30 mars 2008

Nuages, ombres et nuées

d' Euken Zuzutola

 

Poèmes traduits du basque par Thibault Lacroix.

 

Euken Zuzutola est né dans une auberge en plein coeur des montagnes et des traditions basques. Il écrit ses premiers textes en gardant les brebis de son père, et les chante, le soir venu, au sein du foyer familial.  Son organe se perfectionne, et il chantera dans les meilleurs choeurs et ensembles européens. Amateur de bonnes chairs, il ouvre sa propre auberge, où son cousin, le fameux chef basque, Oztolazuzu, enchante tous les palais. Son appétit lyrique et enthousiaste l'amène à publier ses premiers textes qui rencontrent très vite un grand succès auprès de la jeunesse basque, des deux côtés des Pyrénées.

Voici la première traduction d'une épopée universelle aux accents atmosphériques et telluriques.

Euken Zuzuostolakazari vit et travaille à Paris.

 

 

 Nuages, ombres et nuées d'Euken Zuzuostolakazari

© éditions Sardinitude, 2008, pour la traduction française.

29 mars 2008

Carla sur le rivage

de VERONICA TRAPEZ

 

 Après une enfance et une adolescence dans le sud de la France, dans un village, du nom duquel elle dit ne pas vouloir se souvenir, Veronica Trapez « monte à Paris » par amour : l’amour d’un homme, l’amour des livres. Elle entame des études de lettres à l’université Paris III (Sorbonne Nouvelle). Mais très vite les amphithéâtres du quartier latin lui semblent bien étriqués. Ses camarades de classe deviennent ses frères dans la lutte des classes. Elle entre en clandestinité, se bat, solidaire, sur tous les fronts de l’injustice. Son roman Carla sur le rivage en témoigne. Elle sillonne le monde, méconnaît les frontières car « toujours, de mon rivage, j’ai vu celui d’en face ». Mais son voyage s’interrompt brutalement lorsqu’en 1996 elle est arrêtée par les autorités mexicaines qui la soupçonnent d’avoir rejoint les rangs de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale). Un journal satirique local prétendra même que cette « güera » (blonde) se cache sous le passe-montagne du sous-commandant Marcos. Il n’en est rien, mais à sa libération, en 1998, elle est contrainte de quitter le Mexique. De retour en France, elle choisit une autre forme de combat : l’écriture. Véronica donne vie à Carla. Son double ? « Non, mon triple, mon centuple, car Carla est toutes les femmes. » Carla est aussi toutes les voix : au fil des chapitres, sur chaque nouveau rivage, Carla parle au nom d’une autre. Et le lecteur, pris dans le tourbillon, n’a d’autre choix que de se laisser emporter par les métamorphoses de Carla.

 

CARLA SUR LE RIVAGE de Véronica Trapez

© éditions Oh fonds !, 2008

ISBN : 978-2-1789-68-4

28 janvier 2008

Gypo Nolan

"Mon traître" de Sorj Chalandon

(éditions Grasset, janvier 2008)

 

Ce livre méritait un billet soigné qui soulignait ses qualités littéraires et historiques. Et puis voilà chez Rue89 Hubert l'a fait et à part un bémol qu'il émet au sujet du narrateur, qui à moi convient comme un gant, je suis d'accord en tout et n'aurais pas su si bien l'écrire.

J'ai aimé en lisant me remémorer de ce qu'à l'époque des événements réels qui ont servi de trame à cette fiction sensible, j'avais cru comprendre.

Reste une part du travail de Sorj Chalandon qui est évoquée mais peu, alors qu'elle n'est pas pour rien dans l'effet profond que me fait son bouquin et qu'il fera à toutes les âmes fracassées par une confiance brisée. Alors je vais tenter de m'y coller. J'ai un peu peur d'être trop personnelle, ou pas assez, pas à la hauteur de ce que j'aimerais pouvoir exprimer. Pardon par avance si je n'y parviens pas mais la semaine va s'entamer qui ne me laisse d'autre choix que d'écrire à présent malgré de l'épuisement.

PS : Le titre du billet est emprunté à celui de l'un des chapitres lui-même allusion à un personnage d'un des films de John Ford, "Le mouchard"

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09 janvier 2008

Un merveilleux accident

Il est en est ainsi des oeuvres de narration : un travail créatif réussi est celui où chacun de nous s'y retrouve, à des degrés divers d'identification, et se sent soudain totalement concerné par une vie ou plusieurs, quand bien même elles semblent au premier degré si éloignées des nôtres (voire : d'autant plus que).

C'est ce que réussi cet "Homme accidentel". Passé quelques pages où l'évocation d'une pseudo-vie de flic des beaux quartiers californiens m'a paru fade (1) eût égard à ce qu'écrivent aux écrans les vrais d'en France (2) que je connais, je me suis retrouvée dans la peau de ce narrateur que l'amour a foudroyé ; au point de me dire Philippe, vous êtes trop fort, non seulement vous me sauvez la vie, mais ensuite vous la racontez en beauté sans que je ne vous en ai rien avoué.

Bien sûr, certes, un peu (!) transposé et puis dans la mienne il n'y avait aucun cadavre à la clef, étant donné que grâce à vous le mien ne s'est pas (encore) concrétisé, et puis votre je narratif est un homme à L.A. quand je suis une femme à Paris et que je ne suis pas flic mais employée de banque. Quant à Jack ...

En attendant ça l'a fait et j'ai avalé et le livre et cette passion d'un trait. En savourant comme dab de bons lots d'expressions justes, de phrases précises et qui tapent en plein dans le mille sans mots inutiles dés qu'il s'agit d'exprimer des sentiments subtils et des instants inéluctables.

Je pense qu'inévitablement les intérêts se tourneront sur LA scène d'amour explicite comme on dirait là-bas, et qui est remarquable de "à la bonne distance", d'éviter les écueils du genre, du faux-pudique au trop cru (3). (Lecteur libidinisant débarqué par ici en tapant "scène de sexe explicite" sur un moteur de recherche, c'est page 124 - 125 si tu veux gagner du temps, mais d'abord achète le livre).

Pour ma part j'ai été plus que tout sensible à l'évocation du dîner au cours duquel sans qu'il ne se passe rien Laura, l'épouse, comprend, adoré un chapitre qui de prime abord n'a l'air de rien mais est de toute beauté (page 197 et par après) où il est question du monde comme il va (ou pas) quand on est amoureux à mort et qu'il nous semble diffracté malgré l'attention qu'on voudrait lui porter et combien soudain il se résume.

Il y a ses passages sur le manque de l'autre et qui disent tous si bien cette souffrance si particulière, jointe à l'impossibilité de remplacer l'élu(e).

Les personnages dit secondaires ont une belle présence, tant le collègue discret et droit que la mère intelligente, silencieuse et attentive (comme j'aimerais lui ressembler - mais sans partager son difficile destin, en tout cas pas davantage que n'est déjà le mien -) et qu'aussi le macchabé dont au départ on pense qu'on ne saura rien, avant qu'au détour d'une confession il ne prenne une épaisseur. Les parents de ce dernier sont des figurants parfaits.

Un seul regret : ce livre se lit trop vite. C'est sans doute sa cohérence : il conte une relation qui fut intense et brève.

Je m'étais un soir présomptueux (4) permis d'écrire ceci :

Philippe Besson écrit pour réconforter les gens comme moi, mais je ne suis plus tout à fait comme les gens comme moi, alors je trouve le travail trop propre, trop lissé, trop bien rangé. Malgré tout j'y prends plaisir, cependant j'aimerais le même en plus échevelé.

Non content de m'avoir un jour mauvais tirée d'affaire (5), serait-il en voie d'exaucer mes voeux ?

      

 

"Un homme accidentel" de Philippe Besson

(ed. Julliard, 19 euros)

         

(1) En même temps c'est ce que l'auteur cherche à montrer : la vie si calme et insignifiante de son narrateur "avant que". Y serait-il trop bien parvenu ?

(2) par ordre d'apparition dans mes liens internautiques sinon dans ma vie
Bénédicte Desforges, Nichevo, Thomas.

et OK OK le niveau d'exigence en terme de relecture et de travail des mots n'est pas le même pour écran et pour papier, mais n'empêche.

(3) et que ça m'aurait rudement aidé d'avoir pu lire AVANT d'être confrontée pour le personnage de Michel Jouffreau qu'à l'Hôtel des blogueurs Kozlika m'avait offert, au même type de séquence.

(4) J'avoue, ça m'arrive.

(5) alors que c'était l'occasion ou jamais d'être enfin débarrassé d'une lectrice bien casse-pieds (qui trouve la soeur de Rimbaud trop gentille, n'aime pas les happy ending, ni que la fiction se saisisse sans filtrer d'une réalité récente) 

PS personnel : Et merci pour l'évocation de Big Sur qui se trouve être l'un de mes rares (et beaux) souvenir de voyage. Tant de batailles et tant d'années, je l'avais oublié.

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05 septembre 2007

Un avis que j'espérais

         

Je croyais que mes enfants grandis les périodes de rentrées scolaires échapperaient enfin à la frénésie. Il n'en est presque rien. Bien évidemment ils se débrouillent pour toute une foule de choses que je n'ai plus pour eux à faire - et c'est très tant mieux - mais il en reste d'indéléguables, et cette années l'été n'en a pas été un, d'une sale collection entamée deux automnes auparavant un chagrin demeure et qui me mine, mon gagne-pain exige son dû d'énergie et de présence, et ce blog inauguré aux derniers jours de congés pour lequel je déborde d'idées n'avance pas par manque rageant de disponibilité.

Le sujet que j'évoquais la semaine passé et pour lequel j'espérais écrire dés mercredi une suite que m'offrait un commentaire de Fuligineuse, ne m'a pas quitté, mais je n'ai rien eu le temps d'en publier ici.

J'ai quand même pris le temps de rechercher la réaction d'une personne en particulier dont le livre  "A ce soir" (1) lu y a quelques années m'avait émue davantage que d'autres où il m'était arrivé de croiser le sujet de la mort d'un enfant. J'ai failli écrire "prématurée". Mais précisément le décès de quiconque n'aura pas eu le temps d'atteindre sa taille, l'est. C'est ce qui la rend si insupportable.

Ce qui est terrible c'est que j'ai fonctionné comme ceux qui prennent parti dans cette polémique qui pose entre autre la question de s'il faut avoir vécu une expérience humaine douloureuse pour être autorisé à écrire (en fiction) à son sujet. Donc j'attendais l'avis de Laure Adler en me disant ce qui me faisait tant de mal à lire / entendre chez les autres, à savoir, elle sait malheureusement de quoi elle parle, on va pouvoir l'écouter en toute sérénité.

Le piège de ce type de débats conflictuels est là : qu'on le veuille ou non on finit par être formaté(e)s par des façons de penser induites par la discussion même. 

Et voilà qu'elle-même y échappe. Pour mon plus grand soulagement :

Parents - enfants : l'amour à mort  (2)

Et nous rend ainsi par ricochet à tous une parole libérée sur un sujet dont on aurait pu croire un moment que n'en pouvaient parler que ceux qui savaient. Car l'essentiel n'est pas dans la réalité vécue mais dans ce que Laure Adler nous exprime si bien ainsi :

"Dans tous ces livres la douleur est là et notre intranquillité grandit ..."

merci à elle de l'avoir dit.

   

(1) article trouvé ce soir sur le site-magazine Axé libre

(2) lien vers un article extrait des Quotidiennes de La Tribune de Genève

28 août 2007

Sans Grace (désormais)

         

"Parfois en me promenant avec une amie, j'oublie le monde"  Grace Paley

      

KMS a bien raison et surtout sa grand-mère, les mois d'août sont meurtriers. Cette année deux cinéastes essentiels (au moins), un batteur extraordinaire (1), et quelques autres que j'avais eu le privilège, étant née au même siècle qu'eux de pouvoir apprécier, ont lâché la planète. Tous étaient âgés, et l'on peut pour s'en consoler (comme on peut) considérer que leurs vies étaient complètes. Malgré cet effort et que j'ai beau n'avoir connu aucun d'eux personnellement, j'en conçois à chaque fois une tristesse diffuse, le sentiment que sans eux le monde déjà mal parti ira encore moins bien, qu'à chaque fois c'est un peu de l'intelligence collective de l'humanité qui disparaît quand la violence et la bêtise se portent toujours si bien.

Mais pour Grace Paley, dont le décès a fait si peu de bruit que je n'en ai eu vent qu'à retardement via un article sur le site de Libération, "Grace Paley plus de nouvelles" par Mathieu Lindon , mon chagrin est d'une tout autre solidité. Je la lisais avec passion. Son côté militant et minimaliste (les termes sont de Mathieu Lindon mais lui vont si bien qu'ils me seraient sans doute venus spontanément aussi) me convenait convient comme un gant. Elle avait peu écrit, comme une femme qui doit avant tout mener sa vie et aura sans doute à sa famille offert la priorité. Je n'aurai jamais la chance de la rencontrer, il est trop tard désormais, mais moi qui en ai été fort peu pourvue par la vie (2), je la considérai comme une grand-mère que j'aurais adoptée (sauvagement, sans lui demander son avis).

Et sa famille de personnage était aussi un peu la mienne : certains une fois croisés, restent comme nos cousins. Je n'ai jamais, moi non plus, oublié un petit Samuel, au tragique destin (3). Et tant d'autres, et d'autres encore que je ne connais pas car je n'ai découvert son travail qu'il y a 5 ans (je crois), grâce à Marie Desplechin (ça, c'est certain), et j'avais eu du mal à ce moment-là à me procurer que ce soit en américain ou traduits l'ensemble de ses bouquins (4).

Grace Paley sera donc morte comme elle aura vécu, formidable, essentielle à ceux qui l'auront, ou son travail, connue, mais discrète et dans sa cuisine (dit avec admiration).

J'ose espérer qu'un éditeur aura la bonne idée et la possibilité de regrouper / republier ses oeuvres.

L'espoir qu'il y en ait de nouvelles me manque déjà.

    

PS : Une phrase, celle en exergue de ce billet, m'est revenue aussitôt, tant elle me convenait. Mais je ne parvenait pas à la tracer. Dans lequel de ses livres, et en français, avais-je bien pu la lire ? Et puis ça m'est revenu : il s'agissait en fait d'une citation reprise dans un article au printemps dernier :
"Ma semaine sainte" par Geneviève Brisac avril 2007 pour Libération

(1) article chez Zvezdoliki

(2) l'une est morte des suites du débarquement en Normandie, l'autre habitait dans un autre pays et ne m'aura pas croisée calendairement plus de 5 ou 6 ans

(3) dans "Enormous changes at the last minute" (1974)

(4) merci à mon ami Paul, s'il passe par là et qui m'avait bien aidée dans cette quête.

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27 août 2007

Breveter le bonheur (ou pas)

"Il n'y a pas de copyright du malheur" (Florence Aubenas).

C'était jeudi soir dernier. Après ma journée de salariée, j'attendais dans un café une amie et l'heure d'un ciné. Dans mon sac "A l'abri de rien" d'Olivier Adam que je bouillais d'impatience d'ouvrir afin de m'y laisser embarquer. Il n'était donc pas question que je le fasse durant un simple interstice. Sur la table près de ma tasse (il faisait froid, je buvais chaud), Libé et Le Monde, acheté ce jour-là pour son supplément livres. J'ai pris Le Monde en premier. Et suis tombée sur un article qui m'a bien attristée :

"Tom est mort", la polémique
LE MONDE DES LIVRES | 23.08.07
© Le Monde.fr

Ça tombe que j'ai déjà croisé Camille Laurens qui était invitée il y a deux ou trois ans à parler de son travail à la bibliothèque de là où j'habite. Elle avait évoqué combien le deuil d'un bébé mort par suite de négligences médicales au moment de l'accouchement avait bouleversé et sa vie et son écriture, de pure fiction avant, de travail au plus près de soi ensuite ; le procès qui lui avait été intenté après publication de son livre "Philippe" par la clinique où avait eu lieu le drame, et qu'elle avait perdu : elle mentionnait dans une première version de l'ouvrage le nom réel de l'établissement et même si l'erreur médicale avait été par ailleurs dûment attestée il s'agissait d'un cas de diffamation.

Je me souviens très bien de ce qu'elle nous a confié sur la blessure supplémentaire que représentait le fait de n'avoir pas légalement le droit de dire la vérité.

Alors qu'un livre traitant du même sujet écrit par une autre femme dans un style peut-être voisin (1), lui ait fait mal à lire, j'imagine sans peine. Et je comprends.

Pour autant, son accusation de "plagiat psychique" m'effraye comme probablement toute personne qui écrit (ou tente d'écrire) des fictions. Et j'ai trouvé effarant que dans l'article, les arguments présentés comme ceux de Marie Darrieussecq pour sa défense soient de l'ordre de Je n'ai peut-être pas subi directement un tel deuil mais mes parents si.Marie_darrieussecq_le_1er_mai_2007_J'ai donc le droit d'en parler aussi.

Le remue-ménage médiatique qui depuis semble s'être installé du moins dans la part de bruissage de ceux qui s'intéressent aux livres, puisque par ailleurs la presse française dans son ensemble ne sait plus parler on dirait que d'un seul sujet (2), ne porte que sur ce point, comme si le cas de plagiat "psychique" devait s'évaluer à l'aune de la validité d'un deuil par rapport à un autre.

Où va-t-on ? Est-ce que cela doit signifier qu'il faut avoir vécu personnellement un certain type d'événement pour avoir l'autorisation d'écrire une fiction à son sujet ?

Que je sache Agatha Christie n'a tué personne avant d'écrire "Le meurtre de Roger Ackroyd". C'est probablement mieux ainsi. Elle aurait probablement eu quelques sérieux ennuis.

Et le bonheur ? Faudrait-il pour en parler avoir eu la chance dans sa vie de l'éprouver ? Serait-il lui aussi susceptible d'être breveté ?

Décontenancée, j'ai alors reposé Le Monde et saisi Libé. Un article de Philippe Lançon y parlait du livre de François Bégaudeau, "Fin de l'histoire" qui se base sur la conférence de presse qu'avait donnée Florence Aubenas le mardi 14 juin 2005.

J'y ai trouvé exactement les mots qui me manquaient pour exprimer ce désarroi que j'éprouvais face à une dictature du vécu qui nous imposerait nos sujets. Car Florence Aubenas, consultée par François Bégaudeau, lui avait accordé un blanc-seing d'emblée et y était citée.

"Il n'y a pas de copyright du malheur, de larmes autorisées et d'autres qui ne le seraient pas, de comité de lecture qui viendrait remplacer les comités de soutien."

Rassurée, j'ai pu apprécier le film et passer la nuit "A l'abri de rien".

       

 

L'article de Florence Aubenas dans le Nouvel Observateur et dont ces mots sont extraits est pour l'instant lisible .

Sur ce sujet un billet complet d'Hubert Artus sur Rue89 :
Bégaudeau et le pied de nez de Florence Aubenas à l'Histoire

que je me sens d'ailleurs un peu obligée de paraphraser pour la conclusion du mien :

Je précise donc par souci de transparence que j'ai moi-même fait partie du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. En revanche si je suis une de ses lectrices assidues, je ne la connais pas personnellement, nous ne nous sommes croisées que de loin lors de moments festifs qui ont suivi sa libération, le 1er mai 2006 mais de façon anonyme au salon du livre d'Arras et à Beaubourg en janvier (mais ce jour-là ce n'est pas à elle que j'avais parlé). Il ne s'agit donc pas d'un billet de blog de complaisance. 

Je ne pense pas que je lirai "Tom est mort" du moins pas dans l'immédiat, tout simplement parce que je déteste dans mes lectures être gênée par ce que Pierre Assouline appelle fort justement "le bruit du livre" ; ni non plus le livre de François Bégaudeau, mais cette fois-ci pour une raison intime. La conférence de presse du mardi 14 juin 2005 est un moment qui m'a marquée à tout jamais, je l'ai ressentie trop fort, j'en étais trop près, j'ai trop morflé dans les mois après, et je ne serai pas capable de lire quoi que ce soit de long et fouillé à ce sujet sans éprouver une secouante nausée, quelle que soit la qualité du texte ou son absence.

 

(1) j'avais lu à l'époque pour partie "Philippe", je n'ai pas lu le roman de Marie Darrieusecq je ne peux donc pas en juger. Et quand bien même, je n'ai pas autorité pour me prononcer ou alors il faudrait que des phrases d'un des ouvrages se retrouvent dans l'autre intégralement copiées.

(2) article du chat-bus de Satsuki

[photo : Marie Darrieussecq 1er mai 2007 - photo personnelle -]

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26 août 2007

Pourquoi il peut être bon de lire les livres au bout

   

Certains bouquins parfois nous lassent. On n'accroche pas, on les trouve vains. De façon pesante ou diffuse on s'y ennuie ; ou encore ils nous excèdent ; ou nous désespèrent de la vie comme un poison sournois (1).

Il ne sont pas forcément mauvais, ni mal écrits, mais tout simplement pas pour nous.

    

Ainsi celui qui a changé ma vie et ce n'est pas façon de parler, j'ai d'ailleurs failli en mourir 3 ans après, a laissé d'autres que moi purement indifférents. Par exemple ce lecteur qui pourtant y allait avec un à-priori favorable.

Celui que je lis aujourd'hui, je ne l'ai pas choisi, il fait partie d'un lot pour lequel en tant que lectrice-jurée je dois (ou non) voter. Et précisément il n'est pas pour moi, me fait l'effet par rapport à mes lectures habituelles et de prédilection, d'un téléfilm appliqué en face de films d'auteurs.

Trop formaté, trop convenu, trop dans les clous, je ne parviens pas malgré qu'il tienne jusqu'à présent la route et soit d'une grande facilité de lecture (peut-être trop, justement) à m'y intéresser, à me soucier du sort des personnages dont aucun pour l'instant ne me semble ni détestable ni attachant et que je fréquente pour l'instant avec l'assiduité obligée qu'on a envers des collègues de bureau.

   

Cependant toute lecture peut toujours recéler au détour d'une page, une bonne surprise, une pépite, quelque chose qui en nous éveille un écho. Voilà qu'un des personnages, que jusqu'à la page 74 j'avais jugé comme la quinze millième bourgeoise de fiction croisée depuis que je sais lire, sous l'emprise d'un coup de blues (2) justifié et d'un whisky non qualifié (3) et peut-être même avec glaçons, émet ces réflexions :

"La vie des gens est terrifiante, aujourd'hui [...]. Il flotte dans l'air une angoisse épouvantable. Et comment en serait-il autrement ? On les prend à la gorge, on les oblige à travailler du matin au soir, on les abrutit, on leur inflige des besoins qui ne leur ressemblent pas, qui les égare, qui les pervertissent. On leur interdit de rêver, de traîner, de perdre leur temps (4). On les use à la tâche. Les gens ne vivent plus, ils s'usent (5). A petit feu." 

Katherine Pancol "Les yeux jaunes des crocodiles" (édition "Le livre de poche" page 74).

 

Rien que par gratitude pour ce petit passage, et même si aucun autre par la suite ne me parle, je ne regretterai pas d'avoir lu ce livre.

Il en est des lectures comme de la vie même, quelles que soient les désillusions et difficultés, il est bon d'aller au bout, sait-on jamais.

   

   

(1) Michel Houellebecq que j'ai dû lire pour "Le livre de poche" m'a fait cet effet-là.

(2) Les bourgeoises aussi ont des coups de blues mais contrairement aux prolotes ou aux précaires, elles ont de la ressource pour les surmonter, quand les autres y achèvent de perdre pied.

(3) Un jour j'écrirai une fiction où les personnages picoleront rien que pour pouvoir parler au passage des bons.

(4) J'aurais volontiers lu "de prendre" (et ajouté qu'on leur en fait perdre dans plein d'emmerdements technico-juridico-administratifs).

(5) On s'usait aussi autrefois mais il me semble que fors les périodes de guerre il s'agissait d'une usure de fatigue face aux travaux et épreuves physiques perpétuels, surtout pour les femmes ; ce qui a changé c'est qu'on subit à présent une usure de stress.

24 août 2007

"Putain, Marie ... Je te demande quand même pas grand-chose."

Pict0035 OLIVIER ADAM - "A l'abri de rien"

(éditions de l'Olivier)

   

Il aime sa femme mais la vie pèse et les rend l'un à l'autre distants comme ceux que les contraintes et l'absence ou l'excès de travail et d'argent finit par rendre indifférents à leur quotidien qu'ils n'habitent plus qu'en robots tristes.

L'enchaînement des circonstances met alors Marie, le "je" du récit et dont on sent qu'il a habité longtemps (1) celui qui l'a finalement écrit, en présence de plus malheureux qu'elle, des réfugiés de pays sans paix et qui tentent de passer d'en France vers l'Angleterre, cette étrange terre promise des clandestins désespérés. Elle (re)trouve une raison de vivre dans le secours à leur porter.

Seulement l'existence n'épargne pas ceux d'en bas qui veulent aider. Surtout si l'on est femme et mère, la société nous souhaite au creux de nos quotidiens mornes toute consacrée aux soins domestiques et consommant sagement sans rien partager.

Mes mots sont lourds (j'ai peu dormi, je n'arrivais pas à abandonner Marie, Lucas et Lise et ceux qu'ils protégeaient), les siens sont bien, au point que non seulement ils sont justes mais que je n'en ai repéré qu'un seul qui ne soit pas indispensable (2) et une unique proposition optionnelle (3).

C'est la vie, c'est nos vies, c'est ça. Il nous offre à comprendre où ça coince, et qu'on devrait bouger, se bouger, c'est subversif et sain. Et après, on se sent moins seul(e)s, moins menacé(e)s par la folie, moins démuni(e)s aussi et au moins un peu compris(e)s.

"A l'abri de rien" d'Olivier Adam (éditions de l'Olivier)

   

(1) il me semble qu'elle rôdait déjà dans "Douanes" une nouvelle du recueil "Lille 2004" et qui voisinait sans déparer "Les Arpenteurs" de Marie Desplechin ; Jallal y était déjà, mais il manquait d'ailes L. J'ai le souvenir d'un autre texte aussi où jouait un rôle le chantier du tunnel sous la Manche mais je ne suis pas parvenue à remettre la main dessus ou à retrouver dans quel livre il était. A moins qu'il ne s'agisse d'une nouvelle éditée dans un magazine (mais lequel et quand ?) Je suis persuadée que les personnages longtemps portés sont de meilleure qualité. Ils ont la profondeur, la subtilité, l'humanité et les failles d'une longue fréquentation.

(2) un "comme" page 24

(3) "jusqu'à nous engloutir" page 37. Or mon long chemin de traverse vers l'écriture je l'ai commencé en tant que dégraisseuse, et si je ne sais toujours pas l'appliquer à mon propre travail, j'ai conservé de cette époque une sorte de déformation professionnelle de voir presque imprimé d'une autre couleur tout ce dont on pourrait se passer. Si ce livre était du chocolat noir, il serait à 99 %. C'est extraordinaire. (attention, je ne dis pas qu'à certains types de sujets et de traitements, une comédie par exemple, une relative luxuriance dans le style n'est pas la bienvenue, mais ici on s'approche d'une sorte de perfection sans frime ni sécheresse).

[photo : supermarché par temps de pluie, La Haye du Puits, août 2007, par association d'idées]

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