Un livre n'est pas le même selon l'état d'esprit du lecteur, on le sait, nous le savons même pour chacun d'entre nous qui avons peut-être dans notre jeunesse adulé un poète, adopté un philosophe, et qui nous ont parus plus tard d'un secours relatif. Tels autres qu'on sentait jadis inabordables, après la traversée de quelques deuils, changements de caps, maladies, ruptures et autres chagrins nous deviennent limpides et lumineux.
Il est ainsi aussi des romans ou de certains de leurs passages, qu'on lit une première fois peut-être distraitement dans les transports (en commun) et qu'on relit en d'autre temps soumis aux aléas des transports (amoureux), et qui nous restent alors que nous ne les avions injustement pas remarqués.
" [...] en repensant à l'expression de Chloé, elle comprit qu'elle devait être discrète, et ne jamais évoquer son histoire avec Markus. Mais était-ce une histoire ? Avec la mort de François elle avait perdu tous ces repères. Elle avait le sentiment de se retrouver à l'adolescence. Que tout ce qu'elle savait de l'amour avait été ravagé. Son cœur battait sur des ruines. Elle ne comprenait pas l'attitude de Markus, et sa façon de ne plus la regarder. C'était vraiment du cinéma. Ou alors : était-il fou ? Une folie douce était plus que probable. Elle ne pensait pas : il faut vraiment aimer une femme pour ne pas vouloir la voir. Non, elle ne pensait pas cela. Elle s'installait simplement dans la confusion."
David Foenkinos, "La délicatesse" (p 126 du Folio)
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