Je suis parfois rassurée d'être seule (à revérifier) au monde :
"Tu pianotes sur le clavier de l'ordinateur et la dépêche surgit des limbes. Trois lignes sous un titre factuel : "L'assassinat d'Yvon Toussaint". Trois lignes qui précisent que le sénateur Yvon Toussaint, de l'Organisation du peuple en lutte (OPL), une faction politique haïtienne, a été "froidement" abattu, le lundi 1er mars 1999, non loins de son domicile [...] (Port au Prince).
Nous sommes en 2008. Elle n'est pas toute fraîche, cette dépêche. Mais qui dira ce qui surnage, ce qui flotte indéfiniment dans les abyssables profondeurs des ordinateurs, tous ces fragments de faits qui se font harponner par de nonchalants internautes, lesquels, le plus souvent, le rejettent à l'eau ?
C'est ainsi qu'en l'occurrence ni ce sénateur, ni son organisation politique, ni même la république d'Haïti, dont les soubresauts lassent depuis deux cents ans les esprits les mieux disposés, n'auraient dû être de nature à susciter en moi le moindre intérêt. D'ailleurs mon doigt se lève déjà pour abolir la dépêche.
Mais il se fait que tu t'appelles toi aussi Yvon Toussaint.
L'espace d'une seconde, tu imagines que l'assassiné c'est toi. Pas l'autre, l'inconnu qui vient d'apparaître inopinément, sans visage et sans papiers, seulement un nom que tu trouves presque incongru [...]"
in "L'assassinat d'Yvon Toussaint", d'Yvon Toussaint (Fayard, pages 19 et 20)
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