Je l'ai bien un peu cherché : comme j'offre le livre volontiers, presque inévitablement la question vient.
Mais puisqu'elle y est allée sous son vrai nom, connue comme elle est, comment ça se fait qu'elle n'ait pas été reconnue ?
Pour avoir assisté à plusieurs des rencontres car mes amis invitateurs/organisateurs ont fort bon goût (sourire), je peux apporter les éléments de réponse suivants :
Reconnue, elle l'a été très clairement et tout de suite par une personne d'une des agences d'intérim, laquelle a su ensuite le garder pour elle (qu'elle en soit remerciée, si c'était ma petite sœur, je serais rudement fière d'elle (hélas ma sœur, c'est dans une banque donc peu de chance que ...)). Pour un autre job, ça a failli. Il semblerait que tant qu'on reste cantonné dans le ménage, les employeurs se soucient fort peu, ne demandent l'identité que pour remplir les papiers, ne creusent pas. Qu'il faille arriver à des emplois un peu plus prestigieux (caissière par exemple) pour qu'on cherche à savoir à quel être humain on a affaire.
Pour le reste elle a plaidé l'homonymie, ce qui lui a été d'autant plus aisé qu'un José Garcia s'était glissé parmi les chômeurs d'un stage du début. Il lui suffisait donc de dire Ben y a bien José Garcia ... et hop.
La méga-médiatisation, c'était il y a 5 ans (4 par rapport à la période décrite), les gens ont eu le temps d'oublier son visage.
Enfin, il était tellement invraisemblable qu'une journaliste parisienne vienne pointer au chômage normand, et dans cette région les habitants sont si peu habitués qu'on y vienne (de par le manque de boulot c'est plutôt une terre d'émigration), qu'ils pouvaient tout à fait la prendre pour une des leurs. Teinte en blond, les yeux clairs, et avec un prénom qui localement se donne, elle est très très crédible en régionale de l'étape. À Toulouse, ça l'aurait moins fait.
À ces explications, j'en ajouterais deux toutes personnelles et sans doute contestables.
L'une tient à du préjugé et je n'aime pas trop ça, mais après tout Fred Vargas "Dans les bois éternels" en enfile quelques-uns au sujet des Normands et comme j'en suis un peu et corresponds à ces caractéristiques je tends à y voir un fond de vrai. Il y a un côté, "je ne m'étonne de rien" (assorti au mythique "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non" qui, qu'on le veuille ou non, n'est pas dépourvu de fondements). Il y a aussi cette réticence à poser des questions directes ainsi qu'à y répondre et une certaine forme de générosité prudente qui donne sa chance aux gens pour ce qu'ils sont maintenant.
Je pense qu'il reste dans le coin un bon peu de typiques taiseux et n'exclus pas que d'autres personnes que celle de l'agence d'intérim l'aient reconnue mais se soient tout bonnement tues, en se disant qu'elle devait bien avoir ses raisons et qu'on saurait un jour (ce en quoi ils ont eu raison).
Ensuite, il y a une raison qui tient à elle-même et que si elle vient à lire peut-être elle contestera, mais je l'écris comme je le perçois : pendant tous ces mois où l'on parlait tant d'elle, Florence était isolée et ne pouvait pas imaginer la proportion que ça prenait, cette célébrité qu'on lui collait pour lutter. Que des amis le lui aient dit après, qu'il y ait eu pendant quelques temps des réactions de popularité qui ont dû la surprendre ne suffit pas à le faire intégrer à quelqu'un dont la notoriété s'est créée de par une conséquence de son absence physique même. Et donc ne se percevant pas comme quelqu'un de connu à part au sein d'un petit monde des médias parisiens, elle n'émet rien qui le fasse soupçonner à son interlocuteur (1). D'ailleurs quand on la rencontre elle se présente comme on le ferrait tous, comme s'il n'y avait pas de raison que l'autre en face connaisse son identité.
Ce n'est pas si courant d'être devenu d'une grande notoriété tout en n'étant pas là. Déjà qu'encaisser une vague de célébrité n'est pas simple lorsqu'on est au cœur des choses ... Elle n'a donc pas changé d'un iota sa façon d'être au monde.
Tout reste ainsi très simple. Et comme il est très simple de nos jours de se retrouver sans emploi, quand on s'est fait plaquer par son jules et qu'avant on bossait que pour lui et la maison, on a beau avoir un nom qui sonne, hé bien retrouver du taf, c'est juste pas facile.
(1) quelqu'un m'a récemment raconté combien Sean Connery était doué pour faire ça (mais volontairement), rester monsieur tout le monde et passer totalement inaperçu dans un lieu très fréquenté (aéroport) ou basculer instantanément en mode Sean Connery on et que l'on se retourne (Oh t'as vu c'est Sean Connery !) sur lui, dûment identifié.
Question subsidiaire (puisque j'ai la réponse autant la partager) : pourquoi, alors que les gens y semblent traités finalement presque décemment (en comparaison de chez d'autres employeurs), le travail pour la compagnie des Ferrys a si mauvaise réputation ?
C'est tout simplement que l'essentiel du boulot consiste à nettoyer les Sani(taire)s ce qui où que ce soit n'est en soi pas très affriolant. Et que contrairement à ce que le parisien moyen peut imaginer, habitué qu'il est à voler à Londres d'un coup d'Eurostar (quand le climat le permet), la traversée vers l'Angleterre en Ferry, au départ de la Normandie elle prend un petit peu de temps. Vous avez déjà entendu parler du mal de mer ?
Florence Aubenas sera, avec Sylvie Caster et Bénédicte Desforges, l'une des invitées du 91ème Mille-Feuilles (le mardi 11 mai prochain)
- cf. htp://mille-feuilles.fr !
Rédigé par : Frédéric FREDJ | 08 avril 2010 à 22:45