Je finis et commence l'année très fatiguée. Dors quand ça peut, horaires bizarres, ainsi ce faux réveillon, dormir, se réveiller, tenter de faire une ou deux choses, replonger.
Ce soir je me suis endormie vers 21h, alors que je lisais "Une femme fuyant l'annonce" de David Grossman, et j'ai fait le rêve affleuré suivant :
B. m'écrit enfin et pas seulement comme L. pour me demander un renseignement, nous faisons peu à peu connaissance plus amplement, boire un coup au café quand il passe à la boutique, un jour déjeuner. Un beau soir printannier (soit du printemps soit que l'hiver continue à être fort doux) il m'invite à dîner. Tout se passe comme en rêve et avec Rev., avant qu'il ne m'écrive que nos vies sont ailleurs. Je me reprends d'y croire.
J'en ai physiquement besoin.
Mais voilà à l'issu du dîner, dans un restaurant parisien il semble ne penser à rien d'autre qu'à rentrer chez lui. Seul. Et moi chez moi. Je me rapproche, ce serait tellement le moment du baiser. Il comprend la manœuvre, si tant est que ç'en fût une, et bredouille en regardant ses pieds qu'il a une "amie". À part ça que tous les moments d'un peu d'intimité que nous avons passé il n'a fait qu'évoquer son grand chagrin d'amour.
C'est la fois de trop, je dis Oui mais ce soir, c'est moi qui suis là, et je lui prends la main, qu'il n'ose pas retirer.
Je finis par le supplier qu'on tente de se faire du bon, il a un triste sourire bon. S'en veut un peu. Se dit je le sens bien, qu'il va falloir assumer. Contrairement à F., il lui reste un certain sens de l'honneur.
Nous roulons en silence jusqu'à sa maison, en lointaine banlieue.
Il hésite encore, on boit un peu d'alcool, il a du vieux Calva des familles qu'un ami lui a fourni du stock de sa défunte grand-mère qui avait le droit de bouillir. La magie opère de l'alcool qui le détend, tandis qu'il me laisse lucide, mais je laisse aller à exprimer de la gaité, et nos corps font le reste. Il n'est pas un exceptionnel amant, ou pas avec moi qui ne l'attire guère plus que ça, mais un homme qui a su vivre, est encore en bonne santé et sait en faire profiter une femme même si elle n'est pas de toute beauté. Je n'ai qu'à suivre en souplesse, certains gestes me reviennent de la nuit des temps. Et soudain c'est bon. L'amnésie est déchirée, le corps se reconnaît, je crie de bonheur, il se laisse entraîner, ému de constater que c'est bon aussi pour lui.
Comme aux premières séances de shiatsu le soulagement d'y (être) arriver déclenche des pleurs silencieux. Avant de sombrer dans le sommeil post-coïtal, il s'en émeut, craint de m'avoir heurtée.
J'explique alors que non (je pleure, mais très calmement, une sorte de fontaine indépendante), lui raconte la saison 2005/2006 devenue un enfer, l'aveu du père de mes enfants sur l'autre femme, celle de sa vie (moi non), la meilleure amie, l'âme sœur qui s'éloigne puis décrête que ce serait mieux qu'on ne se revoie plus, le brouillard, l'effarement où je tombe, où mon corps disparaît, le fantôme que je deviens d'avoir frôlé la mort, puis l'apparition de F., son attention immédiate, son envie qu'on se voie, nos empêchements (un prix littéraire soudain, une hospitalisation ...), la sorte de coup de foudre quand c'est enfin possible, son premier regard qui semble dire si fort "Cette femme est pour moi", et ce que ça soulève en moi - j'omets Siri, trop compliqué à expliquer -, ses messages d'être heureux qu'on se soit rencontrés, nos revoyures, ses mots qui ressemblent tant à des mots d'amour. Mais après le mystère levé sur l'identité de ma meilleure amie volatilisée dont il s'avère qu'il l'a bien connue (furent-ils amants ?) son message qui dit "Tu ne m'attires pas, je ne t'aimerai jamais". Et depuis la détresse que c'est. Entre-temps l'amnésie qui s'est installée et qu'il vient de briser.
Il est ému, mais aussi gêné.
Au matin il ne me propose en rien de rester. Simple baiser, un peu attendri. Un de ses grands fils va à la gare me raccompagner. Dans la voiture j'ai l'air sombre, le fils regrette, me confie qu'en me voyant apparaître au petit déjeuner il avait espéré qu'enfin son père se remettait ... que je resterai. J'avoue que j'espérais aussi, que j'en avais envie. Je me concentre sur l'infini soulagement physique que j'éprouve d'être à nouveau et enfin moi. Une femme. Et non plus un spectre de femme, une enveloppe.
Puis j'attends sur le quai en espérant que mes paroles auront portée, que le fils saura nous aider.
Le réveil a lieu alors parce que le rêve est fini.
Une fois de plus, aucune sensation. Comme si je regardais un film mais sachant que le personnage féminin c'est moi. Seulement la jouissance ne se ressent pas. Je sais simplement que je l'ai éprouvée. L'amnésie déteint sur les rêves aussi.
Je ne sais pas quoi faire pour sortir de là.
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