond et qu'on ne maîtrise pas.
La matinée s'effiloche. J'ai peur, terriblement peur, qu'il ne revienne pas.
Mercredi je prendrai des nouvelles près d'un ami commun.
(1) de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun
(2) "La belle Adèle", Marie Desplechin, épisode 25 (ou 26 ?)
(3) "Le club des incorrigibles optimistes" de Jean-Michel Guenassia