Amateur de cape et d'épées, passez votre chemin, c'est qu'il s'agit ici encore d'intimité. Mais bon sang, qu'elle est bien évoquée.
Le point de départ est limpide et c'est sa beauté : une jeune fille débarque dans une famille allemande en tant que "jeune fille au pair" pour une partie d'année scolaire.
Ses débuts hasardeux dans une langue qu'elle a appris mais dont elle n'a au début qu'une maîtrise scolaire sont d'un humour consolateur. Assez rapidement cependant on apprend ou on comprend que si l'une a souhaité quitter à 17 ans son pays et sa famille pour un hiver et un printemps et que les autres ont eu besoin soudain d'une étrangère parmi eux à la maison, ça n'était pas pour rien.
Tout est si juste dans ce roman. Jusqu'à la fin toute en finesse - il eût été si facile d'en faire un mélo racoleur - et qui ne laisse que le regret de n'accompagner pas plus loin Laura, la narratrice, dans sa vie.
Il possède même sa dimension politique, avec une très belle analyse, l'air de rien, en passant, de ce qui fonde les fascismes.
Tous les signes qui ne trompent pas, d'un livre de qualité, à mes yeux étaient là : le regret de n'avoir pu le lire exactement d'une traite (pour cause de vie bien remplie et d'accident sentimental (1)), une dose d'effets Zahir assez impressionnante, l'envie d'une suite, les notes qu'on prend au début et qui cessent lorsqu'on s'aperçoit qu'on trouve chaque phrase si formidable qu'on en est à recopier le livre dans son intégralité, oui tout.
Et les 17 ans qui sont si bien rendus, ainsi qu'une époque pas si lointaine où seuls le téléphone et le courrier en papier permettaient d'abolir les distances.
(1) avec dans le livre-même cet écho (pas nécessairement le meilleur passage ni celui que j'ai préféré, mais celui qui posait exactement les questions qui dans mon existence au même moment se sont méchamment imposées :
"[...] je ne ressens qu'une franche camaraderie [...]. Depuis que je suis arrivée en Allemagne aucun garçon ne m'a jamais envisagée comme une possible amoureuse, non, j'ai eu du jour au lendemain l'impression de ne pas exister, je me suis vue disparaître. Est-ce ma coupe de cheveux et mon côté androgyne ? Cela a-t-il commencé bien avant que je ne m'en rende compte ? Quand a-t-on cessé de me regarder ?" (page 156 de l'édition Stock)
un livre très agréable à lire certes, des mots justes..mais je suis désolé je n'ai pas vu la dimension politique..si tu entends par là, dénoncer le fascisme, ok mais ce n'est pas de la politique ça : c'est une évidence, tout le monde déteste Hitler, pas besoin d'en rajouter une couche.
Mais j'ai bcp aimé la façon dont est décrit le déracinement de Laura et le désœuvrement de cette famille Bergen.
J'espère que l'accident sentimental n'est plus qu'un lointain souvenir...
Rédigé par : Loïc | 25 novembre 2009 à 21:21